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Le Généraliste - Mme la Ministre, nous avons perdu l’espoir d’être heureux » : la poignante lettre des internes

il y a 2 semaines, par Info santé sécu social

Amandine Le Blanc - 05.02.2018

Il y a dix jours, l’Intersyndicale nationale des internes, l’Isni, annonçait le suicide d’une interne en dermatologie de 26 ans à Paris. Depuis un an, c’est une dizaine d’internes qui se seraient donné la mort. Après ce nouveau drame, le syndicat a décidé d’envoyer une lettre ouverte à Agnès Buzyn, publiée sur le site de l’hebdomadaire Elle.

« Le suicide de Marine, dernier d’une trop longue série ne fait que révéler une fois de plus, chaque fois de trop, l’échec de notre rôle de protection », écrit l’intersyndicale, sous la plume de son vice-président Sébastien Potier, chargé des risques psychosociaux et de son président Jean-Baptiste Bonnet. « C’est à chacun de nous, acteurs de santé, individuellement et collectivement de nous protéger au même titre que nos patients (…) C’était notre rôle à tous, et nous avons échoué. »

Fatalistes, les internes dressent une liste des nombreuses défaillances du système : celle de la prévention, des ressources insuffisantes de l’administration pour maintenir les conditions de travail « humainement tenables », ou encore des professionnels trop à bout pour s’apercevoir de la souffrance des autres.

Des visites médicales régulières

« Madame la Ministre, nous avons perdu l’espoir d’être heureux dans notre rôle de soignant, cela est inacceptable », écrivent les responsables de l’ISNI. Avec ce cri d’alarme, les internes demandent des changements rapides dans le système de prévention. En premier lieu, ils veulent changer les mentalités et imposer l’idée que « non il n’est pas nécessaire de souffrir pour être un bon soignant ». Cette révolution culturelle doit passer selon eux par la formation des enseignants à la pédagogie. Ils demandent également : une formation des acteurs de santé pour repérer les signes de mal-être afin d’être des sentinelles, une visite médicale pour chaque interne à chaque semestre et un contrôle plus sévère des abus sur le temps de travail.

Un rapport sur la santé au travail des internes doit être rendu très prochainement par le Dr Donata Marra, psychiatre à l’AP-HP, à Agnès Buzyn, mais les internes estiment que « chaque jour compte. [...] Le prix du retard est bien trop lourd(…) nous ne pouvons attendre plus longtemps. »

L’ISNI s’est par ailleurs élevée ce lundi contre les propos du Pr Jean Sibilia, nouveau président de la Conférence des doyens, après qu’il eut minimisé le nombre des suicides d’étudiants en médecine dans un entretien à What’s up Doc.

« Il est primordial et urgent que l’omerta sur les risques psychosociaux menant au suicide de nos cointernes soit levée, et que cette ouverture soit d’abord menée par nos enseignants et dirigeants qui ont la responsabilité de notre bien-être », soulignent Ies internes.