Revenu de base - Salaire universel

Le Monde .fr : Le revenu universel entraînera-t-il la fin du travail

27 janvier, par infosecusanté

Le revenu universel entraînera-t-il la fin du travail ?

Pour les partisans de cette allocation identique versée à tous, l’emploi ne doit plus être placé au cœur de la vie sociale. Un rêve qui inquiète tous ceux pour qui le travail est une forme de citoyenneté.

LE MONDE IDEES
26.01.2017

Par Anne Chemin

La promesse semble renouer avec l’utopie et l’imagination politique : le revenu universel, qui est l’une des propositions phares de Benoît Hamon, fait rêver bien des électeurs de gauche. En garantissant à tous une allocation durant la vie entière, il semble annoncer l’avènement d’une société plus juste. Benoît Hamon veut procéder par étapes – il propose, dans un premier temps, de revaloriser le RSA et de l’étendre aux jeunes de 18 à 25 ans –, mais il n’hésite pas à évoquer, à l’avenir, une véritable « révolution » : le revenu universel sera la « Sécurité sociale du XXIe siècle », voire le nouveau « pilier de la protection sociale », promet-il.

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Revenu universel, revenu de base, revenu d’existence : si les mots changent, le principe reste le même – « verser à chacun une allocation mensuelle individuelle d’un montant égal pour tous, sans condition de ressources ou de besoins et sans exigence de contrepartie », résument les économistes Guillaume Allègre et Henri Sterdyniak dans une note de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée en décembre. C’est dans cette universalité que réside le changement de paradigme : alors que les minima sociaux sont versés à ceux qui en ont besoin, le revenu universel est attribué à tous les citoyens, qu’ils soient artistes, ouvriers, fonctionnaires, agriculteurs, start-upeurs, chômeurs ou millionnaires.

Aussi bien les décroissancistes que les libéraux

Exit, donc, la bureaucratie de la pauvreté, ses contrôles administratifs et ses files d’attente, mais aussi les controverses sur les droits et les devoirs de ceux que l’élu Laurent Wauquiez (LR) appelle les ­ « assistés ». Parce qu’il est automatique, et donc neutre, le revenu universel met fin aux « investigations bureaucratiques, policières et inquisitoires » de l’administration, se félicitait Michel Foucault dans un cours au Collège de France, en 1979. « Le revenu d’existence est perçu par chacun, quelle que soit sa situation matérielle, “parce qu’il existe” et non “pour exister” », résumait l’économiste anglais ­James Meade (1907-1995).

La longue histoire du revenu universel commence au XVIe siècle. Dans L’Utopie, publié en 1516, l’écrivain et théologien anglais Thomas More invente une île où chacun est assuré de recevoir les moyens de sa subsistance sans dépendre de son travail. L’idée est reprise, au XVIIIe siècle, par Thomas Paine, un acteur de la révolution américaine qui devient en 1792 député de la Convention : dans La Justice agraire (1797), il propose une dotation inconditionnelle pour tous les adultes de plus de 21 ans. Quelques décennies plus tard, Joseph Charlier, un juriste proche de Charles Fourier, plaide lui aussi en faveur d’une allocation universelle.

Depuis, le revenu de base séduit à gauche, mais aussi à droite – l’économiste libéral Milton Friedman (1912-2006), qui fut l’inspirateur des politiques de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, le proposait sous la forme d’un impôt négatif. Finalement, résument Guillaume Allègre et Henri Sterdyniak, cette idée est « portée par des libéraux selon lesquels il pourrait remplacer tout ou partie des prestations actuelles ; par des sociaux-démocrates qui veulent compléter la protection sociale actuelle ; par des partisans de la décroissance qui y voient un moyen de gérer la fin du travail ; et par des marxistes pour qui un tel instrument modifierait le rapport de force entre les travailleurs et les capitalistes ».

L’emploi devient un choix de vie

Si les défenseurs du revenu universel viennent d’horizons très différents, ils partagent souvent une même conviction : l’emploi, à leurs yeux, n’est pas nécessairement placé au cœur de la vie sociale. « Le revenu de base apparaît comme l’invention d’un nouveau rapport au travail, analyse une étude critique sur cette mesure coordonnée par Jérôme Héricourt et Thomas Chevandier pour la Fondation Jean-Jaurès. Un tel dispositif permettrait une forme de sécurisation des parcours professionnels sur le plan financier et inciterait à davantage de prise de risque dans les choix individuels. Et il pourrait contribuer à mettre fin au monopole du travail comme “fait social total”, tel que décrit par Dominique Méda. »

Avec le revenu universel dans sa version la plus généreuse, chacun est en effet libre de travailler ou pas : par la grâce de ce « droit inaliénable », proclame le Mouvement français pour un revenu de base, l’emploi cesse d’être une obligation sociale pour devenir un choix de vie.

Pour les « décroissancistes », comme l’économiste et philosophe Baptiste Mylondo, professeur à l’Institut d’études politiques de Lyon, c’est l’occasion de se consacrer à des tâches socialement utiles qui ne sont pas valorisées par le marché. Pour les libéraux, il s’agit plutôt d’affranchir l’individu de la tutelle de l’Etat en lui permettant de décider en conscience de ce qu’il veut faire de sa vie : la « valeur travail », estime Gaspard Koenig, du think tank ­Génération libre, ne doit plus être un « idéal social ».

Le « surfeur de Malibu »

Certains défenseurs du revenu universel poussent cette logique jusqu’au bout, comme en témoigne la controverse sur le « surfeur de Malibu » qui a opposé, à la fin des années 1980, le philosophe et économiste belge Philippe Van Parijs au philosophe américain John Rawls. Si un citoyen passe sa vie à faire du surf à Malibu, pourquoi la société devrait-elle le nourrir en lui versant un revenu ?, demandait John Rawls. Parce qu’une société authentiquement libérale doit laisser chacun décider librement ce qu’est, pour lui, « une bonne vie », répondait Philippe Van Parijs – peu importe, ajoutait-il, qu’il la passe à aider les personnes âgées ou à faire du surf.

Pour la plupart de ses partisans, le revenu universel est donc une manière d’amorcer « l’exode de la société du travail et de la marchandise », selon l’expression du philosophe André Gorz (1923-2007), voire de se libérer de cette « étrange folie » qu’est la « passion moribonde du travail », selon le mot de Paul Lafargue, essayiste socialiste de la fin du XIXe siècle. Le but est de mettre fin à une longue tradition qui, dans les démocraties occidentales, associe nécessairement le revenu à l’emploi : pour Baptiste Mylondo, il faut casser cette « vision étriquée » héritée de l’économiste et philosophe du XVIIIe siècle Adam Smith, qui considérait que la création de valeur « résulte uniquement du travail ».

«  Aristote expliquait déjà que lorsque les navettes tisseraient toutes seules (…) il n’y aurait plus besoin d’esclaves  », rappellent Gaspard Koenig et Marc de Basquiat dans «  Liber, un revenu de liberté pour tous  »

En renonçant à une équation qui gouverne la vie économique et sociale des démocraties occidentales depuis des siècles, le revenu universel représente sans conteste une forme de révolution. Il nous « fait sortir d’un idéal de vie centré sur la figure du travailleur à temps plein toute sa vie », résume Philippe Van Parijs. ­Encore faut-il réfléchir aux raisons pour lesquelles la collectivité devrait verser à tous les citoyens, sans distinction, une allocation qui n’est liée ni à leur infortune – le revenu de base est versé aux milliardaires comme aux indigents –, ni aux injustices de la vie – il concerne autant les bien portants que les accidentés du travail –, ni à leur contribution à la production des richesses – il est versé à ceux qui travaillent comme à ceux qui ne travaillent pas.

Problème philosophique

Dès le XVIIIe siècle, Thomas Paine s’attaque à ce problème philosophique : c’est, à ses yeux, le partage inégalitaire des ressources naturelles qui justifie l’instauration du revenu universel. « De Rousseau, Paine emprunte l’idée que la civilisation détruit un certain partage naturel des richesses (la “propriété naturelle”) ; de Locke, il retient que l’acquisition de la propriété et la création de valeur par le travail (la “propriété artificielle”) étaient légitimes et profitables, expliquent Gaspard Koenig et Marc de Basquiat dans Liber, un revenu de liberté pour tous (Editions de l’Onde-Génération libre, 2015). La civilisation a donc créé à la fois un progrès salutaire et une misère inacceptable. »

Pour dédommager les citoyens de cette injustice que constitue la perte de la propriété naturelle, le libéral Thomas Paine estime qu’il faut leur distribuer un revenu – ce serait, écrit-il, une manière de « parachever la Révolution française ». Cette idée qui a traversé les siècles est encore vivante aujourd’hui : c’est au nom du partage égalitaire des ressources naturelles que l’Alaska a mis en place, en 1976, un fonds qui distribue une allocation universelle basée sur les revenus miniers et pétroliers de l’Etat. Ce cadeau de la nature permet de verser à chaque résident de l’Etat plus de 1 000 dollars par an.

Le revenu universel peut également se justifier au nom de l’héritage des générations passées. « James Meade, économiste keynésien, analysait ce revenu de type égalitaire comme la contrepartie de tout ce que nos prédécesseurs nous ont légué, comme connaissances ou comme richesses, et dont chacun de nous hérite à sa naissance sans y être pour rien, écrivent Denis Clerc et Christophe Fourel dans un article publié en 2010 dans la revue Esprit. Il est légitime, disait-il en substance, que ces ressources qui nous viennent du passé et qui expliquent une partie des capacités de production actuelles de chaque nation reviennent à chacun sur une base égalitaire au sein de la nation où il se trouve avoir vu le jour, un peu comme un héritage. »

De plus en plus de « jobs à la con »

A ces raisons de principe, s’ajoute, chez les partisans du revenu universel, une réflexion sur les mutations du monde du travail dans les sociétés occidentales. Persistance du chômage de masse, instabilité des emplois, intensification des rythmes, morcellement des tâches, développement de la précarité : soulignant l’importance croissante des bullshit jobs (« jobs à la con ») décrits par l’anthropologue américain David Graeber, le Mouvement français pour un revenu de base estime que l’emploi est souvent associé à des formes de souffrance qui justifient une prise de distance avec la société du travail.

Certains partisans du revenu universel vont plus loin : reprenant l’argumentaire de l’essayiste américain Jeremy Rifkin sur la « fin du travail » – titre d’un livre qu’il a publié en 1995 –, ils estiment que la robotisation va, au fil des ans, alléger, voire soulager, l’homme du lourd fardeau qu’a toujours représenté le travail. « Il pourra alors paisiblement tirer sa rente de l’effort fourni par les robots, estiment Gaspard Koenig et Marc de Basquiat. On trouvait déjà cette idée chez Aristote : il expliquait que lorsque les navettes tisseraient toutes seules et que les lyres joueraient elles-mêmes de la musique, il n’y aurait plus besoin d’esclaves. »

En 2013, une étude publiée par deux chercheurs de l’université d’Oxford est venue appuyer leurs dires. Dans « The Future of ­employment : how susceptible are jobs to computerisation » (« L’avenir de l’emploi : comment les métiers sont exposés à l’informatisation »), Carl Benedikt Frey et Michael ­Osborne ont étudié les risques d’automatisation qui pèsent sur plus de 700 métiers. Si les professionnels de l’éducation ou de la santé ne sont guère menacés, les métiers de la vente ainsi que les emplois administratifs ou agricoles semblent très exposés. Les prévisions des deux experts sont inquiétantes : 47 % des actifs américains travaillent, selon eux, dans un secteur présentant un haut risque de chômage dans les dix ou vingt ans à venir.

Des prédictions contestées

Si les désordres de la précarité ne sont nullement contestés, la prophétie des partisans du revenu universel sur la « fin du travail » laisse bien des intellectuels perplexes. « A chaque fois que cette anticipation a été formulée, elle a été démentie par les faits, rappelle l’économiste Denis Clerc, auteur, avec Michel Dollé, de Réduire la pauvreté (Les Petits Matins-Alternatives économiques, 200 p., 14 euros). Ce fut le cas dans les années 1930, une époque où beaucoup d’économistes affirmaient que le travail allait disparaître. Ce fut aussi le cas pendant ce qu’on a appelé la crise pétrolière, en 1973-1980 : beaucoup pensaient que les destructions d’emplois liées à la fin de l’énergie facile étaient inéluctables. Dans les deux cas, ils se sont trompés. »

« Aucune étude statistique n’a jamais établi la disparition du travail, ni celle du travail salarié, aux échelles nationales et encore moins à l’échelle mondiale »

Pour l’économiste Jean-Marie Harribey, ces prédictions ne sont pas plus pertinentes aujourd’hui que dans les années 1930 ou 1970. « La plupart des théoriciens du revenu d’existence se placent dans l’hypothèse où la fin du travail approcherait, où le plein-emploi serait définitivement hors d’atteinte et où se déferait la société fondée sur le travail, expliquait-il lors d’un séminaire de l’OFCE, en 2016. Or, aucune étude statistique n’a jamais établi la disparition du travail, ni celle du travail salarié, aux échelles nationales et encore moins à l’échelle mondiale. (…) Malgré le développement des formes de travail précaires et de l’autoentrepreneuriat, on observe plutôt une permanence du salariat : le travail indépendant ne représente que 10 % de l’emploi total. »

L’automatisation crée aussi des emplois

Une multitude d’études fragilisent en effet la prophétie des partisans du revenu universel : celle des chercheurs Georg Graetz et Guy ­Michaels (2015), qui ont constaté, en analysant 17 pays sur quinze ans, que la robotisation avait fait gagner près d’un demi-point de croissance par an sans nuire à l’emploi ; celle du cabinet Deloitte qui, à partir de cent quarante ans de statistiques en Angleterre et au Pays de Galles, a mis en évidence que la robotisation avait au contraire constitué une machine à créer des emplois ; celle de l’OCDE, qui montre que la part des emplois risquant d’être détruits s’élève à 9 % et non à 47 % comme prédit par Frey et Osborne ; celle de l’organisme gouvernemental France Stratégie, qui estime que seuls 15 % des emplois seraient menacés par l’automatisation.

« Il y a un chômage élevé et une pauvreté laborieuse, mais il n’y a pas pour autant de raréfaction du travail, constate Jérôme ­Héricourt, professeur d’économie à l’université de Lille. Certains emplois moins qualifiés disparaissent du fait de l’automatisation, mais, à côté, d’autres emplois plus qualifiés apparaissent. Un des faits marquants de ces dernières décennies est en outre le ralentissement prononcé des gains de productivité en dépit du progrès technique (c’est ce qu’on appelle le paradoxe de Solow) – ils sont devenus encore plus faibles depuis la crise financière de 2007-2008. Il va donc falloir continuer à travailler pour produire les richesses qui permettront de financer le revenu universel ! »

Batailles statistiques

Plus que la fin du travail, Daniel Cohen, directeur du département d’économie de l’Ecole normale supérieure, évoque, lui aussi, la fin « d’un certain type de travail ». « Nous sommes sortis du travail industriel, qui a imposé son modèle fordiste dans d’autres secteurs comme les services. Aujourd’hui, le travail routinier est menacé par la révolution technologique : dès qu’une tâche se répète, elle devient numé­risable. En revanche, le travail non routinier sera préservé, et il ne concerne pas que les travailleurs qualifiés comme les professeurs ou les ingénieurs : il est aussi le fait des professions à forte empathie comme les assistantes sociales. »

Au-delà de ces batailles statistiques, se profile cependant un autre débat – plus philosophique, cette fois. Car les partisans du revenu universel ne se contentent pas de prophétiser la fin du travail : ils l’appellent ardemment de leurs vœux. Malgré leurs divergences, une même conviction anime Baptiste Mylondo, André Gorz, Gaspard Koenig, Marc de ­Basquiat ou Philippe Van Parijs : à leurs yeux, le travail salarié des sociétés industrielles n’est pas un vecteur d’émancipation. « Ils postulent que le travail n’est en aucune manière un facteur d’intégration et de reconnaissance sociales », résume Jean-Marie Harribey.

Pour l’économiste, cette perspective « tranche abruptement un débat philosophique de plusieurs siècles en niant le double caractère du travail – à la fois aliénant dans le cadre capitaliste et intégrateur dans la société ». « S’écartant de Hegel, qui voyait seulement dans le travail l’essence de l’homme, Marx avait souligné cette ambivalence, cette dialectique, l’émancipation des travailleurs devant être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes », écrit-il. Pour Marx, le travail a en effet une fonction « prométhéenne », selon le mot du sociologue Robert Castel (1933-2013) : s’il aliène le prolétariat, il peut aussi « libérer le travailleur et libérer l’ensemble de l’humanité avec lui ».

La fonction émancipatrice du travail

Un siècle et demi plus tard, le travail possède-t-il encore cette fonction d’émancipation ? Robert Castel, juste avant sa mort, y croyait fermement. Dans un article sur André Gorz publié en 2012 par La Vie des idées, il s’opposait au revenu universel au nom, justement, de la « reconnaissance de l’utilité sociale du travailleur ». Le « travail-emploi tel qu’il s’est constitué dans la dernière phase du capitalisme industriel dans un cadre fordiste (un emploi stable, encadré par le droit du travail et auquel sont rattachées les principales sécurités de la protection sociale) » est, selon lui, un acte social qui « commande l’accès du travailleur à l’espace public ».

«  Le travail-emploi contraint le travailleur en même temps qu’il lui procure le socle lui permettant d’être reconnu  », analysait le sociologue Robert Castel

Pour Robert Castel, ce « travail-emploi » façonné au cours du XXe siècle ne peut donc être réduit à une aliénation. « Il a formé le socle de ce que l’on peut appeler une citoyenneté sociale, une reconnaissance sociale du travailleur en tant que sujet de droit qui lui garantit un minimum d’indépendance économique et sociale. (…) Il dignifie, pourrait-on dire, le travailleur (et peut-être plus encore la travailleuse) en même temps qu’il l’aliène. C’est cette tension dialectique qui caractérise le ­travail-emploi, forme dominante que prend le travail en régime capitaliste : il contraint le travailleur en même temps qu’il lui procure le socle lui permettant d’être reconnu. »

« Reconnaissance sociale »

Cette valeur sociale du travail, Denis Clerc, qui est responsable du groupe emploi-formation de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale, la constate au jour le jour dans les structures d’insertion par l’activité économique. « On ne peut réduire le travail à une simple source de revenu. Le travail donne le sentiment d’être utile, fournit une reconnaissance sociale et offre la satisfaction de collaborer avec d’autres. La socialisation par l’emploi est très forte : le collectif de travail est une puissante source de relations sociales qui vous libère des communautés restreintes. Les statistiques montrent d’ailleurs que les chômeurs de longue durée sont nettement plus souvent malades que les salariés. »

Le débat sur le revenu universel ne peut donc se résumer à une controverse budgétaire – comment le financer ? –, ni même à une querelle morale – va-t-il encourager la paresse ? En proposant de distribuer à tous une allocation qui permet de vivre sans travailler, les partisans du revenu d’existence obligent les sociétés occidentales à s’interroger sur le sens qu’elles donnent au travail.

Faut-il, comme le souhaitent le décroissanciste Baptiste Mylondo ou le libéral Gaspard Koenig, bâtir un nouveau monde sur les ruines de la société salariale ? Ou se battre, comme le préconisait Robert Castel, pour préserver cette « grande conquête de l’histoire sociale depuis la fin du XIXe siècle » que représente l’articulation entre le travail, les droits et les protections ? Si Benoît Hamon est le candidat du PS, le débat rythmera sans doute la campagne présidentielle.

Anne Chemin
Journaliste au supplément Culture-Idées