Du centre à la droite

Le Monde.fr : Emmanuel Macron veut bouleverser le système de protection sociale

il y a 2 semaines, par infosecusanté

Emmanuel Macron veut bouleverser le système de protection sociale

Sur l’assurance-chômage comme sur les retraites, le candidat d’En marche ! s’écarte de la politique de François Hollande.

LE MONDE

03.03.2017

Par Sarah Belouezzane et Bertrand Bissuel

Emmanuel Macron a beau marcher dans les pas de François Hollande dans bien des domaines, il y en a un où il se distingue clairement : la protection sociale. Le candidat du mouvement En marche ! veut changer en profondeur le fonctionnement de l’assurance-chômage et du système de retraites. Son approche s’inspire des réformes conduites, à partir des années 1990, dans certains pays nordiques adeptes de la « flexisécurité », ces politiques qui consistent à assouplir les règles sur le marché du travail tout en renforçant l’accompagnement des actifs.

Le programme de M. Macron pour les demandeurs d’emploi passe, tout d’abord, par une reprise en main de l’Unédic : le système d’indemnisation des chômeurs, jusqu’alors cogéré par le patronat et les syndicats, serait confié aux pouvoirs publics. Il serait, en outre, étendu à l’ensemble des travailleurs ayant cotisé : artisans, commerçants, entrepreneurs, mais aussi – autre nouveauté de taille – aux salariés qui démissionnent de leur poste. Mais pas plus d’une fois tous les cinq ans.

Le coût d’une telle mesure inquiète certains économistes, même s’il s’avère compliqué à établir tant le comportement des futurs assurés est imprévisible (y aura-t-il plus de démissionnaires, par exemple ?). L’équipe de M. Macron, elle, le chiffre à deux milliards d’euros par an. Plusieurs pistes sont à l’étude pour financer le surcroît de dépenses : entre autres en reculant l’âge à partir duquel un senior au chômage peut prétendre jusqu’à trois années d’indemnisation (aujourd’hui, il est de 50 ans).

Autre levier : la relance de l’économie qui aboutirait, en fin de quinquennat, à une baisse significative du chômage, dont le taux atteindrait 7 % ; ainsi, 10 milliards d’euros seraient économisés. Optimiste ? Pour Yannick L’Horty, professeur à l’université Paris-Est - Marne-la-Vallée, « la France l’a déjà fait, certes, mais c’était dans un contexte où les taux de croissance étaient autrement plus élevés ».

Sanctions pour les demandeurs d’emploi

Voilà pour la sécurité. La flexibilité, elle, se niche dans les obligations pesant sur les demandeurs d’emploi. Ceux-ci seraient soumis à un contrôle plus strict et pourraient être passibles de sanctions s’ils refusent deux offres d’emploi, « décentes selon les critères de salaires et de qualifications ». En fait, un tel système existe déjà, comme le rappelle l’économiste Bertrand Martinot, auteur de Pour en finir avec le chômage (Pluriel, 2015). Mais « il est très difficile à mettre en œuvre d’un point de vue opérationnel », dit-il.

L’entourage de M. Macron assure que tout va fonctionner autrement : « Nous allons renforcer le corps de contrôleurs. Les vérifications porteront sur un faisceau d’indices comme l’assiduité aux rendez-vous, les réponses aux offres d’emploi, l’envoi de CV. » Les sanctions seraient graduées : d’abord un avertissement pour changer les comportements, puis une baisse de l’allocation avant sa suppression. Un membre de l’équipe de M. Macron confirme :

« Nous avons remarqué qu’un système brutal ne marche pas. Il faut inciter les gens et comprendre la situation dans laquelle ils sont. Parfois, ceux qui ne cherchent plus ne le font plus car ils sont à bout et il faut donc s’en rendre compte et les accompagner. Le contrôle est multi-dimensionnel et peut déboucher sur autre chose que des sanctions. »

Un dispositif universel de retraites

S’agissant des retraites, les transformations préconisées sont de grande ampleur. Il s’agit d’aller vers un dispositif universel qui mettrait fin aux régimes spéciaux – et au sentiment d’inégalité qu’ils suscitent, étant jugés plus avantageux par rapport au privé. Dans cette optique, un euro cotisé donnera les mêmes droits, « quel que soit le moment où il a été versé, et quel que soit le statut de celui qui a cotisé ». L’âge légal du départ à la retraite reste inchangé (62 ans) et « la pénibilité sera toujours prise en compte ». La situation des personnes qui prévoient de partir à la retraite dans les cinq prochaines années ne sera pas modifiée ; pour les autres, il y aura une « transition » sur une décennie.

« Son projet vise à instaurer le même système pour tout le monde, ce qui constituait l’une des idées directrices de la réforme conduite en Suède, de 1994 à 1998, commente Bruno Palier, codirecteur du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques. En manifestant la volonté de mettre fin aux règles disparates actuellement en vigueur, il porte un message politique plutôt porté par la droite en France, mais il s’entoure de précautions : aucune catégorie n’est montrée du doigt, les partenaires sociaux seront consultés et le processus sera étalé dans le temps. » La méthode retenue est « positive », renchérit Antoine Bozio, directeur de l’Institut des politiques publiques : « Les changements ne sont pas décidés à la hussarde, par le biais d’ordonnances. »

Si l’on s’arrête au contenu même des propositions de M. Macron, celles-ci « permettent de sortir par le haut du débat et des oppositions entre le public et le privé », poursuit M. Bozio. D’après lui, elles donnent « plus de transparence à notre système, en l’unifiant autour de règles communes et d’une formule de calcul commune ». « On sort ainsi des réformes paramétriques qui ont été engagées jusqu’à présent, sans répondre pleinement aux problèmes structurels qui se posent – par exemple le fait que le financement du système est très tributaire de la croissance », observe-t-il.

Subsistent plusieurs inconnues, dont l’une a trait à l’acceptabilité de tels bouleversements. « Le fait de toucher aux régimes spéciaux va-t-il provoquer de fortes mobilisations, comme en 1995 ou, à un degré moindre, en 2007 ? C’est très difficile à apprécier », confie M. Palier.

Sarah Belouezzane
Journaliste emploi-social Suivre Aller sur la page de ce journaliste Suivre ce journaliste sur twitter

Bertrand Bissuel
Journaliste au Monde