Revenu de base - Salaire universel

Challenges : Comment Hamon justifie son revirement sur le revenu universel

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Comment Hamon justifie son revirement sur le revenu universel

Contrairement à ce qui avait été annoncé pendant la primaire de la gauche, le revenu universel ne sera pas accessible à tous les jeunes de 18 à 25 ans sans condition de revenu. Les soutiens du candidat socialiste préfèrent désormais parler de "filet de sécurité universel".

Benoît Hamon revoit sa copie. Invité de « L’Emission politique » de France 2 jeudi 9 mars, le candidat socialiste a présenté une version largement remaniée de sa mesure phare, la création d’un revenu universel d’existence. Le candidat socialiste propose désormais que "tout travailleur qui perçoit un salaire net jusqu’à 1,9 SMIC mensuel" puisse percevoir un complément de revenu pouvant aller jusqu’à 600 euros "pour ceux qui n’ont rien". Et il enterre l’idée d’un revenu universel d’existence pour tous les jeunes de 18 à 25 ans, qui aurait été versé sans condition de ressources.

Un petit retour arrière, dans un très proche passé s’impose. A l’automne dernier, Benoît Hamon met sur la table un revenu universel pour tous de 750 euros. En décembre, il amende le projet devant l’émoi suscité par la faramineuse dépense budgétaire que cela supposerait : plus de 400 milliards d’euros. Il envisage alors un RSA amélioré pour 2018, porté à 600 euros pour une personne seule et sans revenus, et versé sans condition de ressources pour les 18-25 ans. Puis de nettoyage en aménagement, Benoît Hamon atténue encore son idée phare. Il maintient son idée d’ouvrir aux jeunes ce revenu de base. Mais il l’ampute de son caractère universel.

Benoît Hamon a dû revenir à la raison, ne serait-ce que pour conserver le soutien de rangs socialistes amaigris et des observations de sa bande d’économistes. Alors que l’allocation était censée être versée à tous les jeunes sans conditions de revenus, celle-ci sera désormais uniquement réservée à tous ceux - jeunes et moins jeunes- qui gagnent moins de 1,9 SMIC, soit 2.185 euros net mensuels. Avec un système de dégressivité. Un sérieux accroc à la mesure qui avait fait le succès de Benoît Hamon lors de la primaire de la gauche. On n’est pas loin du réaménagement des minimas sociaux.

Ce n’est pas la seule retouche que le camp Hamon compte apporter au dispositif. Désormais, par exemple, les jeunes qui travaillent une journée par semaine pour financer leurs études, toucheront « un peu moins » que ceux qui n’ont pas de petit boulot : « 500 euros nets » au lieu des 600 euros promis - et ce quel que soit leur milieu social. On pourrait pointer l’injustice qui verrait des étudiants n’étant pas obligés de bosser se voir traiter de façon plus généreuse que les autres... mais ceci fera certainement l’objet d’un nouvel "aménagement".

Avec cette nouvelle mouture du projet, les équipes du candidat espèrent enfin proposer une (la dernière ?) version « crédible et désirable » du revenu universel. Quitte à réduire la voilure ? « Le projet n’a pas été amendé, on l’a simplement enrichi », se défend Julia Cagé, la conseillère économique de Benoît Hamon. Les soutiens du candidat socialiste assurent que ce que le dispositif a perdu en « universalité » est compensé par le versement automatique des minimas sociaux prévus dans la mesure. Les Français bénéficieront désormais mécaniquement des aides sociales - RSA, prime d’activité - qu’ils n’osent pas (ou oublient) de solliciter par hantise de la paperasserie ou des délais d’attentes. En cela le nouveau projet conserve bien une dimension universelle, selon les équipes du candidat, puisqu’il constitue un « filet de sécurité universel » accessible à tous.

Les vallsistes voient rouge

Si l’économiste Thomas Piketty juge la nouvelle version du revenu universel « excellente », les vallsistes, qui ont passé toute la primaire de la gauche à dénoncer le coût de la mesure, voient rouge. « J’ai le sentiment que cela ressemble de moins en moins au revenu universel et de plus en plus au revenu décent de Manuel Valls », s’étrangle le député socialiste Olivier Dussopt. Pour François de Rugy, qui avait rallié l’ancien Premier ministre entre les deux tours de la primaire, ce revirement du candidat socialiste montre bien « qu’à faire des propositions intenables, notamment financièrement, on se retrouve à avoir vendu une illusion le temps d’une campagne, en l’occurrence celle de la primaire ». Pour un autre proche de Manuel Valls, ce retropédalage « vient confirmer ce que nous disions sur le caractère non finançable et non financé de la mesure... et sur l’erreur de proposer un dispositif à caractère inconditionnel ».

L’entourage de Benoît Hamon en a par ailleurs dévoilé un peu plus sur la manière dont il comptait financer la mesure dont le coût est estimé à 35 milliards d’euros. S’il est élu président de la République, le candidat socialiste compte ponctionner 15 à 20 milliards d’euros sur l’enveloppe du CICE (40 milliards). Le reste sera financé par... le déficit public à hauteur de 15 à 20 milliards d’euros. Un dérapage des dépenses publiques assumé puisque momentané. Julia Cagé l’assure : si le déficit dépassera les 3% en début de mandat, il refluera rapidement pour atteindre 2,7% à la fin du quinquennat grâce, entre autres, aux effets positifs… du revenu universel qui « va booster l’économie ».