L’hôpital

Infirmier.com - Les problèmes de coordination nuisent aux équipes, patients et hôpitaux

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

Les patients, les équipes mais aussi les hôpitaux sont les victimes des dysfonctionnements provoqués par la désynchronisation des temps médicaux et non médicaux, a montré un colloque organisé le 16 janvier 2017 par l’agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) au Sénat sur comment "soigner le travail d’équipe dans l’intérêt du patient".

La désynchronisation des temps médicaux a des effets délétères sur la prise en charge des patients mais aussi sur les équipes et les structures hospitalières.

A cette occasion, Stanislas Johanet et Fabienne Bousrez, de l’Anap, ont dressé un état des lieux des problèmes de désynchronisation des professionnels autour du patient. “Cette question de désynchronisation reste un sujet méconnu”, a expliqué en introduction Stanislas Johanet. Un sujet qui n’est pourtant pas spécifique au milieu hospitalier. En effet, “la synchronisation des acteurs est une exigence de tous les services à la personne”, précise-t-il.

Pourtant le monde hospitalier a quelques spécificités pouvant être à l’origine de problèmes de coordination : “à l’hôpital les lignes hiérarchiques sont différentes, les statuts aussi”. Et, si le personnel médical est prescripteur et peut travailler sur différents sites, le paramédical attend les prescriptions et est souvent mono-site. “Cette différence de façon de travailler peut provoquer des incompréhensions”, complète Stanislas Johanet. “Lorsque cela ne fonctionne pas bien, la question de la non-synchronisation du temps revient systématiquement. Ce sujet est, en fait, omniprésent”, a-t-il souligné en constatant que “la charge de bazar dépasse souvent la charge de travail.” “Ces dysfonctionnements sont cachés derrière d’autres préoccupations”, étant “souvent rapportés à un manque de moyens”. De plus, “les comportements individuels sont toujours mis en avant, en questionnant rarement l’organisation”, a-t-il précisé. Il existe enfin une difficulté à se remettre en cause : “les marges de progrès se voient surtout chez les autres”, a souligné le représentant de l’Anap. Résultat, les informations circulent mal et les professionnels s’attendent les uns les autres. “Dans un établissement, on estime qu’entre 10 à 30 équivalents temps plein ne font que s’attendre. Et cela s’accompagne d’une souffrance pour le patient”, a ajouté Stanislas Johanet. Les représentants de l’Anap identifient en fait trois victimes de cette désynchronisation.

Préjudice pour le patient

En premier lieu, les patients. “Le patient doit prendre son mal en patience. Il attend tout le temps et manque souvent d’informations”, a expliqué Fabienne Bousrez.

Les causes de ces retards sont multiples : le retard à la décision, à l’information, à la prise en charge du patient et à sa sortie. Un retard qu’il faut ensuite rattraper : “la pression fait que l’on va vite, ce qui est source d’erreurs. De même, lorsqu’au sein de l’équipe soignante on perd des moments de convivialité, on passe à côté d’informations importantes pour le patient”, a-t-elle ajouté.

En cas de charge de travail trop importante, les soignants ou le praticien sont souvent interrompus dans leur travail, ce qui peut être une autre source d’erreurs.

Côté patient, “les tensions dans les équipes sont bien ressenties par les malades qui peuvent avoir l’impression d’être pris en otage. Ce qui accentue le sentiment d’insécurité”, a confirmé Valérie Chigot, directrice de Renaloo, association de patients.

Préjudice pour l’équipe

La désynchronisation est également un préjudice pour l’équipe. Elle provoque une désorganisation du travail, une perte de solidarité au sein de l’équipe, un stress professionnel du fait de la nécessité de rattraper le temps perdu, des tensions entre les individus par méconnaissance des contraintes de l’autre. Mais elle peut aussi être à l’origine d’un sentiment de dévalorisation, accompagné d’une sensation de travail mal fait ou inachevé, et enfin de démotivation. “Si on vous fait attendre, c’est qu’on ne reconnait pas votre travail”, a précisé Fabienne Bousrez. Au final, cela provoque des heures supplémentaires, ce qui a un impact sur la vie personnelle.

Préjudice pour l’hôpital

Dernier préjudice porté, celui à la structure. Les heures supplémentaires payées par la structure hospitalière sont une perte économique. Les deux représentants de l’Anap ont pointé du doigt, notamment, la désynchronisation des congés médicaux et non médicaux qui seraient responsables de la désorganisation des équipes, de la déprogrammation de consultations, et de dépenses d’intérim conséquentes.

De plus, alors que la politique de santé actuelle vise à réduire le temps de séjour des patients, la désynchronisation provoque des allongements inutiles de ces durées de séjour, ont-ils indiqué. Pour Fabienne Bousrez, il faut repérer et mesurer les temps d’attente qui n’ont pas été décelés ou qui ont pu paraître normaux aux yeux de l’équipe. “C’est une affaire d’équipe médico-soignant mais en prenant soin d’inclure le patient. On ne fait pas assez appel au patient”, a souligné la représentante de l’Anap.

Fabienne Bousrez préconise enfin de “parler en équipe pour évaluer les conséquences de ces dysfonctionnements”. Elle constate qu’il existe une fracture entre le médical et le non médical : “parfois des équipes ne se sont jamais réunies”.