Luttes et mobilisations

L’Humanité - La digue des CAF est sur le point de rompre

il y a 2 semaines, par Info santé sécu social

En grève ce mardi, les salariés des Caisses d’allocations familiales tirent la sonnette d’alarme et dénoncent des conditions de travail et une chute des effectifs qui ne leur permet plus de mener à bien leur mission de service public.

C’est une lame de fond. Depuis des mois, la colère monte dans les Caisse d’allocations familiales, sur tout le territoire. Ce mardi, de Marseille à Paris et de Lille à Bordeaux, les agences sont restées portes closes. Une journée de grève à l’appel de la CGT et de FO, pour exiger « l’arrêt immédiat des suppressions de postes » – 1500 sur les quatre dernières années –, « l’arrêt des heures supplémentaires obligatoires (…), des mutualisations, externalisations » et autres « restructurations » écrivent les syndicats.

Le malaise est profond. « Aujourd’hui, les 22 000 salariés des CAF n’ont tout simplement plus les moyens d’assurer correctement leur mission de service publique » constate Denis Lalys, secrétaire général de la fédération CGT des organismes sociaux. « Il manque partout du personnel dans un contexte social tendu où les demandes de prestations, RSA ou allocations logement, explosent » poursuit le syndicaliste. Pourtant, il s’agit bien de répondre à une « urgence sociale » précisent les syndicats selon lesquels « le gouvernement et la Caisse nationale d’allocation familiale (CNAF) restent sourds et laissent les catégories dites « populaires » se démener dans leurs problèmes sans même plus feindre de chercher des solutions ».

Impossibilité de gérer les situations d’urgence

Contraintes par les suppressions de postes et les restrictions budgétaires, les caisses d’allocations familiales ont désormais recours au système de suivi sur rendez-vous, « contraire à notre mission qui est, aussi, d’être accessibles à tous » estime Mohammed Lounas, responsable fédéral CGT. « Avec la fermeture des accueils, là où nous recevions 500 personnes par jour sur tout le territoire, nous n’en recevons aujourd’hui qu’une centaine » poursuit-il. Mais il y a pire confie le syndicaliste : « Si une personne est face à une situation d’urgence, elle n’a plus d’interlocuteur à qui s’adresser rapidement. Les rendez-vous peuvent être pris avec un mois de délais et si l’on ajoute à cela le temps de traitement des dossiers, l’usager se retrouve sans solution pendant des mois ». Et parfois, reprend-t-il, « cela peut se terminer en drame, comme ce fut le cas pour cette jeune mère allocataire qui a mis fin à ses jours dans le Nord en juillet dernier ».

Pour les syndicats, cette politique « relève d’une irresponsabilité grotesque et dangereuse ». Ils estiment que « dans un contexte de crise et de chômage de masse, les CAF servent un peu de digue, mais une digue qu’on a tellement fragilisée qu’elle risque de rompre à tout moment. » De l’autre côté du guichet, les salariés sont à bout. En première ligne, ils vivent au quotidien l’exaspération des usagers. La violence se fait de plus en plus ressentir d’autant que « beaucoup des agents de la CAF sont en contrat précaire et n’ont pas reçu les formations nécessaires » reprend Mohammed Lounas.

Après une première rencontre infructueuse avec le Ministère il y a deux mois, des représentants syndicaux ont été reçus mardi par Daniel Lenoir, directeur général de la Caisse nationale d’allocation familiale. « On attend de voir ce qu’il met sur la table » explique Mohammed Lounas qui prévient que le mouvement de contestations ne s’arrêtera pas sur des promesses en l’air.

Marion d’Allard

journaliste