Amerique du Nord

La Tribune - Le lobby pharmaceutique américain augmente fortement ses dépenses

il y a 5 mois, par Info santé sécu social

Par Jean-Yves Paillé | 26/10/2016, 14:38

Le lobby pharmaceutique américain devrait dépenser autour de 300 millions de dollars par an, contre 200 millions les années précédentes.
Le lobby pharmaceutique américain devrait dépenser autour de 300 millions de dollars par an, contre 200 millions les années précédentes.

The Pharmaceutical Research and Manufacturers of America réclame à ses membres 100 millions de dollars supplémentaires par an pour communiquer contre les pressions des forces publiques pour limiter la hausse des prix des médicaments. Une initiative qui tranche avec l’apparente volonté de certains laboratoires de limiter le prix de leurs traitements.

Un nouvel "effort de guerre". C’est ce que demande le lobby pharmaceutique américain (The Pharmaceutical Research and Manufacturers of America, PhRMA) à ses membres, pour combattre les régulations contre le prix des médicaments et améliorer l’image des sociétés pharmaceutiques auprès des citoyens américains, selon une information de Politico. En mettant notamment en avant les arguments phares des "big pharmas" expliquant que les médicaments innovants apportent des années de vie supplémentaire aux patients, et représentent des années de recherches complexes et donc de dépenses accrues.

PhRMA demande ainsi à ses membres de lui donner 100 millions de dollars supplémentaires par an pour porter "l’effort de guerre" à 300 millions par an. Pour cela, ils ont fait entrer de nouveaux membres, dont Teva, le plus gros fabricant de génériques, classé dans le top 15 des plus importantes sociétés du secteur en termes de chiffre d’affaires.

Le lobby pharmaceutique est le plus dépensier outre-Atlantique. Selon l’organisme à but non lucratif The Center for Responsive Politics, il est premier devant les assureurs, avec 240 millions de dollars utilisés en 2015, et 129 millions pour les premiers mois de l’année.

Présidentielle américaine et législation californienne dans le viseur

Cette brusque accélération des dépenses peut s’expliquer par l’approche de l’élection présidentielle américaine. Hillary Clinton et de Donald Trump ont multiplié les attaques contre les prix des médicaments qu’ils jugent trop élevés. Ils proposent dans leur programme de baisser ces derniers et d’autoriser les importations pour accroître la concurrence dans le secteur..

Le lobby pharmaceutique s’inquiète également de mesures locales. L’Etat de Californie (près de 40 millions d’habitants), par exemple, veut limiter les dépenses de l’Etat dédiées aux médicaments. Pour lutter contre une telle législation, le lobby pharmaceutique a dépensé pas moins de 109 millions de dollars en campagne de communication, télévisuelle fin de justifier le prix des médicaments et de lobbying. Peine perdue pour le moment, puisque cette proposition, soumise au vote des Californiens, est soutenue par ces derniers, selon les sondages. Le scrutin se tiendra le 8 novembre.

Des labos montrent patte blanche

Cette volonté de renforcer la puissance de frappe du lobby pharmaceutique montre un comportement ambigu des industries pharmaceutiques sur la question des prix des médicaments dits innovants. S’ils veulent bloquer les législations contraignantes, ils cherchent également à susciter la bienveillance des forces publiques, pour éviter d’entrer dans leur collimateur. Ainsi, début septembre, Brent Saunders, le Pdg d’Allergan, avait annoncé que le prix de ses médicaments de marque ne sera pas augmenté plus d’une fois par an. Il a promis qu’aucune hausse annuelle ne dépassera les 10% et a encouragé les autres laboratoires pharmaceutiques à suivre cette voie. Une inflexion est modeste, mais significative dans un pays où les augmentations de prix de médicaments annuelles à trois voire à quatre chiffres existent.

Les laboratoires pharmaceutiques craignent également de se retrouver dans la situation de Valeant et Mylan, sous le coups d’enquêtes sur les prix de certains de leurs médicaments.

Les excès condamné par le lobby pharmaceutique américain

PhRMA, lui-même, avait pris part à la polémique sur le Daraprim, un médicament contre la toxoplasmose augmenté de 5.000% par le laboratoire Turing Pharmaceutical, sous l’impulsion de Martin Shkreli, son patron. Le lobby américain avait condamné ce geste sur Twitter : "Turing Pharmaceuticals ne représente pas les valeurs des membres de PhRMA."