Luttes et mobilisations

La Nouvelle République - Tours. En gynécologie, » plus le temps d’écouter

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

En grève depuis le 12 décembre, les services de gynécologie du CHU de Tours demandent des moyens humains pour pouvoir s’occuper des patientes, “ corps et âme ”.

Un drap blanc accroché aux grilles de l’hôpital Bretonneau, barré d’une écriture noire. Le 12 décembre dernier, le service de gynécologie du CHU de Tours se mettait en grève.

Trois semaines plus tard, ce service qui compte entre 40 et 45 infirmières, aides-soignantes et ASH, attend toujours des réponses concrètes de la direction.

Il y a un manque d’effectif flagrant, des remplacements qui ne se font pas, des vacances repoussées pour compenser les absences, des changements horaires de dernière minute, un turn-over incessant et derrière tout cela, des patientes qui en subissent les conséquences, résume une infirmière.

Une plaidoirie qui fait écho à celles d’autres services du CHU, dont plusieurs sont eux aussi passés par la grève.

Dans ce service dédié aux pathologies de la femme (notamment les interventions chirurgicales pour cancer), les soignants font remonter le malaise à plus d’un an.

Au gré d’arrêts maladie et d’un congé maternité, on a perdu un poste d’infirmière de jour et un d’aide hôtelière, recense le personnel gréviste.

La gestion des commandes, des entrées et sorties, la surveillance des opérées du jour, réalisée par la première, et l’aide à la gestion des repas assurée par la seconde incombent désormais à chacune, en plus.

Régulièrement, les ASH se partagent entre les urgences, l’hospitalisation complète et l’orthogénie dans la même journée.

On ne peut plus rien anticiper, les commandes de pharmacie sont faites en urgences, ce qui a un coût, on jette des repas régulièrement car ils sont inadaptés aux patientes, illustre l’une d’elles.

Voilà pour les conséquences matérielles.

Humainement, « le métier perd de son sens », souffle une autre, qui raconte, avec la gorge nouée, avoir dû refuser de répondre à une patiente car elle était déjà prise par deux autres tâches.

A force de tout faire, d’être tout le temps dans l’urgence, il y a un vrai risque de ne pas être à ce que l’on fait, renchérit sa collègue.

Un risque de commettre une « bêtise ».

Toutes – le service est essentiellement féminin – ont en tête une patiente en pleurs au moment de quitter la chambre.

Les pathologies peuvent être très lourdes, et très dures à porter psychologiquement par ces femmes. Nous n’avons plus le temps de les écouter. On nous demande de les faire sortir à J + 1, quand d’autres attendent déjà la chambre à l’accueil. L’une d’elles m’a dit une fois » On me fout dehors » ?, raconte une infirmière, démunie.

« Nous ne voulons plus nous sentir coupables de ne pas réussir à s’occuper de nos patients comme il le faudrait », ont écrit les personnels de gynécologie dans une lettre ouverte à la directrice du CHU, transmise aussi à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Contactée, la direction n’a pas souhaité commenter.