Médecins et professionnels de santé

JIM - Médecins généralistes : quelques idées reçues battues en brèche

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

Paris, le lundi 30 avril 2018 –

Dans le cadre du Programme solidarité soignants mis sur pied par l’Ordre des médecins*, l’agence A plus A a réalisé une étude auprès d’un échantillon de 432 médecins généralistes représentatifs afin d’esquisser le profil de l’omnipraticien d’aujourd’hui. L’occasion de mieux connaître ces chevilles ouvrières de la médecine…et de tordre le cou à quelques idées reçues.

En premier lieu, si la profession se féminise, le MG type demeure un homme de plus de 54 ans, puisque cette catégorie représente près d’un quart des généralistes exerçant en France. Loin de l’idée qu’ils ne seraient plus disponibles, travailleraient moins et favoriseraient ainsi une pénurie qui participerait à saturer les services d’urgences, il apparait qu’ils demeurent des stakhanovistes de la médecine, les hommes travaillant, en moyenne, 53 heures par semaines et les femmes 48 heures, une activité très majoritairement consacrée aux consultations (68 %).

Si, les MG font encore des visites à domicile !
Une des idées reçues les plus répandues est que plus aucun médecin généraliste ne se déplacerait au chevet de ses patients. Or, ces travaux mettent en évidence que 91 % des généralistes font encore des visites à domicile et qu’ils y consacrent même 10 % de leurs temps de travail !

Au total si l’on additionne consultations, visites à domicile, visites en EHPAD et vacations hospitalières, 82,8 % de l’activité professionnelle des MG est consacrée directement aux malades…mais 11,5 % de leurs heures de travail sont occupées par des tâches administratives et il y a bien là, comme de nombreux observateurs le soutiennent, du « temps médical » à libérer. Autre idée fausse, dans la même veine, à laquelle ces travaux apportent un démenti…54 % des médecins généralistes réalisent encore des gardes.

Le « pouvoir médical » sur les patients : un mythe ?
Concernant les rapports avec les patients, il apparaît que l’exigence accru des patients est souvent vécue comme déraisonnable (87,8 %). Le développement du « nomadisme médical » est lui aussi mal jugé par les MG (72,6 %) qui regrettent également que de plus en plus de patients "leurs échappent" au profit des médecins spécialistes libéraux et hospitaliers (50,4 %). Néanmoins, 59,4 % estiment que les connaissances médicales accrues des patients sont un phénomène positif…encore une pierre dans le jardin de ceux qui estiment que les médecins conserveraient jalousement leur « pouvoir médical » et désireraient être omniscients face à des patients soumis.

Avec le temps…
Souvent décriées au moment de leur apparition, de nombreuses réformes de ces dernières années sont désormais jugées favorablement.

Ainsi, les médecins généralistes saluent la création du médecin traitant (62,6 %), de la télétransmission (79,6 %), le développement des génériques (44,5 %), de visites de délégué de l’assurance maladie (45,5 %), ou de la ROSP** (45,5 %).

On notera également une forte appétence pour la création d’un vrai dossier médical personnalisé (DMP), 43 % l’attendent ainsi avec impatience.

Les médecins généralistes voient au contraire d’un mauvais œil, les restrictions apportées aux relations avec l’industrie pharmaceutique (39,8 %)…bien qu’ils soient beaucoup à se féliciter de la disparition progressive des visiteurs médicaux (33,3 %) ! Sans surprise ils se montrent très majoritairement inquiets de la généralisation du tiers-payant (67 %), remis récemment sur l’ouvrage par le ministre de la santé.

La télémédecine : une activité d’avenir…qui le restera ?
Mis au centre des préoccupations par l’Assurance maladie, la télémédecine demeure une activité marginale, ainsi 16,3 % des MG interrogés disent avoir déjà effectué des téléconsultations, 12,5 % de la télé assistance et 7, 5 % de la télé-expertise…En outre si 67,8 % des MG estiment que la téléassistance et 62,4 % que la télé-expertise (62,4%) sont des outils intéressants…ils sont une majorité (52,4 %) à estimer que les téléconsultations sont une assez mauvaise chose ou une mauvaise chose…Des chiffres étonnants (ou pas…) lorsque l’on sait que les syndicats s’accordent pour dire que seules les téléconsultations, au contraire de la télé-expertise, seront reconnues à leur juste valeur tarifaire par l’Assurance-maladie.

Au total, les généralistes apparaissent plutôt satisfaits de leur activité professionnelle (73,1 % s’en disant très ou assez satisfaits et 77,6 % se déclarant heureux ou très heureux) bien que 24,5 % estiment avoir déjà été en dépression et 41,6 % en burn out directement en raison de leur métier…

* Constituée en partenariat avec l’Ordre, cette structure regroupe plusieurs associations d’aide aux professionnels de santé
** ils n’avaient pas connaissance des derniers chiffres au moment de l’enquête !

Frédéric Haroche