L’industrie pharmaceutique

Le Figaro - Mediator : l’Académie maintient la sénatrice mise en examen

il y a 3 semaines, par Info santé sécu social

Par Anne Jouan

La nomination avait fait un tollé. Comment pouvait-on être mise en examen dans le cadre d’une enquête pour trafic d’influence à propos de l’un des plus importants scandales de santé publique de ces dernières années et être choisie pour siéger à un comité d’éthique ? L’Académie de médecine avait résolu cette équation en déclarant la chose possible. Marie-Thérèse Hermange, ex-sénatrice UMP aujourd’hui retraitée, adjointe à la mairie de Paris sous Jacques Chirac, avait donc été nommée le 1er janvier dernier pour deviser d’éthique au sein de l’Académie de médecine, dans un groupe présidé par l’ancien ministre de la Santé, Jean-François Mattéi.

L’annonce de ce choix dans Le Figaro avait suscité l’indignation chez les victimes du Mediator, l’incompréhension des internautes et la colère d’une partie du corps médical français. Et, selon nos informations, Marie-Thérèse Hermange a été maintenue dans ses fonctions par le comité d’éthique, lors d’une réunion le 7 février.

« Les Académiciens ont toujours raison »

En 2011, Marie-Thérèse Hermange avait en charge le rapport du Sénat sur le Mediator, médicament de Servier. Et elle l’avait fait relire, avant qu’il ne soit rendu public, à un proche du laboratoire, le Pr Claude Griscelli. Mais, à l’époque, en juin 2011, Jean-Philippe Seta, le bras droit de Jacques Servier, fait l’objet d’écoutes judiciaires. Après relecture du rapport sénatorial, le professeur Griscelli, père des « bébés bulle » et ancien membre du Conseil d’État, appelle ce dernier pour se vanter. Il lui confie que grâce à son intervention, les récriminations concernant Servier ont été minimisées et celles sur l’Agence du médicament, alourdies.

L’ancien directeur général de l’Inserm explique qu’il a été invité à relire le rapport dans les locaux du Sénat par Marie-Thérèse Hermange. La sénatrice et le professeur de pédiatrie seront donc mis en examen. On apprendra par la suite que le Pr Griscelli a été conseiller de Servier alors qu’il était, en même temps, de 2004 à 2005, au ministère de la Santé de Philippe Douste-Blazy.

« Il y a des tas de gens qui ont été mis en examen et qui ont été innocentés ensuite. Hermange a été choisie pour ses compétences et sa disponibilité »

Une représentante de l’Académie

Le 31 janvier, après la parution de notre article annonçant la nomination au comité d’éthique de l’ex-sénatrice, une représentante de la noble académie avait attaqué le travail du Figaro, refusant de reconnaître le moindre problème : « On est en train de bafouer l’Académie. Il y a des tas de gens qui ont été mis en examen et qui ont été innocentés ensuite. Hermange a été choisie pour ses compétences et sa disponibilité. C’est un groupe de travail chargé de réfléchir, c’est tout. » Des propos dont s’étaient désolidarisées les hautes instances de l’Académie, qui nous assuraient que Mme Hermange allait démissionner.

Or, comme le rapporte le conseil d’administration du 13 février : « Suite aux réactions liées à la participation de Marie-Thérèse Hermange au comité d’éthique de l’Académie, celui-ci, au cours de sa réunion du 7 février, après un échange ouvert entre les membres et un vote à bulletin secret, a décidé son maintien à l’unanimité moins une voix. » Un membre de l’institution résume et ironise : « Retirer Marie-Thérèse Hermange du comité d’éthique aurait signifié se dédire. Or les académiciens ont toujours raison : ils sont immortels. »