L’Anticapitaliste Hebdo du NPA

Hebdo L’Anticapitaliste 391 (06/07/2017) - Amiante : 100 000 meurtres avec préméditation... mais pas de coupable

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Une nouvelle fois, le permis de tuer est accordé aux industriels.

Les 24 et 25 novembre 1971, les industriels de l’amiante, réunis dans le plus grand secret lors d’une conférence internationale à Londres, s’inquiètent d’études menées dans plusieurs pays sur les travailleurs de l’amiante, accablantes par l’ampleur du nombre de malades et de morts.1

Ils engagent la riposte et s’emploient à discréditer les scientifiques honnêtes, corrompre les autres et les enrôler à leur service, circonvenir les gouvernements et les organisations syndicales au nom de l’emploi pour vendre leur poison. Avec succès : des millions de tonnes d’amiante vont être vendues pendant 30 ans en Europe, jusqu’à l’interdiction en 1997.

Le 27 juin 2017, on apprend dans le Monde que le parquet de Paris « estime impossible de dater le début de l’intoxication des victimes, donc d’établir les responsabilités ». Ainsi les 100 000 morts annoncées rien qu’en France resteraient impunies ? Après cette annonce inouïe, l’indignation de la population, des associations et des syndicats engagés dans ce combat n’a donné lieu à aucune déclaration gouvernementale, ni de la plupart des partis politiques. Une nouvelle fois, le permis de tuer est accordé aux industriels.

La partie émergée de l’iceberg des cancérogènes

Le nombre de cancers explose, en particulier chez les jeunes. Mais aussi les maladies neurologiques, du sang, cardiaques, rénales, etc. Rien d’étonnant quand on sait que chaque jour sont mis en service sans contrôle sérieux de nouveaux cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques : perturbateurs endocriniens, pesticides, rayonnements ionisants, néonicotinoïdes, multiples molécules chimiques produites pour l’agroalimentaire, l’industrie, la construction, le transport, etc.

Face à ces dangers, des associations et des syndicats se mobilisent pour dénoncer ces poisons, tenter de mettre un terme aux intoxications et défendre les malades et leurs familles dévastées. À la proximité d’usines, de cultures, de lieux de stockage de déchets nucléaires, les enfants développent des maladies graves, parfois mortelles, ce qui donne souvent lieu à des mobilisations locales déterminées à faire cesser ces scandales. Malheureusement ce foisonnement d’initiatives n’a pas encore trouvé son unité, sa centralisation, sa capacité à mobiliser massivement.

Mais ces initiatives inquiètent les industriels car ils perçoivent le basculement de l’opinion publique et la médiatisation de plus en plus forte des préoccupations de santé ; d’autant que leurs produits empoisonnent au-delà des ouvrierEs d’usines, parfois considéréEs comme sacrifiéEs d’avance dans les médias.

Une guerre souterraine

Face à ce problème, les industriels rejouent la stratégie des meurtriers de l’amiante. C’est une vraie guerre, souterraine, mais avec des morts bien réelles, qui est menée par les grandes firmes capitalistes qui veulent imposer leurs produits de mort aux populations qui les utilisent et aux travailleurEs qui les produisent.

Le scandale de l’impunité des empoisonneurs de l’amiante ne doit pas rester le problème des seules premières victimes de ce poison. L’amiante produit ses effets des décennies après la contamination, et il n’est pas donc facile de mobiliser des victimes souvent âgées, diminuées par la maladie.

Les firmes qui tuent et intoxiquent pour le profit se mobilisent pour leur impunité, avec la complicité de l’État, et malheureusement la riposte, malgré le courage et la détermination des personnes mobilisées, demeure trop faible et éclatée.

Pour stopper l’empoisonnement de la planète, les anticapitalistes doivent être les moteurs d’un rassemblement offensif des syndicalistes, des environnementalistes, du monde médical intègre, des scientifiques honnêtes, des militants du cadre de vie, des parents d’élèves et de toutes celles et ceux qui ne veulent pas perdre leur vie à la gagner.

Lionel Denis