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France Info TV : Économies à l’hôpital : "Quand on veut supprimer des services publics, on prétend qu’ils ne servent à rien"

il y a 1 semaine, par infosecusanté

Économies à l’hôpital : "Quand on veut supprimer des services publics, on prétend qu’ils ne servent à rien"

Renaud Pequignot, secrétaire général d’Avenir Hospitalier, a dénoncé lundi sur franceinfo les projets de la ministre de la Santé pour réaliser trois milliards d’économies : "Cela fait pas mal d’années qu’on essore l’hôpital. Tous les ans, on supprime des lits et des emplois."

Agnès Buzyn a expliqué dimanche 22 octobre dans une interview accordée au journal le JDD comment elle comptait réduire le déficit de la sécurité sociale de trois milliards d’euros en 2018. Selon la ministre de la Santé, 30 % des dépenses maladies ne sont pas pertinentes, notamment à l’hôpital. Elle veut entre autres favoriser l’ambulatoire et s’attaquer aux opérations inutiles.

Renaud Pequignot, secrétaire général d’Avenir Hospitalier, chef du service gériatrie des hôpitaux de Saint-Maurice (Val-de-Marne) et candidat aux dernières élections législatives sous l’étiquette de La France insoumise, a dénoncé les objectifs d’Agnès Buzyn : "Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage. Quand on veut supprimer des services publics, on prétend qu’ils ne servent à rien", a-t-il réagi.

franceinfo : vous parait-il possible de réaliser trois milliards d’économies ?

Renaud Pequignot : Le rapport de la Cour des comptes sur la sécurité sociale a rappelé que chaque année, il y avait 52 milliards d’euros de niches sociales dont l’efficacité n’était pas évidente. On doit trouver trois milliards. Peut-être, pourrait-on donner 52 milliards de moins aux rentiers, qui n’en font pas des emplois.

Y a-t-il trop de lits dans les hôpitaux en France ?

Dans mon service, pour une place qui se libère, j’ai douze demandes, alors je ne sais pas où sont ces lits qui ne servent à rien. On est complètement plein, les services sont pleins, les urgences sont pleines. Cela fait pas mal d’années qu’on essore l’hôpital. Tous les ans, on supprime des lits et des emplois. Quand on veut tuer son chien, on l’accuse de la rage. Quand on veut supprimer des services publics, on prétend qu’ils ne servent à rien.

La ministre évoque 30 % d’actes inutiles, êtes-vous d’accord avec ce diagnostic ?

Quand elle dit qu’il y a 30 % de choses inutiles, c’est faux. Il y a simplement quelques actes qui vont plus vites que la musique. Il y a certains endroits de France où il y a un peu plus d’ophtalmologistes. On opère les cataractes plus tôt par exemple, alors que ce n’est pas si utile que ça. Il y a des petites choses qu’il faut revoir à la marge.

Vouloir privilégier la qualité à la quantité vous parait-il pertinent ?

La ministre dit : "On sait qu’il y a 30% d’actes inutiles". Je ne sais pas qui est ce "on". Cela sort de nulle part. Il y a des actes inutiles notamment dans le privé, car la question qui est posée n’est pas, ’qu’est-ce qui est inutile pour mon malade ?’ mais ’qu’est-ce que j’ai le droit de me faire rembourser ?’. Ce n’est pas en saquant l’hôpital qu’on va améliorer ça. Dans mon hôpital qui fait de la neurologie, de la gériatrie, de la psychiatrie et de l’ostéoarticulaire -quatre disciplines où on a besoin d’un IRM-, on n’a pas d’IRM. La France est le pays d’Europe qui a le moins d’IRM par habitant. Résultat : quand on fait une IRM dans mon service, cela ne coute pas une IRM mais une IRM et deux ambulances.