La santé au travail. Les accidents de travail et maladies professionnelles

L’Humanité - Les mauvaises conditions de travail, premier frein à la « compétitivité »

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Stéphane Guérard

Mardi, 25 Juillet, 2017

Selon une étude Apicil-Mozart Consulting, le « coût global du mal-être au travail » se monte à 12 600 euros par an et par salarié du privé.

Conditions de travail, santé au travail, risques psychosociaux au travail, qualité du travail, qualité de vie au travail, bien-être au travail, bonheur au travail… les appellations changent, le constat demeure : les entreprises françaises traînent toujours les pieds lorsqu’il s’agit de prendre en compte les conditions d’exercice de leurs salariés. Au point que « les mauvaises organisations du travail sont la première cause de dégradation de la compétitivité des entreprises du secteur privé, bien avant les coûts salariaux et charges sociales ».

Une mauvaise organisation du travail induit de la souffrance

Cette conclusion écrite dans une novlangue libérale est tirée de Regards d’expert, publié la semaine dernière par le groupe de prévoyance Apicil et Mozart Consulting. Ce dernier, cabinet, qui accompagne des entreprises dans leurs politiques de RSE (responsabilité sociale et environnementale), a mis au point un référentiel qui chiffre cette baisse de compétitivité. « Les chefs d’entreprise n’ont d’yeux que pour l’Ebit (acronyme anglais du bénéfice avant intérêts et impôts), qui mesure la performance économique. Nous, nous avons créé l’Ibet, l’indice de bien-être au travail, qui leur donne des indicateurs chiffrés sur la performance sociale de leur entreprise vis-à-vis de ses salariés », explique Victor Waknine, président du cabinet d’audit. Les nombreuses statistiques issues du ministère du Travail (Dares) ou du Centre d’études de l’emploi et du travail (Ceet, Cnam) permettent de globaliser cet Ibet aux secteurs d’activité et au niveau national. Là, la facture est salée.

Le « coût global du mal-être au travail », pour le secteur privé, se monte à 12 600 euros par an et par salarié. Si 2 500 euros sont liés à des coûts incompressibles (arrêts de travail liés à des problèmes de santé hors travail), 10 100 euros pourraient être économisés par les entreprises si seulement elles prenaient en compte ce que cette étude appelle le « désengagement salarié/employeur ». « Le désengagement du salarié peut se traduire par des arrêts causés par une charge de travail trop lourde, par des burn-out, par des problèmes de santé et de sécurité, reprend Victor Waknine. Il peut être aussi le fait d’une perte de sens du contenu du travail, d’un manque de reconnaissance, d’information et de dialogue social, d’un isolement ou de conditions dégradées. Tout cela se traduit en surcoûts liés à l’emploi d’intérimaires, de remplaçants, à une perte de temps pour les autres salariés qui doivent se répartir le travail non effectué, ou à l’abandon pur et simple d’une tâche. » Le désengagement de l’employeur est lui aussi quantifiable, à travers les ruptures de contrats, conventionnelles ou non, la perte de temps en formation de remplaçants, faute d’avoir su conserver ses salariés… « Une mauvaise organisation du travail induit de la souffrance et une mauvaise santé qui finissent par avoir un coût pour l’entreprise », conclut Victor Waknine.

Un quart des salariés français « activement désengagés »

Il n’est pas le seul à le dire. Pour l’Institut Gallup, qui a lui aussi développé son baromètre QVT (qualité de vie au travail), la France est même le mauvais élève européen de l’engagement de ses salariés, avec plus d’un quart d’entre eux « activement désengagés » dans leur travail (la moyenne mondiale est à 13 %), pour seulement 9 % d’« engagés ». Une étude récente du Ceet liait une grande partie de ce désengagement aux politiques d’ajustement par le bas du marché du travail (voir notre édition du 24 avril). Manque de chance, l’urgence pour Emmanuel Macron est de poursuivre ces ajustements via la loi travail numéro 2. Pas de convoquer des états généraux sur l’amélioration de la qualité du travail.

Stéphanne Guérard