Luttes et mobilisations

L’Humanité - La colère infirmière déborde dans la rue

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Conditions de travail insupportables, formations et diplômes dégradés, dépassés, revalorisation salariale en panne Les infirmiers manifestent cet après-midi à Paris.

« Notre journée d’action est un cri d’alarme. Nous voulons être des lanceurs d’alerte », explique Nathalie Depoire, la présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI), chargée de présenter les raisons qui poussent quatorze organisations infirmières à faire grève, ce mardi, et à manifester, à 13 heures à Paris, du parvis de la gare Montparnasse au ministère de la Santé. Marisol Touraine n’y sera pas. La ministre les a d’ailleurs soigneusement évitées durant les cinq années de son mandat. Mais leurs raisons d’insister sont si nombreuses que les infirmiers et infirmières des hôpitaux, des Ehpad (maisons de retraite), de l’éducation nationale ou libéraux ont décidé, comme en novembre dernier, de refaire front commun.

Ils veulent d’abord dénoncer l’impact de la dégradation de leurs conditions de travail sur les patients. « Désormais, seuls les chiffres comptent. Dans mon service, une réunion mensuelle est consacrée à la mesure de l’activité du bloc, confie Dominique Lanquetin, vice-présidente de l’Union nationale des associations des infirmiers des bloc opératoire (Unaibode). On ne cherche même pas à savoir si le patient à eu un problème. Parfois, le bloc est fermé faute de personnel. » Le patient n’a plus qu’à patienter ! « Nous ne sommes mêmes plus capables d’affronter une épidémie de grippe, renchérit Thierry Amouroux, du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI CFECGC).

Les politiques d’austérité nous poussent à l’erreur. » Les erreurs de soins ont fait un bond de 48 % en quatre ans, selon le responsable syndical. Vingt-quatre « événements indésirables de soins », parfois fatals au malade, avaient été recensés dans les hôpitaux publics de l’AP HP en 2013. Le cap de la centaine a été franchi cette année. Entre la loi santé et la grande conférence du ministère, les infirmiers n’ont pas échappé aux promesses gouvernementales non tenues, tels les nouveaux programmes et diplômes universitaires qui permettraient de revaloriser et moderniser la profession. A noter qu’une nouvelle revendication vient de s’inviter dans le cortège. Le retrait de l’ordonnance sur la reconnaissance des qualifications professionnelles en santé. La transcription d’un texte européen, signé le 19 janvier par Marisol Touraine, ouvre tout bonnement la voie aux soins low cost en France, lesquels seraient assurés par des professionnels ne maîtrisant qu’une ou quelques compétences.

par Sylvie Ducatteau