Le droit à la santé

Le Figaro - Avec des infirmiers surchargés de travail, la mortalité augmente

Mars 2016, par Info santé sécu social

Si on fait passer de dix à six le nombre de patients à gérer, la mortalité diminue au contraire de 20 %.

À l’heure des contraintes budgétaires et des personnels soignants au bord du burn-out, une étude vient nous rappeler que la pression sur le personnel soignant dans les établissements de santé est surtout néfaste pour les patients. En effet, selon une étude publiée sur le site du British Medical Journal, dans les hôpitaux où les infirmières s’occupent de six patients, le taux de mortalité est inférieur de 20 % à celui des hôpitaux où elles sont en charge de dix patients.

Ces résultats confortent ceux de travaux antérieurs. En 2014, une vaste étude publiée dans The Lancet montrait que dans les hôpitaux où chaque infirmière est chargée de six patients en moyenne et où la majorité de l’équipe a le niveau licence, le risque de décès d’un patient dans les 30 jours est pratiquement inférieur d’un tiers à celui des établissements où chaque infirmière a à sa charge huit patients et où seulement 30 % d’entre elles possèdent ce degré d’éducation. Cette étude révélait notamment que chaque patient supplémentaire par infirmier augmentait le risque de mortalité de 7 %.

Des quotas en Australie et en Californie

Existe-t-il pour autant un quota d’infirmières par patient qui permette de garantir un seuil de sécurité ? Les auteurs de l’étude du BMJ restent très prudents et estiment que leur étude ne permet pas de le déterminer. Seules l’Australie et la Californie ont mis en place des quotas de un infirmier pour quatre patients.

« Ils ont démontré l’intérêt des quotas sur la qualité des soins. Certes, cela augmente le coût en personnel mais il est compensé par la diminution des complications, des durées d’hospitalisation et de la mortalité », estime Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI). En France, les quotas de personnels infirmiers existent uniquement pour certains services particulièrement sensibles comme les services de réanimation (deux infirmières pour cinq patients).

« Nous devrions avoir le temps de dialoguer »

Peut-on pour autant estimer que le nombre de patients par infirmière est devenu trop important ? Certainement, répond Thierry Amouroux. Pour le représentant syndical, si le nombre de malades dont un infirmier doit s’occuper n’a pas évolué depuis dix ans, la charge de travail s’est considérablement alourdie. « En raison de la diminution des durées de séjour et du développement d’alternatives à l’hospitalisation, les patients qui sont hospitalisés sont des cas plus lourds qu’il y a dix ans », affirme-t-il.

Résultat : les infirmiers sont devenus des techniciens du soin au détriment de la relation avec les patients. « Or nous ne sommes pas uniquement là pour enchaîner les soins. Nous devrions avoir le temps de dialoguer avec le patient. C’est souvent le personnel infirmier qui lui “traduit†les paroles de l’interne, qui lui explique ses traitements  », poursuit le représentant du SNPI, qui alerte sur la lassitude des personnels. Sur 25.000 personnes formées, un quart change de métier au bout de cinq ans  Le risque est donc de faire face à un manque de personnel infirmier dans les années à venir.« Les remplacer par du personnel moins bien formé peut-être imprudent », mettent en garde les auteurs de l’étude du BMJ.