Luttes et mobilisations

Le Figaro.fr : Cher : un hôpital en grève illimitée pour défendre l’accès aux soins de proximité

hier, par infosecusanté

Cher : un hôpital en grève illimitée pour défendre l’accès aux soins de proximité

Par Journaliste Figaro Salomé Garganne

11/06/2018 à 09:33

L’intersyndicale de l’hôpital de Vierzon, dans le Cher, a déposé un préavis de grève illimité à partir du lundi 11 juin. Face aux difficultés financières et aux menaces de fermeture de service, ils défendent la nécessité de maintenir une offre de soins de proximité.

Une mobilisation comme un signal d’alarme. L’intersyndicale (CGT, CFDT, FO et Sud) du centre hospitalier de Vierzon, dans le département du Cher, lance à partir du lundi 11 juin un mouvement de grève illimitée. Ils dénoncent notamment la disparition prochaine de plusieurs services et d’au moins une soixantaine de postes. Des mesures qui menaceraient, selon eux, l‘accès aux soins de proximité pour la population.

Le centre hospitalier à la recherche d’une solution d’urgence
Le 30 mai, des représentants de l’intersyndicale, accompagnée de praticiens et du maire de la ville, Nicolas Sansu, se sont rendus à l’Agence régionale de Santé (ARS) Centre-Val de Loire pour plaider leur cause. Sur la liste de leurs revendications, un allègement de la dette de l’établissement, une aide à la modernisation des services, l’annulation des fermetures de services et de la suppression de 25,5 postes ETP (équivalent temps plein) et surtout le maintien d’une offre de soin de proximité. En vain.

« L’ARS nous dit qu’elle n’a pas les moyens financiers de nous aider. On lui demande juste de nous laisser faire ce qu’on sait faire, de la médecine et de la chirurgie conventionnelle. Pour nous, il s’agit de trouver une solution d’urgence », explique l’un des représentants de l’intersyndicale. Contactée par Le Figaro, l’ARS a indiqué que « des aides financières importantes ont été allouées antérieurement mais qu’il convient de disposer d’un projet solide et réaliste avant de lancer de nouveaux investissements », en reconnaissant partager « la nécessité d’avoir un centre hospitalier solide, pérenne et sécurisé à Vierzon, pour garantir une offre de soins en proximité ».

« Tous les services sont déjà en sous-effectif »
Maternité, pédiatrie, bloc opératoire... : les services en danger à Vierzon sont pourtant indispensables, selon le représentant syndical. Les habitants de la commune et des alentours en dépendent. La disparition de ces services les obligerait à se diriger vers d’autres hôpitaux du département, dont celui de Bourges. Mais dans des situations d’urgence, devoir effectuer la trentaine de kilomètres supplémentaires qui sépare les deux pôles de santé n’est pas sans conséquence. « On ne peut pas entendre que la vie de quelqu’un, de nos enfants, soit mise en danger pour des questions financières ».

Le Cher, qui fait face à la désertification médicale, voit le nombre de ses praticiens décroître un peu plus chaque année. « Même si les services étaient maintenus, on aurait personne pour les remplir », déplore celui qui est lui-même soignant en radiologie à Vierzon. Après la disparition d’une quarantaine de postes, l‘annonce d’une nouvelle suppression de 25,5 postes, dans un hôpital qui compte environ 700 agents, passe mal. « Tous les services sont déjà en sous-effectif. Le personnel a assez donné comme ça », poursuit-il.

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L’hôpital de Vierzon n’est pourtant pas un cas isolé. La fermeture du bloc opératoire de nuit de l’établissement rejoint l’objectif, rappelé par Agnès Buzyn à l’automne, d’accélérer le « virage ambulatoire » en France. « On veut dire qu’on peut toujours se faire opérer mais qu’on n’a pas besoin d’hôpital derrière. C’est faux. Il y a des gens qui ne peuvent pas sortir le jour même, notamment les personnes âgées », insiste le représentant syndical qui décrit « un réel malaise dans le milieu hospitalier ». Par leur mobilisation, ils espèrent ainsi attirer l’attention sur la situation des centres de proximité de plus en plus menacés. Des disparitions contre lesquelles le Haut conseil de l’Assurance maladie s’est prononcé mardi dans un rapport qui préconise, à l’inverse, une hausse du nombre de centres hospitaliers de proximité.

Des actions pour sensibiliser la population
Outre la grève, diverses actions sont prévues à Vierzon dès lundi pour sensibiliser la population et alerter les pouvoirs publics. Plusieurs blocages filtrants sur les routes vers Tours et Paris seront notamment organisés ainsi qu’une marche blanche le samedi suivant, à laquelle plusieurs élus locaux devraient participer. « La notion de proximité est importante, tout le monde n’a pas accès à des moyens de transport, et l’accès aux soins doit être égal pour tous ».

Une marche sur deux jours afin de relier les 45 kilomètres entre les maternités de Vierzon et Bourges devrait aussi être organisée lors de la deuxième semaine d’action. Une manière de montrer la distance qu’une femme enceinte aurait à parcourir pour accoucher en cas de disparition du service de maternité. Sa fermeture officielle ainsi que celle des autres services ne sera actée qu’en septembre : les syndicats espèrent être entendus d’ici là.