L’hôpital

JIM - Urgences : le coup de gueule de l’AMUF

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Paris, le mercredi 21 mars 2018

La fonction publique est appelée à la grève ce jeudi 22 mars pour dénoncer notamment le gel du point d’indice. A l’hôpital, beaucoup de ceux qui n’ont pas encore perdu espoir dans l’efficacité de ce type de mouvement, pourraient bien rejoindre les rangs des manifestants pour signaler la dégradation de leurs conditions de travail et d’accueil des patients.

Point de rupture
Après une année 2017 marquée à l’hôpital par un nombre de grèves et d’actions de protestation sans précédent, touchant tous les types de structures, 2018 débute dans une atmosphère plus morose encore. Partout, semble s’imposer l’idée que les établissements sont en passe d’atteindre un point de non retour, une rupture irrémédiable. D’année en année, les soignants, notamment aux urgences, ont vu les conséquences de l’absence de moyens supplémentaires conjuguée à la progression du nombre de malades et de patients de plus en plus âgés et présentant des polypathologies complexes. Les systèmes mis en place pour répondre à cette affluence trouvent aujourd’hui leurs limites, limites qui se manifestent par un épuisement des personnels. « Les soignants ne vont pas bien du tout. Ils ont l’impression qu’on leur a piqué leur idéal. L’hôpital rend malades ses personnels » a diagnostiqué hier lors d’un point presse le patron de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUF).

Un attachement intact pour le service public
Il est encore là, Patrick Pelloux. Avec le même air colérique et désespéré qu’il avait lorsque le grand public l’a découvert à la télévision lors de la grande canicule de 2003, quand il appelait la France à ouvrir les yeux sur le drame qui était en train de survenir. Les années et les deuils ont creusé leur sillon, les critiques, notamment sur sa forte médiatisation ont été nombreuses, mais l’indignation et la désolation sont intactes et témoignent toujours de la même volonté d’offrir à nos citoyens un hôpital public digne et qui sache répondre à toutes ses missions de soins et d’accueil.

Multiplication par trois
Patrick Pelloux donne des chiffres. Quand l’AMUF a été créée en 1998, on comptait sept millions de passages dans un millier de services d’urgences. Aujourd’hui, on enregistre 21 millions de visites chaque année dans 650 services. Les moyens n’ont nullement pris en compte cette évolution. Les patients reçus ne sont pas tous des égarés qui auraient pu être pris en charge par la médecine de ville. Patrick Pelloux, cité par le Quotidien du médecin s’indigne : « On a des malades graves. Et 56 % des certifications de décès sont faits par des urgentistes ».

L’ambulatoire, cette escroquerie inadaptée
Dans le portrait que dresse l’AMUF, les urgences font figure de bateau à la dérive, totalement laissé à l’abandon. Tous les piliers qui permettaient de soutenir l’édifice semblent s’être écroulés. La médecine de ville ? Christophe Prudhomme, porte-parole de l’AMUF, affirme qu’elle « ne répond pas aux besoins. Elle n’est pas adaptée. Les gens viennent aux urgences parce qu’ils ne trouvent pas de médecins ou n’obtiennent pas de rendez-vous assez rapidement. Également parce qu’à l’hôpital, il y a tout sur place : analyses, radiologie… ». Les services d’aval ? Ils ont tendance à être vidés de leurs lits. Ainsi, l’AMUF parle de la médecine et de la chirurgie ambulatoire comme d’une « escroquerie intellectuelle ». « L’ambulatoire est un progrès technique pour une petite partie de la médecine. Mais beaucoup de patients dans les hôpitaux souffrent de maladies chroniques (diabète, hypertension, etc.). Quand ils ont besoin d’être hospitalisés, il faut des lits… Et aujourd’hui, on a surtout besoin de lits de médecine polyvalente » détaille Christophe Prudhomme. Les responsables de l’AMUF insistent encore sur le fait que la situation actuelle des services d’urgences a des conséquences dramatiques sur les patients et rappellent notamment combien le fait de devoir passer une nuit sur un brancard peut aggraver un diagnostic.

Des annonces inquiétantes
Face à cette situation, le gouvernement actuel, en dépit de l’affichage d’une compréhension des attentes des médecins hospitaliers paraît s’inscrire sur la même ligne que ses prédécesseurs. L’AMUF s’inquiète notamment de l’annonce de fermetures de petits services d’urgence. « Un service d’urgence n’est pas là pour faire du volume d’activité, mais pour assurer un maillage du territoire, être là si besoin à n’importe quel moment. Le critère de qualité, c’est qu’aucun citoyen ne doit être à plus de trente minutes » explique Christophe Prudhomme.

Écoute factice ?
Parallèlement à cette alerte médiatisée de l’AMUF, une nouvelle lettre ouverte a été adressée au ministre de la Santé par 1 200 professionnels de santé inquiets de la dégradation de l’hôpital public et en colère. Ils déplorent notamment le fait que de nouvelles fermetures de structures se profilent et que le taux directeur de 2,1 % impose de nouvelles économies et suppressions de postes. Les praticiens n’ont pas pu être reçus comme ils le souhaitaient par le ministre. Ils seront sans doute nombreux à exprimer leur colère dans les rues demain.

Aurélie Haroche