Du centre à la droite

Le Figaro.fr : À Nevers, Macron cible Fillon sur le thème de la santé

11 janvier, par infosecusanté

À Nevers, Macron cible Fillon sur le thème de la santé

Par Arthur Berdah

Publié le 06/01/2017

Parler à la gauche et taper sur la droite. La recette magique d’Emmanuel Macron en pleine primaire de la gauche. C’est le pari qu’il a fait en se rendant vendredi à Nevers (Nièvre). Là, sur les terres de François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, il a pris François Fillon pour cible, accusant le candidat des Républicains de vouloir détricoter, voire détruire, le modèle social français. Un « danger » pour la France, selon le leader d’En marche !, qui veut se poser en rempart.

« La dimension symbolique est évidemment importante, mais ce qui nous a fait venir ici, c’est d’abord la nature du territoire. Il est typique de ce genre d’endroits qui ne sont pas aspirés par les dynamiques d’une métropole et subissent donc un fort sentiment de déclassement », analyse un membre de l’équipe de campagne. Un propos confirmé par le directeur de l’hôpital Pierre-Bérégovoy, qui a présenté au candidat à la présidentielle les défis locaux en matière de santé publique et d’accès aux soins. À l’issue de l’échange, Macron a livré son diagnostic : « Je suis venu ici à la fois pour écouter les professionnels de santé (…) et pour me rendre compte qu’on ne peut pas parler en réduisant la santé à des chiffres. La santé, c’est une humanité, pas des chiffres, pas un coût ! »a-t-il martelé en ciblant François Fillon sans le nommer. Et d’ajouter pour tordre le cou « aux vieux dogmes » : « On ne répond pas aux défis en déremboursant des soins ou en coupant des têtes. » Il a ensuite dit s’opposer à la suppression de l’aide médicale d’État (AME) demandée par le candidat des Républicains.

« Révolution de la prévention »

Plus tard, l’ex-ministre de l’Économie a présenté une partie de son programme en matière de santé. Élaborées avec les professeurs Jérôme Salomon et Jean-Jacques Mourad, les propositions du candidat reposent sur un quadruple constat : le développement des maladies chroniques, « l’explosion des inégalités de santé », le vieillissement de la population et les lacunes en matière de prévention. Il avance cinq mesures. D’abord, une « couverture à 100 %» dans les domaines du dentaire, de l’optique, et de l’audition à l’horizon 2022. La mesure, qu’il n’a pas chiffrée, est très ambitieuse et pourrait coûter cher à la Sécu et aux mutuelles.

La deuxième proposition porte sur le traitement des formes sévères d’hypertension artérielle dont Macron réclame le « reremboursement » qui avait été « supprimé par François Fillon et Xavier Bertrand en 2011 ». Coût de la mesure : 10 millions d’euros par an, compensés selon le candidat par la baisse des complications médicales que cette réforme permettra d’éviter. Érigeant l’accès aux soins au premier rang de ses priorités, l’ancien ministre - fils de deux médecins - a également assuré qu’« aucun soin utile ne sera(it) déremboursé au cours du quinquennat ». Comprendre, selon son entourage : « tous les soins dont l’efficacité a été scientifiquement démontrée ».

Il veut aussi davantage de prévention. « Il faut une révolution de la prévention », a-t-il martelé, citant ainsi le mot qui lui sert de boussole dans sa campagne, et qu’il a choisi comme titre pour son livre. Il propose pour cela la création d’un « service sanitaire » qui concernerait l’ensemble des étudiants du domaine de la santé. « Ils passeraient environ trois mois dans des écoles et des entreprises pour appuyer les infirmières scolaires et les médecins du travail », précise l’entourage de Macron. Au total, 40.000 personnes seraient déployées chaque année sur le territoire, avec la « priorité donnée aux zones rurales et aux quartiers difficiles ». Ultime proposition, celle de pérenniser le recours au médicament unique, déjà testé par l’actuelle ministre de la Santé, Marisol Touraine. Au risque de se brouiller avec le lobby pharmaceutique ? « Sur ce sujet, nous faisons le choix du patient plutôt que de l’industrie », balaie un proche du candidat, qui y voit un triple avantage. Économique, d’abord, en permettant de réduire les dépenses. Sanitaire, ensuite, en mettant un coup d’arrêt à l’automédication. Et environnemental, enfin, en réduisant la pollution.

Avec sa réforme, Macron veut pousser son avantage face à Fillon, dont les solutions font encore débat chez les Républicains. Et il ne s’en cache pas. « Mes propositions, a-t-il insisté, sont une réponse à un projet de société pour la France que je ne partage pas, mais en même temps c’est une manière pour moi de présenter et partager le projet que nous voulons porter pour la France. »