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Le Monde.fr : Le programme santé de François Fillon inquiète certains députés Les Républicains

il y a 3 mois, par infosecusanté

Le programme santé de François Fillon inquiète certains députés Les Républicains

Des élus craignent que les propositions radicales de M. Fillon pour redresser la Sécurité sociale suscitent de vives réactions parmi leurs électeurs.

LE MONDE | 07.12.2016 à 06h41 • Mis à jour le 07.12.2016 à 11h32 | Par Patrick Roger

A peine désigné candidat à l’élection présidentielle à l’issue de la primaire de la droite, François Fillon, élu sur un programme économique radical, rencontre ses premières difficultés. Et elles émanent de son propre camp. Ce sont notamment ses propositions en matière de santé et de « redressement » de la Sécurité sociale qui passent mal.

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Mardi 6 décembre, lors de la réunion hebdomadaire du groupe Les Républicains (LR) de l’Assemblée nationale, plusieurs députés, dont Bernard Accoyer, nommé secrétaire général du parti par M. Fillon le 29 novembre, ont exprimé leur malaise sur son projet. « Il y a nécessité de le modifier dans sa mise en œuvre et dans sa présentation », a estimé M. Accoyer, se faisant l’écho de l’« incompréhension » et des inquiétudes que suscitent les mesures annoncées.

Que prévoit précisément le projet santé de M. Fillon, corédigé avec François Bouvard, ancien directeur général de McKinsey, et Dominique Stoppa-Lyonnet, professeur de génétique à l’université Paris-Descartes ? « Il faut réformer le financement de l’Assurance-maladie, assure-t-il, tout en accentuant les efforts de maîtrise des dépenses. » Pour cela, il prévoit de « basculer progressivement les cotisations maladie dites patronales vers un mix CSG/TVA ».

Il entend également « introduire une franchise médicale universelle en fonction des revenus, le reste à payer étant pris en charge par la prévoyance et les assurances complémentaires ». Enfin, il veut « redéfinir les rôles respectifs de l’assurance publique et de l’assurance privée, en focalisant l’Assurance-maladie notamment sur les affections graves ou de longue durée : le panier de soins “solidaire” ; et l’assurance complémentaire sur le reste : le panier de soins “individuel” ».

Interpellés par leurs électeurs

Déjà, dans l’entre-deux tours de la primaire, M. Fillon avait été interpellé par son concurrent, Alain Juppé, qui avait fait état sur ce sujet d’« une divergence profonde », l’accusant de vouloir « toucher au taux de remboursement » des soins. Il s’est également attiré une volée de bois vert de la part de la gauche. Pour la ministre des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine, « c’est un programme dangereux de retour en arrière qui va fragiliser les classes moyennes, les personnes âgées, les familles ». La ministre, qui dit avoir fait chiffrer les propositions de M. Fillon, assure que « chaque foyer paiera en moyenne 3 200 euros de plus par an pour se soigner ».

Un chiffrage que ne commente pas le candidat de la droite, mais qui inquiète nombre de parlementaires de son camp. Lesquels ne masquent pas leurs doutes, comme en témoignent les interventions qui ont marqué la réunion du groupe, à laquelle M. Fillon n’était pas présent. Beaucoup disent être interpellés par leurs électeurs, voire « assaillis de mails ».

Pour Michel Herbillon, député (LR) du Val-de-Marne, « il convient que François Fillon précise ses intentions et son projet en matière de Sécurité sociale, de remboursement, d’Assurance-maladie ». « Elles ont été caricaturées, veut croire cet élu peu enclin à mettre de l’huile sur le feu, mais cette caricature risque de croître et d’embellir. Des électeurs de la droite et du centre s’interrogent, y compris parmi les gens qui me disent être très contents de l’élection de Fillon. Il y a un vrai questionnement. Il ne faut pas attendre pour clarifier. »

« Une part trop grande aux assurances privées »

Le vice-président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation met en garde : « Ce sujet suscite plus d’inquiétudes que la question des fonctionnaires. Il faut le traduire en termes compréhensibles pour les Français et pour les électeurs de la droite. » Et d’ajouter : « S’il est nécessaire de rectifier, on en parlera évidemment mais, dans un premier temps, il faut clarifier. »

Philippe Gosselin, député (LR) de la Manche, relaie ces interrogations. Pour lui, le projet de M. Fillon « fait une part trop grande aux assurances privées ». Comme ses collègues Jean-Claude Bouchet (Vaucluse), Dominique Tian (Bouches-du-Rhône) ou Laurent Furst (Bas-Rhin), qui se sont également exprimés dans ce sens, il estime nécessaire de le retravailler. « Tel qu’il est rédigé, on va faire payer les classes moyennes et on va se mettre à dos le monde médical », juge-t-il.

Alors qu’aucun proche de M. Fillon n’est intervenu pour défendre ses positions, la surprise est venue de M. Accoyer, qui fait pourtant partie de la garde rapprochée du député de Paris et qui, en tant que secrétaire général du parti, siégeait à la tribune. Le député de la Haute-Savoie s’est clairement dissocié sur ce point. « Ce n’est pas moi qui ai rédigé le programme santé de Fillon », précise ce docteur en oto-rhino-laryngologie, spécialiste des questions de santé.

L’ancien président de l’Assemblée nationale juge nécessaire de « clarifier certains points ». « L’objectif ne doit pas être de dérembourser qui que ce soit, insiste-t-il. Il y a déjà un travail effectué pour que ce point puisse être modifié et pour rassurer ceux qui peuvent être inquiétés par cette première version. Maintenant, il faut préciser le panier de soins qui relève de l’Assurance-maladie obligatoire, de l’assurance-maladie complémentaire ou des deux à la fois. Il faut retravailler la question. »

En finir avec les renoncements

Retravailler la question. C’est bien là tout le problème, pour un candidat qui a fait campagne, tout au long de la primaire de la droite, en assurant s’être doté d’un projet « sérieux » et « solide », « longuement travaillé », et qui disait vouloir en finir avec les renoncements et les reculades. D’emblée, avant même que s’engage la campagne pour l’élection présidentielle, le voilà pressé par son propre camp de revoir sa copie.

Le président du groupe LR de l’Assemblée nationale, Christian Jacob, flaire le piège. Il veut éviter que la polémique et les doutes ne prennent de l’ampleur. « Il n’y a pas de malaise dans le groupe, assure-t-il. Maintenant, après la primaire, il faut faire de la pédagogie. Le sujet, le seul qui vaille, c’est de tenir le budget de la Sécurité sociale. » Et il balaie d’un revers de main ce qu’il appelle « les états d’âme de Bernard Accoyer ».

Pour tenter de calmer le jeu, M. Fillon doit venir s’exprimer devant le groupe lors de sa prochaine réunion, mardi 13 décembre. Méthode classique. Qui témoigne bien, cependant, que, s’il n’y a « pas de malaise », il y a bien un sujet.

Patrick Roger
Journaliste au Monde