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La Tribune - Sécu : comment Macron et Le Pen veulent réaliser des économies

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Par Jean-Yves Paillé

Plusieurs mesures d’économies proposées par Emmanuel Macron le sont également par Marine Le Pen, dont le développement des génériques, la vente des médicaments à l’unité.
Plusieurs mesures d’économies proposées par Emmanuel Macron le sont également par Marine Le Pen, dont le développement des génériques, la vente des médicaments à l’unité. (Crédits : Reuters/Christian Hartmann)

Le candidat d’En Marche ! veut passer à un système de santé plus centré sur la prévention, en développant la santé connectée, et compte réaliser des économies sur les médicaments grâce aux génériques et à la lutte contre le gaspillage. Marine Le Pen mise aussi sur ces deux dernières mesures. Elle compte également supprimer l’Aide médicale d’Etat et renforcer la lutte contre la fraude à la Sécurité sociale.

En matière de santé, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les deux candidats retenus pour le second tour de l’élection présidentielle, prévoient une série de dépenses importantes. Emmanuel Macron compte financer largement des actions de prévention pour ne pas se "focaliser sur le curatif", déployer des maisons de santé, ou encore rembourser à 100% les prothèses auditives, dentaires et les lunettes (une mesure chiffrée à 1,8 milliard d’euros par l’Institut Montaigne). Marine Le Pen veut augmenter les effectifs hospitaliers, et mise sur une proposition phare : la création d’une 5e branche dans la sécurité sociale dédiée à la dépendance et au handicap pour s’attaquer aux restes à charge des familles qu’elle estime à plus de 7 milliards d’euros par an. Pour financer ces mesures, les deux candidats prévoient notamment de réaliser des économies sur les dépenses de l’Assurance maladie, dont les réalisations ne sont pas toujours évidentes. Revue de détail.

Macron ± Le Pen : 15 milliards d’économies VS pas d’objectif chiffré

Le candidat d’En Marche ! prévoit une stabilisation de l’objectif national des dépenses maladies (Ondam) à 2,3% de hausse annuelle jusqu’en 2022, ce qui implique 15 milliards d’euros d’économies en cinq ans.

Comme Emmanuel Macron, la candidate du Front national s’engage à faire des économies sur l’Assurance maladie afin de"pérenniser son financement". Mais elle se garde d’avancer tout objectif chiffré.

Macron = Le Pen : déploiement accéléré des génériques

Pour faire des économies sur les dépenses en médicaments, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, prévoient tous les deux de développer la vente de médicaments génériques. Si l’ancien ministre de l’Economie entend simplement continuer à les valoriser, la candidate frontiste vise 5 milliards d’euros d’économies.

La France est en retard dans ce domaine comparé à ses voisins européens (une boite sur trois vendues, contre trois sur quatre au Royaume-Uni et en Allemagne). Mais cette mesure sera difficile à mettre en place pour le futur président de la République. Il faudra qu’il parvienne à dépasser la frilosité des médecins de prescrire des génériques, avec en fonds le lobbying des labos pharmaceutiques, réussisse à trouver une solution pour relever un taux de génériques qui a tendance à plafonner sur le marché. Autre problème à surmonter : le générique est parfois vendu plus cher que le médicament original.

Marine Le Pen se démarque d’Emmanuel Macron sur un point dans ce domaine. Elle se donne la possibilité de mettre en place des licence d’office pour des médicaments dont les prix demandés par les laboratoires seraient jugés excessif. Cela revient à "autoriser un tiers à fabriquer le produit breveté sans le consentement du titulaire du brevet".

Médicaments à l’unité : Le Pen demande des efforts aux laboratoires, Macron reste discret sur la méthode

Autre mesure que l’on retrouve dans les programmes des deux candidats : la démocratisation des médicaments vendus à l’unité. L’ancien ministre de l’Economie chiffre un gaspillage de médicaments annuel à 7 milliards d’euros, en s’appuyant sur une étude de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui comptait 23.000 tonnes de médicaments non utilisés pour la seule année 2012.

Mais Emmanuel Macron n’explique pas comment il procédera pour imposer une mesure qui touchera les pharmaciens, et les laboratoires pharmaceutiques, qui devront logiquement toucher à leur chaîne de production. Le candidat d’En marche ! a déclaré qu’il ne compte "pas sacrifier l’industrie pharmaceutique pour essayer de faire des économies sur son dos". Et peu de pharmacies d’officines sont enchantées par une telle mesure. Elles s’inquiètent en particulier du coût de nouveaux mode de distribution, induit par les outils à utiliser, et la main-d’œuvre sollicitée. Preuve de la frilosité des officines, la ministre de la Santé avait lancé durant l’été 2014 un appel à candidatures pour vendre des antibiotiques à l’unité, visant 200 à 600 officines. Mais seule une centaine s’était inscrites dans ce projet...

Marine Le Pen vise quant à elle deux milliards d’euros d’économies et assure vouloir "imposer aux laboratoires l’adaptation de leurs chaînes de production". Toutefois, comme le candidat d’En Marche !, elle ne s’étend pas sur la question des pharmacies d’officines.

Macron et Le Pen intéressés par le potentiel de la e-santé pour réaliser des économies

Marine Le Pen évoque régulièrement les startups et le numérique dans la santé dans son programme. Dans la mesure 65, elle propose de "simplifier l’administration du système, en luttant contre la gabegie financière et en investissant dans les nouveaux outils numériques pour permettre des économies durables". Le "hic", c’est que la candidate frontiste ne s’étend pas sur cette "gabegie" et n’explique pas en quoi l’utilisation du numérique apportera des "économies durables". Egalement, dans la mesure 70, elle se dit prête à encourager les startups du numérique pour améliorer le système de santé, sans donner plus de précisions. S’intéresse-t-elle à la télémédecine et aux outils d’analyses de données pour réaliser des économies ?

Plus précis sur le sujet, Emmanuel Macron fait également l’éloge des startups, et cite abondamment la télémédecine pour faire baisser les dépenses de santé. La déployer permettrait de "s’attaquer aux frais de déplacement" grâce aux consultations à distance, avance-t-il. Il vise des économies à long terme avec un plan d’investissement de cinq milliards d’euros dans la télémédecine et l’hôpital de demain. Les établissements hospitaliers sont nombreux à être en retard dans la numérisation des dossiers des patients, notamment, posant des problèmes d’efficience.

Emmanuel Macron prône également la multiplication d’objets connectés et d’innovations dans le numérique, en proposant des procédures de mise sur le marché. La candidate frontiste compte également "faciliter et accélérer" les démarches d’accès au marché national, une mesure est plébiscitée par les lobbies du secteur.

Macron : des économies dans la chirurgie ambulatoire

Parmi les mesures concrètes d’Emmanuel Macron, ce dernier veut accroître l’importance de la chirurgie ambulatoire (hospitalisations raccourcies avec une sortie du patient le jour de l’admission). Les sommes qui pourraient être épargnées varient fortement selon les chiffres avancés par la Haute autorité de la santé, la Cour des comptes, ou encore la Fédération hospitalière de France varient beaucoup (un demi-milliard à plusiuers milliards d’euros). Les économies potentielles s’annoncent relativement modestes si l’on se fie aux objectids du PLFSS 2017 (projet de loi de financement de la sécurité sociale) qui prévoit d’économiser 640 millions d’euros pour 2017 dans l’ambulatoire.

Le Pen : suppression de l’Aide médicale d’Etat et instauration d’une Carte Vitale biométrique

Autre mesure phare de Marine Le Pen : la suppression de l’Aide médicale d’Etat. Les économies annuelles pour la suppression de cette aide qui permet l’accès aux soins des personnes en situation irrégulière tourneraient autour de 800 millions d’euros, selon les estimations de l’Institut Montaigne.

En réalité, elles seraient moindre. Marine Le Pen s’est dite prête à remplacer l’AME par une autre aide si le risque de santé est majeur (pronostic vital engagé, ou en cas de risque majeur pour la santé). En effet, supprimer cette aide dissuaderait les personnes en situation irrégulière de se soigner et pourrait entrainer des risques d’épidémie, d’hépatite ou de tuberculose, par exemple, dont le coût serait imprévisible. Dans un rapport de 2009, l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) estimait que cette aide répondait à "des nécessités sanitaires".
Enfin, la candidate frontiste compte s’attaquer à la fraude à la sécurité sociale en fusionnant carte vitale et titre identité, pour créer une carte vitale biométrique. Marine Le Pen espère réaliser un milliard d’économies (le coût annuel relevé par le Comité national de lutte contre la fraude) avec cette mesure.