Complementaires santé

Le Monde.fr : L’UFC-Que Choisir pointe les « graves dysfonctionnements » des complémentaires santé

il y a 4 jours, par infosecusanté

L’UFC-Que Choisir pointe les « graves dysfonctionnements » des complémentaires santé

LE MONDE

13.06.2018

Par Aurore Esclauze

Vingt-quatre heures avant l’annonce par Emmanuel Macron du calendrier de mise en place du « reste à charge zéro » pour le dentaire, l’optique et l’audioprothèse, mercredi 13 juin lors du congrès de la mutualité française à Montpellier, l’association de consommateurs UFC-Que-Choisir a fort opportunément présenté, mardi 12 juin, une étude sur les complémentaires santé, un acteur central de la mesure. « Aujourd’hui, le marché des complémentaires a de graves dysfonctionnements et ne sert pas notre système de santé. Il ne permet pas aux Français d’avoir les meilleures garanties au meilleur prix », assure Alain Bazot, le président de l’UFC.
L’association dénonce d’abord la complexité et l’illisibilité de certains contrats. Alors que les complémentaires santé s’étaient engagés, en octobre 2010, à améliorer la lisibilité de leurs services, pour que les consommateurs puissent comprendre facilement quel était le montant de leur reste à charge, 80 % des complémentaires « jouent aujourd’hui de l’ambiguïté entre ce qu’[elles] remboursent et ce que prend en charge l’Assurance-maladie, avec des mentions trop petites en bas de page par exemple », affirme Daniel Bidot, vice-président de l’UFC-Que Choisir.
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En prenant comme base de remboursement ce que prend en charge la Sécu pour l’optique, le dentaire ou l’audioprothèse, une base jugée « totalement déconnectée des réalités », un contrat peut induire en erreur un consommateur non averti. Quelqu’un ayant souscrit une garantie avec une couverture à 100 % des soins d’audioprothèses peut ainsi se retrouver avec 1 350 euros à charge, car la Sécu ne rembourse que 200 euros sur un appareil qui en vaut en moyenne 1 550. L’association demande donc une liste standardisée des remboursements en euros.
Signe de la complexité et de l’illisibilité des garanties proposées, selon un sondage mené auprès d’un échantillon représentatif de 1 002 personnes, plus d’un tiers (37 %) des consommateurs jugent difficiles à comprendre leurs garanties santé, et près de la moitié (48 %) disent ne pas connaître à l’avance leur remboursement pour des soins non récurrents.
Des frais de gestion opaques
L’UFC réclame également une action des pouvoirs publics pour réglementer la transparence des frais de gestion, jugés « excessifs et en inacceptable dérive ». Selon l’étude, les complémentaires santé ont dépensé en 2016 plus de 7,2 milliards d’euros sur ce poste, dont 2,8 milliards pour l’acquisition de nouveaux clients (publicité, communication, etc.). C’est 30 % de plus qu’en 2010.
Si les complémentaires invoquent un durcissement de la réglementation qui aurait renchéri les coûts, ceux-ci ne représenteraient que 15 % de l’augmentation, selon l’étude. « Il faut plutôt prendre en considération les sponsors et leurs campagnes de publicité », explique Mathieu Escot, responsable des études. La fusion des complémentaires, en cours depuis 2001, n’a pas permis non plus de faire des économies.
Les cotisations sont passées de 468 euros en moyenne par an en 2006, à 688 euros en 2017, soit une augmentation de 47 %
Alors que la loi prévoit une mention de ces frais de gestion dans chaque contrat, l’UFC-Que Choisir souligne également l’importance de faire apparaître les taux de redistribution sur chaque avis d’échéance des cotisants, afin de savoir « quelle part de leurs cotisations leur revient collectivement, sous forme de remboursement ». Selon l’étude menée à partir de l’analyse de 200 avis d’échéance, les assurés ne bénéficient parfois même pas d’un euro sur deux cotisés.
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Alors que certains s’inquiètent déjà d’une hausse des cotisations pour financer la réforme du reste à charge, l’UFC rappelle que ces cotisations sont déjà passées de 468 euros en moyenne par an en 2006, à 688 euros en 2017, soit une augmentation de 47 %. Une hausse trois fois supérieure à l’inflation et pour laquelle la hausse de la fiscalité n’a joué que pour « moins du tiers ».