Branche maladie de la sécurité sociale

L’Humanité - Protection sociale : la sécu prend en charge le renoncement aux soins

29 mars, par Info santé sécu social

AFP

L’Assurance maladie veut agir contre le renoncement aux soins. Un dispositif de détection et d’accompagnement des personnes concernées, en cours d’expérimentation dans une vingtaine de départements, devait être généralisé d’ici à 2018.

C’est une enquête réalisée auprès des usagers de l’Assurance maladie du département Gard, l’un des plus pauvres de France, qui a révélé l’ampleur du phénomène. En 2012, ses responsables avaient constaté la faiblesse d’utilisation des aides financières existantes permettant aux plus démunis d’accéder à certains soins - notamment dentaires et d’optique - telles la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) ou l’ACS (l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé).

Par l’intermédiaire des structures d’accueil de l’Assurance maladie, 4000 personnes avaient été interrogées. 20 à 30% déclaraient avoir renoncé ou reporté des soins au cours des deux années précédentes. Dans un deuxième temps, l’enquête avait été élargie à 29 000 assurés d’une vingtaine de départements. Qui confirment le diagnostic. 26.5 % d’entre eux ne se soignent pas, avec des différences notables entre département s’échelonnant entre 33.8% dans la Drôme à 19.7% dans L’Hérault. : « Les personnes renoncent totalement ou ne vont pas au bout du parcours. Ils renoncent à voir un spécialiste, à réaliser un examen demandé. Le reste à charge est un obstacle pour beaucoup même s’il ne représente que quelques euros. 13% des assurés renoncent à une consultation auprès d’un médecin généraliste », précise Héléna Revil, chercheur à l’Observatoire des non-recours aux droits et aux services (Odenore).

L’Odenore sollicité pour comprendre les motifs du renoncement aux soins, a constaté sans surprise, qu’ils sont financiers pour 3 cas sur 4, surtout en l’absence de complémentaire santé. L’observatoire remarque également que la précarité des revenus, de logement et l’isolement aggravent les risques. Près de 60% sont des femmes. Plus de 35% vivent seules. 18% sont des familles monoparentales.

20% de ceux qui renoncent à se soigner disposent pourtant d’une complémentaire santé. « Certains assurés sont totalement perdus dans le système de protection sociale et de soins, estime le directeur général de l’Assurance maladie, Nicolas Revel, confirmant la faiblesse du recours aux aides existantes.

C’est donc pour raccrocher ces assurés à leurs droits que le dispositif expérimenté d’abord à Nîmes depuis 2014 et étendu depuis à 21 autres départements, devrait être généralisé progressivement d’avril 2017 à mi-2018. Il vise d’abord à identifier les cas de renoncement aux soins par des agents formés, « à moyens constants », a tout de même précisé Nicolas Revel. Et en s’appuyant sur un réseau de partenaires : professionnels de santé, travailleurs sociaux. Une fois « repéré » un suivi individualisé est proposé à l’assuré jusqu’à la réalisation des soins abandonnés.

Sylvie Ducatteau