Psychiatrie

La Croix.com : Des psychiatres refusent l’amalgame entre terrorisme et maladie mentale

il y a 2 semaines, par infosecusanté

Des psychiatres refusent l’amalgame entre terrorisme et maladie mentale

PIERRE BIENVAULT27/08/2017 à 15h22

Combien de temps le ministère de la santé va-t-il rester silencieux face à la polémique ouverte par les déclarations du ministre de l’intérieur sur le terrorisme et la psychiatrie ? En tout cas, l’émotion est vive dans le monde médical et associatif face à la volonté de Gérard Collomb de « mobiliser » les hôpitaux et les médecins de manière à « essayer de parer à la menace terroriste individuelle ». Le ministre a réussi à s’attirer les foudres des psychiatres, du conseil de l’Ordre et des familles de patients.

« Des gens qui se radicalisent brutalement »
L’affaire a démarré le 18 août après les attentats survenus en Catalogne. « On a en fait deux types d’attaques aujourd’hui. Vous avez à la fois des attaques planifiées comme celle qui vient de se produire en Espagne, et puis vous avez des gens qui se radicalisent brutalement avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés », explique Gérard Collomb sur RTL. « Donc nous sommes en train de travailler avec ma collègue ministre de la Santé pour essayer de repérer l’ensemble de ces profils qui demain peuvent passer à l’acte », ajoute-t-il.
À lire : Terrorisme, les psys craignent les amalgames
« Ce n’est pas du terrorisme (…) mais on a de l’imitation »
Cinq jours plus tard, Gérard Collomb revient à la charge après un drame survenu à Marseille le 21 août. Un homme avait alors foncé avec une fourgonnette sur deux abribus, faisant un mort et un blessé. Cet individu de 35 ansa passé, à la demande de la justice, une expertise médicale qui a conclu à un« probable processus psychotique ». Un signal d’alarme aux yeux de Gérard Collomb.« Il sortait de clinique psychiatrique. Il avait des antécédents de prison et il assassine une personne. Il faut réfléchir sur ce genre de prisme », déclare sur BFMTV le ministre le 23 août. « Ce n’est pas du terrorisme (…) mais on a de l’imitation. Un certain nombre d’esprits faibles peuvent se laisser entraîner à des actes de mimétisme »,ajoute-t-il.

La position ferme de l’Ordre

Interrogé le lendemain par La Croix, l’Ordre des médecins se montre ferme. « Il n’est pas question de mettre en place de nouvelles dérogations au secret médical », affirme le docteur Jean-Marie Faroudja, président de la section éthique et déontologie. « Nous estimons qu’il est possible de se délier de ce secret mais dans des situations très particulières : celui d’une situation où un patient peut présenter un danger immédiat et imminent pour sa vie ou celle d’autrui », ajoute-il, précisant que, dans ce cas, le Code pénal permet déjà à un praticien de se délier du secret professionnel. C’est ce même message que martèle l’Ordre dans un communiqué diffusé le 24 août. « Dans un régime de libertés, la coopération des médecins ne peut se faire qu’avec les autorités de justice. Il en va du respect des principes fondamentaux de notre République », précise l’institution.

Même malaise du côté de l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam). « Ces propos, qui laissent à penser que psychiatrie et terrorisme sont liés, renforcent les représentations du grand public sur la dangerosité de la maladie psychique alors que celle-ci n’est pas supérieure à celle de la population générale », indique l’association en dénonçant cet « amalgame » entre maladie mentale et terrorisme.
« Comme pour le reste de la population, les personnes vivant avec des troubles psychiques sont sensibles à l’impact médiatique des actions terroristes. Si leur fragilité psychologique peut les entraîner à un acte de mimétisme, les représentants de la psychiatrie soulignent qu’aucune étude ne valide l’assimilation trouble psychiatrique, radicalisation, terrorisme », précise l’Unafam.
L’indignation des psychiatres

Une indignation partagée par l’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique (Idepp). « Les malades mentaux sont infiniment plus souvent victimes que coupable de violences », juge cette instance. Secrétaire général de l’Idepp et psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne à Paris, le docteur Alain Mercuel estime que la profession sait prendre ses responsabilités. « Il peut arriver que des patients, le plus souvent psychotiques, s’imaginent passer à l’acte dans une sorte d’identification ou de mimétisme. Mais face à un patient, dont on peut penser qu’il risque de passer à l’acte, nous ne restons pas inertes. Nous faisons un signalement ou nous hospitalisons la personne, y compris sous contrainte si la situation l’exige », indique le médecin.