L’hôpital

Hospimédia - Des infirmiers du CHU de Grenoble lancent un nouveau cri d’alarme

il y a 1 mois, par Info santé sécu social

Publié le 01/08/18 -

En mai, le CHU de Grenoble dévoilait son plan d’action pour la qualité de vie au travail, après une année difficile. Il se met en place progressivement mais ne suffit pas à calmer les esprits. Début juillet, le CHSCT a émis un avis de danger grave et imminent pour les personnels. Des infirmiers lancent cette semaine un nouveau cri d’alarme.

Information mise à jour : Ce 2 août, la direction générale du CHU de Grenoble a tenu à apporter à Hospimedia des informations complémentaires. Concernant la situation des personnels soignants en gériatrie : "effectifs soignants en Ehpad et unité de soins de longue durée répondent à une réglementation nationale fonction de la sévérité des pathologies et du niveau de dépendance des patients", rappelle le CHU. Il explique donc "n’appliquer aucune restriction budgétaire sur ces effectifs".

"Concernant les postes vacants, des recrutements sont en cours, à la faveur des sorties d’écoles d’infirmiers et aides-soignants. Tous les postes vacants seront pourvus", assure-t-il. Pour remplacer des absences de personnels soignants, parfois de longue durée, l’établissement a recours à son pool interne de remplacement ou à de l’intérim lorsque le pool ne peut pas répondre à la demande. Concernant plus précisément la mise en œuvre du plan d’actions, la newsletter Actions Plan d’action a été diffusée ce jour à la communauté du CHU. Elle sera suivie d’une newsletter consacrée exclusivement au recrutement. Une prochaine réunion du CHSCT est prévue début septembre, elle permettra de mesurer les avancées concrètes réalisées.

"Ceci est un cri d’alarme, un cri de désespoir car nous n’avons plus le temps". C’est ainsi que débute le témoignage, distribué par la CGT ces derniers jours sous forme de tract, au CHU de Grenoble-Alpes (Isère, Chuga). Des infirmiers du CHU y racontent leur désespoir face à la situation en unité de soins longue durée (USLD) et en Ehpad et interpellent la direction. Ces infirmiers décrivent leur quotidien, tandis qu’un seul infirmier doit gérer 40 résidents. "Avez-vous une idée de ce que cela signifie de travailler dans ces conditions ?" interrogent-ils. Ils dénoncent un manque de temps et leurs conséquences sur les patients. "De la douleur et de la souffrance provoquées par des gestes trop rapides des soignants, une douche par semaine au mieux [...]. Pour aller plus vite, on les rend grabataires", décrivent les soignants. Ce témoignage est aussi l’occasion pour le syndicat de mettre une nouvelle fois en lumière les tensions au sein de l’établissement.

Plus largement, l’ensemble des syndicats de l’établissement dénonce depuis plusieurs semaines un climat de pression au sein du CHU isérois, tandis qu’un plan pour la qualité de vie au travail a été présenté par la direction en mai dernier. Il fait suite à la polémique fin 2017 sur les situations de harcèlement et les recommandations du médiateur national. Le CHU se posait alors en pilote pour la rénovation des statuts médicaux notamment et affirmait qu’un suivi serait mis en place pour l’instauration de ce plan. Mais, le 5 juillet, le comité d’hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT), qui avait pourtant validé ce plan, a émis un avis "de danger grave et imminent" pour le personnel. Pour les trois syndicats — CGT, FO et Sud — dans la mise en place du plan, le compte n’y est toujours pas. Au sein de l’USLD et de l’Ehpad, un mouvement de protestation pourrait se poursuivre en septembre, indique la CGT. Les agents demandent "du personnel et des moyens, vite !" concluent-ils dans leur témoignage.

La direction maintient le cap

Contacté par Hospimedia, la direction de l’établissement indique que la mise en place du plan suit son cours et qu’elle s’applique à communiquer en interne sur les évolutions à venir. Le CHU confirme qu’un bilan à un an sera fait sur la qualité de vie au travail. En attendant, il tente de parer au "au contexte difficile" de la période estivale.

C’est en tout cas ce qu’affirme un e-mail adressé au personnel le 10 juillet et dont Hospimedia s’est procuré copie. Il est signé conjointement par la directrice générale par intérim, le président de la commission médicale d’établissement (CME), le doyen de l’unité de formation et de recherche de médecine (UFR) et celui de pharmacie. Ils indiquent que l’établissement "mobilise tous ses moyens pour opérer le plus large recrutement possible" jusqu’au 25 juillet, avec les sorties d’écoles d’aides-soignants et paramédicaux. Ils évoquent aussi une politique "active de titularisation" ainsi que le doublement du pool de remplacement des paramédicaux. Ils annoncent enfin la sortie imminente d’une newsletter "actions plan d’action" consacrée à l’avancement du plan sur la qualité de vie au travail.

La gouvernance conclut en indiquant que l’aide exceptionnelle allouée par l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes, à hauteur de 3 millions d’euros (M€) d’investissements en 2017, a été consacrée "à l’acquisition d’équipements hôteliers, informatiques et biomédicaux pour remplacer en priorité les équipements vétustes". "Les engagements seront tenus", rassure la gouvernance.

Clémence Nayrac