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Le Figaro.fr : Hôpital : Philippe et Buzyn vont annoncer une vraie révolution de l’offre de soins

il y a 2 mois, par infosecusanté

Hôpital : Philippe et Buzyn vont annoncer une vraie révolution de l’offre de soins

Par Marie-Cécile Renault
Journaliste Figaro

Publié le 13/02/2018 à 06:00


« Je veux valoriser la bonne médecine, ceux qui font bien, et arrêter de valoriser la mauvaise médecine, ceux qui pratiquent des actes inutiles »

Agnès Buzyn

En déplacement ce mardi à Eaubonne, le chef du gouvernement et sa ministre de la Santé vont lancer une refonte globale de l’offre de soins, via cinq grands chantiers. L’objectif visé n’est pas de dépenser moins mais mieux, notamment en changeant radicalement les modalités de financement dans les établissements.

Après avoir lancé les réformes du Code du travail, de l’apprentissage, de la formation professionnelle et de l’assurance chômage, Édouard Philippe s’attaque ce mardi à un nouveau chantier, ô combien sensible : celui de l’hôpital. En déplacement dans la matinée à l’hôpital d’Eaubonne (95), accompagné de la ministre de la santé Agnès Buzyn, le premier ministre va dévoiler un plan d’action, qui ne se veut pas être un « énième plan Hôpital » mais est annoncé comme une ambitieuse refonte globale de l’offre de soins, avec cinq grands chantiers allant de la réforme des études de santé à la refonte du financement de l’hôpital en passant par une rénovation de la politique de ressources humaines.

Les maux et symptômes sont connus. Étranglés financièrement, les hôpitaux publics - qui devraient connaître un déficit historique de 1,5 milliard d’euros en 2017 - ont tiré la sonnette d’alarme en décembre. Les personnels sont épuisés. Les jeunes - en particulier les internes - ne sont pas épargnés, certains d’entre eux venant même de publier une lettre ouverte pour dénoncer une « trop longue série » de suicides liés à des conditions de travail éprouvantes. Symptomatique, une bataille de hashtag s’est même engagée sur les réseaux sociaux entre ceux qui twittent #BalanceTonHosto et ceux qui répondent avec des messages #FierDeMonHopital. À cela s’est ajoutée fin janvier la crise des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) qui a jeté une lumière crue sur les difficultés de financement du grand âge. Un cocktail de mécontentement explosif qui imposait au gouvernement d’intervenir pour éteindre l’incendie.

Pourtant, la France consacre un gros effort à l’hôpital. Sa part dans les dépenses totales de santé s’élève à 40%, contre 29% en Allemagne. La France reste le 3e pays de l’OCDE avec la plus longue durée moyenne de séjour à l’hôpital (10 jours, contre 7,8 ailleurs) et, malgré des progrès, le taux de chirurgie ambulatoire y reste moins élevé que chez ses voisins. Le sujet n’est donc pas tant de dépenser plus que de dépenser mieux.

« La ligne rouge est dépassée », avait alerté en décembre Frédéric Valletoux, le président de la Fédération des hôpitaux de France (FHF), appelant le gouvernement à « des réformes structurelles et financières désormais vitales ». La situation est aussi tendue dans les cliniques et établissements privés, comme le jure Lamine Gharbi, son homologue de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP).

Agnès Buzyn a commencé à apporter un début de réponse dans la loi de financement de la Sécu pour 2018, en rajoutant 1,8 milliard d’euros cette année sur l’hôpital public, via une hausse de 2,2% de l’objectif national des dépenses d’Assurance-maladie (Ondam) pour les hôpitaux. Mais malgré ce coup de pouce, comme les dépenses augmentent aussi, les hôpitaux devront tout de même réaliser 1,6 milliard d’euros d’économies en 2018.

La ministre de la Santé a également dit vouloir revoir les modes de financement de l’hôpital et « sortir progressivement du tout T2A ». Un changement de paradigme ! Instaurée en 2004, la taxe à l’activité (T2A), qui fixe les ressources des hôpitaux en fonction des actes produits, a généré une course effrénée à la recherche de patients et aux parts de marché, et une inflation du nombre d’actes pour être rentable. « Je veux valoriser la bonne médecine, ceux qui font bien, et arrêter de valoriser la mauvaise médecine, ceux qui pratiquent des actes inutiles. Je souhaite que nous travaillions collectivement sur la pertinence des actes dont l’amélioration permettrait d’éviter 30 à 40% des dépenses de l’assurance maladie », expliquait Agnès Buzyn dés juillet dernier, lors de la présentation de sa feuille de route aux députés.

Le but est de mieux prendre en compte la pertinence des actes, alors que tous les rapports montrent qu’autour de 25% des dépenses de santé aujourd’hui sont liés à des actes inutiles ou redondants. Reste à inventer ce nouveau modèle de financement valorisant la qualité. « C’est très compliqué techniquement. Il n’y a dans les tiroirs aucun modèle alternatif. Il faut qualifier les bonnes pratiques », indiquait Agnès Buzyn.

Enfin, il faudra sans doute remettre sur la table le sujet de la restructuration de la carte hospitalière. En clair, prendre la décision de fermer des établissements à l’activité insuffisante. Un sujet qui provoque toujours une levée de bouclier des élus locaux concernés, l’hôpital étant bien souvent le principal employeur des territoires.