L’industrie pharmaceutique

Le Figaro.fr : Vaccins : l’interminable débat sur les adjuvants à base d’aluminium

Avril 2016, par infosecusanté

Vaccins : l’interminable débat sur les adjuvants à base d’aluminium

le 25/04/2016

Alors que commence la semaine européenne de la vaccination, le récent rapport de l’Académie de pharmacie n’a pas suffi pour rassurer les opposants aux adjuvants aluminiques.

Au premier abord, la consultation engagée par l’Académie nationale de pharmacie a ravi les opposants à l’usage de l’aluminium comme adjuvant (stimulant immunitaire) dans les vaccins. « Vous avez accompli un vrai travail de concertation pour l’élaboration de votre rapport « les adjuvants aluminiques : le point en 2016 », écrit Didier Lambert, président d’une association d’entraide aux malades de myofasciite à macrophages (E3M). Voilà pour la méthode, en revanche la conclusion du rapport publié le 26 mars par l’Académie nationale de pharmacie ne satisfait pas du tout l’association.

Car l’Académie « constate que, même si certaines manifestations cliniques sévères ont pu être associées à des injections vaccinales, aucun lien de causalité n’a pu être établi, à ce jour, avec les adjuvants aluminiques, d’autant que ces manifestations paraissent limitées dans le temps (non identifiées avant 1990 et semblant en extinction depuis 2012) et dans l’espace (la France a cumulé la quasi-totalité des cas décrits dans le monde). »

Des symptômes « un peu vagues »

Les manifestations en question sont notamment la fatigue persistante, les myalgies (douleurs musculaires), les arthralgies (douleurs articulaires) et les pertes de mémoire ainsi que d’autres symptômes aussi peu spécifiques. En 1998, Romain Gherardi, professeurs de neurologie et pathologie du Centre expert de pathologie neuromusculaire de l’Hôpital Henri Mondor (Créteil), caractérise une entité histologique (au niveau des cellules) appelée myofasciite à macrophage(MFM) et lui rattache ces symptômes. Ce qui fait débat depuis.

« Il faut remettre les choses dans leur contexte, explique au Figaro le Pr Claude Monneret, président de l’Académie de pharmacie. Nous reconnaissons que des gens souffrent de symptômes, un peu vagues, et qu’il existe une lésion histologique lorsque l’on fait des biopsies musculaires. Mais nous ne sommes toujours pas convaincus qu’il existe un lien de causalité ».

Et puis surtout, les adjuvants sont souvent incontournables. Sur les 56 vaccins autorisés en France, 30 en contiennent selon l’Agence du médicament (ANSM, 2014) dont 90% sont des dérivés de l’aluminium. « Certains vaccins, notamment ceux qui sont à base de virus vivants atténués, n’ont pas besoin d’adjuvant, explique le Dr Liliane Grangeot-Keros, virologue et secrétaire général adjoint de l’Académie de pharmacie. Mais, en ce qui concerne les vaccins inactivés ou subunitaires (anatoxine diphtérique ou tétanique, antigène HBs du virus de l’hépatite B…), les adjuvants sont indispensables pour obtenir une réponse immunitaire efficace ».

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Attention aux cosmétiques

Pourquoi ne pas tout simplement remplacer l’aluminium par un autre adjuvant et mettre ainsi fin aux polémiques, comme le demande l’association E3M ? « L’aluminium n’est pas la panacée mais on exige à la fois l’efficacité et la sécurité d’un adjuvant. Il y a une recherche très active concernant les nouveaux adjuvants mais leur développement nécessite un temps très long », souligne le Pr Monneret. Mais il n’omet pas la zone d’ombre des laboratoires : « les choix commerciaux des industriels du médicament peuvent aussi intervenir mais nous n’y avons pas accès », regrette-t-il. Et le Dr Grangeot-Keros de citer l’exemple du vaccin DTPolio : « Le DTPolio a contenu du phosphate de calcium, puis des sels d’aluminium, voire aucun adjuvant ! On comprend que les médecins se posent des questions ».

L’argument, parfois mis en avant par les partisans de l’adjuvant aluminique, selon lequel la quantité d’aluminium que nous absorbons par l’alimentation (ou certains médicaments) est bien supérieure à celle des vaccins, n’est cependant pas retenu par l’Académie. « On ne peut pas comparer les voies d’administration », explique le Dr Grangeot-Keros. Le Pr Monneret rappelle le vieil adage bien connu des pharmaciens : « C’est la dose qui fait le poison ». « Et dans les vaccins, il n’y a pas beaucoup d’aluminium », remarque-t-il. Il est en revanche plus circonspect concernant l’aluminium contenu dans certains cosmétiques. Le rapport de l’Académie note d’ailleurs que « la recommandation française est de ne pas dépasser 0,6% dans les produits cosmétiques (antitranspirants et déodorants) et les solutions à usage cutané ». Un seuil dépassé par certains produits commercialisés en France.

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Peu de cas hors de France

L’association E3M n’a pas apprécié que soit souligné le caractère essentiellement français des cas de MFM. Mais dans une lettre datée du 13 avril, l’Académie de pharmacie réfute le qualificatif d’erreur sur ce point (et d’autres soulevés par l’association). « Là encore, écrit le président de l’Académie, nous avons fait preuve de vigilance en signalant tous les cas rapportés hors de l’Hexagone, à savoir le petit nombre de cas individuels publiés dans le monde mais aussi la série de cas publiée au Portugal en 2015. Force est de constater que, sans être totalement une maladie franco-française, le nombre de cas signalés hors de France reste très limité ».

Enfin, l’Académie n’écarte pas l’hypothèse d’une sensibilité particulière et rare aux adjuvants aluminiques chez certaines personnes. « L’hypothèse d’une prédisposition génétique ou plutôt de facteurs favorisants est intéressante car pourrait être compatible avec la très faible incidence des cas de MFM observée chez l’homme », précise le rapport. Finalement, « le rapport bénéfice/risque très en faveur de l’utilisation des adjuvants aluminiques » ne doit pas empêcher, selon l’Académie de pharmacie, « que des travaux expérimentaux rigoureux soient réalisés pour tenter d’évaluer la réalité de la responsabilité des adjuvants aluminiques dans les manifestations cliniques observées chez certains patients puisque, à ce jour, aucune étude épidémiologique n’a pu être conduite sans biais ». On ne saurait être plus clair.