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Le Monde.fr : Manifestation de retraités : « C’est fini le vote pour Macron, à part pour les nantis »

il y a 3 semaines, par infosecusanté

Manifestation de retraités : « C’est fini le vote pour Macron, à part pour les nantis »

LE MONDE

15.03.2018

Par Hugo Guyon

Des retraités sont en colère et ils l’ont fait savoir. Jeudi 15 mars, ils ont manifesté dans toute la France et dans la capitale, où le cortège qui est parti de la place du 18-Juin, dans le quartier de Montparnasse, a réuni 7 200 manifestants, selon les chiffres de la police. Les syndicats revendiquent le chiffre de 30 000 personnes.

Dans leur ligne de mire, l’augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG) de 1,7 point, entrée en vigueur le 1er janvier, qui se répercute mécaniquement sur les retraites des 60 % de retraités les plus aisés. « Je perds 350 euros par an », pouvait-on lire parmi les myriades de drapeaux et de pancartes disséminés dans le défilé. Les chants scandés mettaient en cause la politique du gouvernement, « Non ! Non ! Non ! à la CSG », pouvait-on entendre, « Macron ! Harpagon ! » ou encore « Augmentez nos pensions ! », slogan auquel une retraitée réplique, désabusée, par « Non, rendez-les-nous ! ».

Première manifestation depuis 1972

« Sur l’année 2018, on me ponctionnera directement une trentaine d’euros par mois, ce n’est pas énorme mais ça fait presque 400 euros par an », explique Michel, 76 ans. Cet ancien imprimeur est veuf, et touche une pension de 2 000 euros par mois, largement supérieure au seuil fatidique des 1 289 euros pour un célibataire, à partir duquel la CSG a augmenté le 1er janvier. « Avant, on avait d’autres avantages comme la demi-part fiscale retranchée pour les veufs, mais c’est fini tout ça », déplore-t-il, la suppression de cette mesure fiscale a été votée sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2008.

Parmi les manifestants, on trouvait en première ligne des vétérans de la mobilisation sociale syndiqués à la CGT, mais aussi des néophytes. Comme Françoise, 72 ans qui n’avait pas milité depuis l’établissement du programme commun entre socialistes et communistes, en 1972… La réforme fiscale promulguée par Emmanuel Macron l’a amenée à descendre à nouveau dans la rue. « Moi, j’ai travaillé depuis l’âge de 17 ans jusqu’à 60 ans pour mon emploi principal et j’ai continué mon emploi de nuit dans un théâtre jusqu’à mes 70 ans », explique-t-elle. Pour cette ancienne cadre, les efforts doivent être demandés aux plus gros revenus : « J’ai travaillé cinquante-trois ans de ma vie, c’est écœurant que ce soit toujours les mêmes qui paient l’addition. »

Des compensations qui ne font pas l’unanimité

Le gouvernement a promis une compensation pour les pensions moyennes (entre 1 300 et 2 500 euros pour un retraité célibataire) par la suppression progressive de la taxe d’habitation, qui, à terme, ferait que seulement 20 % des retraités seraient concernés par la hausse de la CSG. Une perspective qui a du mal à convaincre les potentiels concernés. « Pour l’instant, on n’a rien vu, on ne sait rien de la façon dont ça va se répercuter », déplore Loïc, 63 ans. Ce jeune retraité vit avec sa femme dans les Yvelines, s’ils arrivent à joindre les deux bouts avec leurs pensions cumulées de 2 300 euros, il craint pour l’avenir. « Si jamais je décède, ma femme n’aura que sa pension de 900 euros plus la moitié de ma pension. »

Certains ne manifestaient pas spécifiquement contre la hausse de la CSG. C’est le cas de Joakim, 63 ans qui veut avant tout une revalorisation des retraites. S’il arrive à subvenir à ses besoins avec les 2 390 euros qu’il reçoit avec son épouse, sa retraite ne lui permet pas grand-chose de plus. « On fait avec, mais rien que pour aller au cinéma, ça commence à être compliqué », regrette-t-il.

L’enjeu politique est de taille pour le président de la République, qui risque d’entrer en disgrâce auprès d’une population qui lui était jusque-là plutôt favorable. « C’est fini le vote pour Macron, à part pour les nantis », affirme Loïc. Plus loin, on pouvait lire sur une pancarte « Les retraités s’en souviendront à l’isoloir ». Au second tour de la présidentielle en 2017, 76 % des plus de 65 ans avaient voté pour Emmanuel Macron.