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Le Monde.fr : La lutte contre la pauvreté s’invite dans la campagne présidentielle

il y a 3 mois, par infosecusanté

La lutte contre la pauvreté s’invite dans la campagne présidentielle

Le revenu de base était au menu du Congrès de la Fnars, à Dijon, où Valls et Peillon étaient présents et les autres candidats représentés.

LE MONDE | 14.01.2017

Par Isabelle Rey-Lefebvre (Dijon, envoyée spéciale)

Le thème de la lutte contre la précarité s’est immiscé presque par effraction dans la campagne de l’élection présidentielle, à la faveur du vif débat suscité par la proposition du socialiste Benoît Hamon d’un revenu universel. Alors que les associations de lutte contre la pauvreté, Emmaüs, la Croix-Rouge française, le Secours Catholique ou ATD Quart Monde, se désolaient justement de l’absence, dans la primaire de gauche, des questions sociales, le congrès de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS, ex-Fnars), qui s’est tenu vendredi 13 janvier à Dijon, a été l’occasion de les remettre à l’ordre du jour.

Sept des candidats de gauche déclarés à l’élection présidentielle ou leurs représentants y ont exposé leurs points de vue sur ce concept qui remet en question les minima sociaux, leurs montants, et l’ensemble des mécanismes de solidarité, jusqu’au rapport au travail, dans un contexte où le chômage de longue durée s’enracine durablement, en France, touchant désormais 2,5 millions de personnes.

« La solidarité, ce n’est pas un coût, c’est un investissement au bénéfice de tous, permettant la cohésion, la confiance d’une société. Ce n’est pas annexe, cela doit guider l’ensemble de l’action publique », a affirmé Louis Gallois, ancien président de la SNCF et d’EADS mais aussi indéfectible président de la FAS, devant les 800 délégués, les candidats venus en personne, comme Manuel Valls et Vincent Peillon, ou représentés. Yannick Jadot, candidat écologiste (EELV), Benoît Hamon et Arnaud Montebourg (PS), Emmanuel Macron (En Marche !) et Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) avaient envoyé un porte-parole mais personne ne représentait le candidat LR François Fillon : « Il n’a pas pu venir ou déléguer quelqu’un, je le regrette, a expliqué M. Gallois, et je n’ai, en revanche, pas convié le Front national dont les positions vis-à-vis des migrants sont incompatibles avec l’action de la FAS. »

« Une petite révolution »

L’idée de revenu universel est loin de faire l’unanimité à gauche, mais il séduit des écologistes, tel leur candidat Yannick Jadot, et rappelle le « dividende universel » prôné, à droite, par Christine Boutin et le Parti chrétien-démocrate.

« Un revenu universel, c’est une petite révolution qui entérine l’absence de plein-emploi », reconnaît Michel Pouzol, député (PS) de l’Essonne, représentant de Benoît Hamon : « Nous proposons d’y parvenir en trois étapes : la revalorisation de 10 % du revenu de solidarité active (RSA), puis l’ouverture du revenu universel de 600 euros par mois à tous les jeunes de 18 à 25 ans et, à terme, son attribution généralisée », détaille M. Pouzol.

Jean-Luc Mélenchon, par la voix d’Alexis Corbière, ne se résout pas au chômage chronique, dit se battre pour « un emploi pour tous » et envisage même le « droit opposable à un emploi garanti par l’Etat ». Arnaud Montebourg, par celle de Jérôme Guedj, avance l’idée d’utiliser les dépenses d’indemnisation du chômage pour, dès le licenciement, financer des formations rémunérées et des contrats d’activité, comme l’expérience des « territoires zéro chômeurs » qu’a inspirée ATD Quart Monde. Vincent Peillon préfère « mettre le paquet sur l’accompagnement personnalisé des chômeurs, avec une allocation et du temps, sur une année, comme avec les jeunes décrocheurs dont nous avons réussi à, en cinq ans, baisser le nombre de 120 000 à 95 000 », se félicite-t-il.

Manuel Valls se prononce « pour un revenu décent et une simplification des minima sociaux, mais le sujet est techniquement complexe », ajoute-t-il, renvoyant au rapport qu’il avait commandé au député (PS) de Saône-et-Loire, Christophe Sirugue, qui suggère de les fusionner en les ramenant de dix à cinq, les ouvrir aux jeunes et les rendre automatiques, et à un autre rapport intitulé « Le revenu de base en France : de l’utopie à l’expérimentation » du sénateur Daniel Percheron (PS, Pas-de-Calais).

« Encadrement des loyers »

La FAS propose, elle, un revenu de base, versé sous conditions de ressources, de 850 euros par mois et par personne correspondant au seuil de pauvreté calculé à 50 % du revenu médian qui concerne 3,8 millions de personnes. Ce « revenu minimum décent » serait cumulable avec les allocations familiales et l’allocation logement, ce qui le distingue du projet de François Fillon de fusionner toutes les aides sociales, exceptées les allocations familiales et celles pour handicapés, en une seule, plafonnée à 75 % du SMIC. Le coût de cette mesure est évalué à 30 milliards d’euros.

Les propositions de la FAS abordent aussi l’accès à un toit pour les plus démunis, réclamant des logements sociaux et très sociaux, un objectif chiffré d’attribution aux ménages sans domicile ou mal logés, un encadrement des loyers et une garantie universelle de leur paiement. « C’est ce que nous avions voté, avec l’encadrement des loyers dans les métropoles, et auquel le gouvernement de Manuel Valls a renoncé, sauf à Paris et Lille », a rappelé Antoinette Guhl, représentante de Yannick Jadot et adjointe à la maire de Paris. La garantie universelle des loyers évite les expulsions et est la meilleure solution pour prévenir les drames de mise à la rue de familles entières », plaide-t-elle.

Les pauvres, dont le nombre s’est accru entre 2004 et 2014 de 950 000 personnes, ont ainsi fait entendre leur voix, alors qu’ils « ne s’expriment pas, ne manifestent pas et votent peu ou pas », selon Louis Gallois.

Isabelle Rey-Lefebvre (Dijon, envoyée spéciale)
Journaliste au Monde