Luttes et mobilisations

JIM - Grève dans les fonctions publiques : des hôpitaux très mobilisés

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Grève dans les fonctions publiques : des hôpitaux très mobilisés

Paris, le jeudi 22 mars 2018 – Dans les hôpitaux, la grève s’est déjà installée depuis plusieurs jours, voire semaines. De nombreux services, d’urgences notamment, sont en effet le théâtre depuis le début de l’année de mouvements d’action. Partout, c’est le même constat qui s’impose : les nouvelles restrictions économiques, qui se traduisent fréquemment par des suppressions de poste, sont considérées comme insoutenables par des équipes au bord de la déroute. « La situation ne fait qu’empirer, le personnel est à bout, les solutions à court terme ne sont pas là » dénonce par exemple les organisations CFTC et Force Ouvrières (FO) des hôpitaux de Strasbourg, où les urgentistes sont appelés à la grève depuis mardi jusqu’à demain. Mêmes échos à Sarreguemines où les soignants de l’hôpital Robert Pax se montrent très inquiets et ont été incités à la grève dès mardi. « Ce qui nous a poussés à déposer ce préavis de grève (…), c’est que les agents sont déjà à cran. Ils n’y arrivent plus. Et de supprimer encore 19 postes, dont un aux urgences, comme c’est prévu, ça semble inconcevable », résume Monique François, secrétaire départementale de FO Santé interrogée par France Bleu. A Lodève, le mouvement dure depuis un mois, ainsi qu’à Lyon.

Plus de position de retrait pour les hôpitaux…
Aujourd’hui, rejoignant ces mouvements locaux, l’ensemble des hôpitaux pourrait participer à la grève nationale. Après avoir déjà répondu en octobre à l’appel des neuf syndicats invitant à cesser le travail dans toutes les fonctions publiques, les établissements de santé seront en effet au rendez-vous aujourd’hui alors que sept organisations lancent un nouveau mot d’ordre. Cette mobilisation des hôpitaux, qui sont traditionnellement en retrait par rapport aux autres fonctions publiques, est le témoin du sentiment de désespoir qui étreint un grand nombre de professionnels, évoqué à de très nombreuses reprises, notamment dans ces colonnes.

… ni pour les médecins…
Fait plus marquant encore, plusieurs organisations de médecins et d’infirmières soutiennent l’action. L’Association des médecins urgentistes de France (AMUF) remarque ainsi que « Les conditions de travail des personnels hospitaliers ne cessent de se dégrader du fait d’un manque de moyens et d’un management délétère. Le mot d’ordre des directions est de faire toujours plus avec moins » déplore le syndicat. Ce dernier met notamment l’accent sur les fermetures annoncées de petites structures d’urgence : « L’argument invoqué de la faible activité de certains services n’est pas acceptable. Un service d’urgence n’est pas là pour faire du chiffre mais "au cas où" une urgence se présente » affirme l’AMUF. Action praticiens hôpital (APH) qui réunit Avenir Hospitalier et la Confédération des praticiens hospitaliers (CPH) unit également sa voix au concert de protestations. L’organisation met pour sa part en avant les inquiétudes suscitées par une possible remise en cause « du statut des agents de la fonction publique hospitalière » et évoque la « précarisation des situations professionnelles et l’accroissement du recours à l’intérim » comme des menaces, qui si elles se confirmaient, aggraveraient encore plus les difficultés des hôpitaux. Le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes réanimateurs (SNPHARE) fait également partie des syndicats montés au front chez les médecins.

… et encore moins pour les infirmières
Du côté des infirmières, la mobilisation est également très forte. La Coordination nationale infirmière (CNI) ne mâche pas ses mots : « Allons-nous continuer à être maltraités sans rien dire » s’emporte en effet l’organisation, qui rappelle la souffrance quasiment unanime des soignants. Dénonciation de l’augmentation des rythmes de travail ou encore du fléau des suppressions de postes figurent également parmi les revendications du Syndicat national des infirmiers de bloc opératoire (SNIBO) et du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFE-CGC) qui participent au mouvement. Si comme toujours, la mobilisation ne devrait guère avoir d’impact sur la prise en charge des situations urgentes, pour certaines activités programmées des reports sont à prévoir. Les pédopsychiatres de l’Établissement public de santé Alsace Nord (EPSAN) ont ainsi prévu de ne recevoir aucun jeune patient en consultation de jour aujourd’hui. « Les personnels observent une grève parce que les conditions économiques de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie sont dramatiques (…). Et si ça continue comme ça, si on ne se mobilise pas, c’est tous les jours qu’on ne pourra pas accueillir d’enfants » présage lourdement le docteur Edmond Perrier, cité par les Dernières nouvelles d’Alsace.

Revendications communes et spécifiques
Les représentants des médecins, infirmiers et professionnels de santé en général qui appellent à la grève aujourd’hui partagent beaucoup des revendications des syndicats généraux concernant le gel du point d’indice, le jour de carence, les menaces sur les statuts et les retraites, la précarisation de l’emploi avec la progression des postes non contractuels et les suppressions de postes. Mais compte tenu des 1,6 milliards d’économies supplémentaires demandés à l’hôpital (qui pour certains observateurs devrait impliquer la suppression de 22 000 postes), ils portent également des exigences propres. Elles concernent notamment, rappelées en particulier par l’AMUF, la fin des fermetures de services d’urgence et de lits.

Déception précoce
Quel espoir ont aujourd’hui les manifestants et les grévistes dans les hôpitaux et les établissements hébergeant des personnes âgées dépendantes (EHPAD), qui seront également nombreux à prendre part au mouvement, d’être entendus ? Aujourd’hui, les organisations apparaissent très amères vis-à-vis du gouvernement et du ministre de la Santé, qui avait pourtant bénéficié d’un très bon accueil. Ainsi, la CNI parle d’une entreprise de « démolition » conduite par le gouvernement, tandis que l’AMUF fustige une équipe qui se contente de « multiplier les actions de communication, comme à Eaubonne ou à Nevers, pour essayer de nous rassurer avec la promesse de réformes qui ne répondent absolument pas à nos besoins ». La rupture semble déjà consommée.

Aurélie Haroche