Environnement et facteurs dégradant la santé

France Info - victime de la pollution de l’air à Paris, elle porte plainte contre l’État

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

C’est une première en France. Une victime de la pollution de l’air va déposer plainte, mercredi 7 juin, auprès du tribunal administratif de Paris, selon les informations de franceinfo. Clothilde Nonnez demande réparation à l’État pour ne pas avoir fait respecter les normes de qualité de l’air en France. Depuis son installation dans la capitale, il y a 30 ans, ses problèmes de santé sont allés crescendo : bronchites chroniques, opérations des sinus, pneumonie.

Une grande sportive

Pour Clothilde Nonnez, il n’y a plus de doute entre ses problèmes de santé et la pollution. Chez elle, les boîtes de médicaments tombent de son armoire à pharmacie, tellement elle a de traitements. Pourtant, cette Parisienne de 57 ans a toujours eu une vie saine. "J’ai été danseuse professionnelle avant d’être professeur de yoga donc j’ai toujours été sportive, je n’ai jamais fumé", assure-t-elle.

”J’ai toujours eu une hygiène de vie très saine. Très rapidement, en arrivant à Paris, j’ai développé un asthme important.”
— Clothilde Nonnez à franceinfo

En décembre 2016, avec les trois semaines de pic de pollution, Clothilde Nonnez a bien cru y rester. "J’ai vu une évolution dans les douleurs thoraciques. Ça a été pire que tout. J’ai eu peur parce que j’ai senti tout de suite qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas, raconte la Parisienne. Mon cardiologue a bien voulu me recevoir sans rendez-vous. Il m’a fait une échographie cardiaque et c’est là qu’il a vu l’épanchement. Ma bronchite a fait un épisode de péricardite aigüe."

Traitement à vie

Soignée pendant plusieurs mois pour sa péricardite, Clothilde Nonnez espère reprendre une vie normale bientôt. Enfin presque car les médicaments, "c’est un traitement à vie pour l’asthme", rappelle-t-elle. Ne plus en prendre, "serait le rêve". Du coup, chaque jour, elle se renseigne sur la qualité de l’air à Paris : "Je suis une obsédée d’Airparif [association de surveillance de la qualité de l’air en Île-de-France, NDLR], je dois regarder au moins quatre à cinq fois par jour leur bulletin. Je regarde la météo parce que je sais que, lorsqu’il pleut ou qu’il y a du vent, ce n’est pas très bon pour le moral mais au moins c’est bon pour la ville."

”Les gens qui me soignent me disent qu’il faut que je songe à quitter Paris.”
— Clothilde Nonnez à franceinfo

Absences au travail ou frais médicaux, l’avocat de Clothide Nonnez espère faire chiffrer le coût de la pollution de l’air pour sa cliente. Elle apportera des certificats médicaux attestant bien de liens entre pollution et ses maladies. "Mon médecin traitant m’en parle, elle dit que l’air de Paris est pollué, que l’on respire de l’air pourri, affirme la quinquagénaire. Elle a d’autres patients comme moi, y compris des enfants, y compris des bébés. Mon cardiologue, lui aussi le dit."

Sa démarche pourrait en entraîner d’autres

Le combat de Clothilde Nonnez est également soutenu par plusieurs associations qui estiment avoir une trentaine de dossiers comme le sien à l’heure actuelle. "Cette femme a décidé de porter plainte parce qu’elle en avait marre, indique Sébastien Vray, le porte-parole de Respire, l’une de ces associations. Je pense qu’elle a senti aussi le devoir impératif de représenter les autres victimes. Elle sait que cela peut servir d’autres gens. Elle n’a pas peur de se montrer. Il en faut un. C’est notre Erin Brockovich [cette mère de famille américaine qui a révélé au grand jour un scandale de santé publique à la fin des années 1990, NDLR] à nous."

Respire n’avait pas obtenu de procès au pénal après sa plainte il y a trois ans. Cette fois, les associations espèrent que les action en justice de particuliers incarneront ceux qui sont aujourd’hui les victimes de la pollution et, peut-être, feront en sorte que la France respecte les normes.