Le droit à la santé

J.I.M. - Télémédecine en officine : une solution à la désertification médicale ?

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

« Avec quels produits, quels services et quelles technologies la pharmacie d’officine peut-elle se transformer en véritable pôle de santé de proximité ? » La question a été posée ce matin au cours du colloque annuel de Pharma Système Qualité dont le thème global était, cette année, centré sur différents leviers propres à relever le défi de la désertification médicale. Parmi les pistes envisagées, celle de la télémédecine en officine et, plus globalement, celle des dispositifs médicaux délivrés par les pharmaciens est apparue comme prometteuse, sous certaines conditions.

Dans ce contexte, l’expérience de Sophie Toufflin-Rioli, pharmacienne dans une petite bourgade de Vendée, est édifiante. Obligée de repenser le modèle économique de son officine qu’elle venait d’agrandir après le départ de 2 des 3 médecins de la commune, elle a décidé de tenter l’expérience de la télémédecine via le projet Telemedinov, lauréat en 2012 du projet National Santé et Numérique E-Santé N°2. Grâce à un ensemble d’outils connectés, elle est donc désormais en mesure de pratiquer certains examens généraux, dermatologiques ou ophtalmologiques sous le contrôle à distance et les directives d’un médecin disposant du même matériel.

L’évolution majeure doit d’abord être juridique

Pour Franck Baudino, médecin généraliste ayant longtemps exercé dans des zones du territoire peu pourvues en offre de soins et désormais PDG de la société H4D qui commercialise des cabines de téléconsultation, « ces outils technologiques, dès lors qu’ils ont été évalués et labellisés, permettent de réaliser de manière tout à fait fiable plus de 90 % des tests médicaux classiques et constituent une piste de collaboration renforcée entre médecins et pharmaciens ». Une piste que prend très au sérieux le professeur Antoine Tesnière, directeur général d’iLumens, un département de formation en santé de l’Université Paris Descartes qui utilise des environnements virtuels liés à la pratique des soins ou encore des robots simulateurs pour dispenser des enseignements appliqués aux étudiants, comme à tous les professionnels de santé déjà en exercice.

Si tous se s’accordent à voir dans ces techniques l’une des solutions capables de palier les différents problèmes engendrés par la désertification médicale, ils n’en oublient pas moins l’obstacle majeur qui limite leur mise en pratique par les pharmaciens d’officine : l’aspect juridique et financier. Ainsi, Albin Dumas, pharmacien en Ardèche et président de l’Association de pharmacie rurale (APR), pense que l’avenir est indubitablement à la multiplication de cette offre technologique en officine, mais que « l’évolution majeure dont les pharmaciens ont besoin est avant tout juridique ».

Qualifiant la législation actuelle de « rétrograde », il milite activement pour que les pharmaciens aient plus de prérogatives dans la prise en charge de nombreuses pathologies tout en se questionnant sur les financements afférents qui ne suivent jamais vraiment. Un avis forcément partagé par A. Toufflin-Rioli qui rappelle que le décret sur le financement des actes de télémédecine en officine n’est toujours pas paru, alors que celui concernant les médecins qui en sont partie prenante l’est depuis un moment.

Benoît Thelliez