Emploi, chômage, précarité

Le Parisien - « Assurance chômage : un accord mais pas de signature »

23 février, par Info santé sécu social

Bérangère Lepetit 22 février 2018,

Syndicats et patronat ont trouvé un terrain d’entente, lors de leur dernière réunion de concertation, ce jeudi. Mais ils ne signeront pas le texte si le gouvernement le modifie.

C’était leur dernière chance. Jeudi, vers 20 heures, patronat et syndicats se sont enfin mis d’accord sur un texte de quinze pages visant à réformer l’assurance chômage alors que quelques heures plus tôt, la ministre du Travail Muriel Pénicaud avait menacé de reprendre en main la réforme.

Si au Medef, on se félicite d’un « dialogue social contraint mais de qualité », du côté des syndicats, pas question de crier victoire trop tôt. La plupart des responsables syndicaux -hormis la CGT- jugent le texte « équilibré » mais aucun ne s’est pour l’instant engagé à le signer. « C’est un texte qui crée un nouveau droit à la démission mais qui ne contraint pas beaucoup les entreprises », a ainsi réagi Michel Beaugas. « Nous craignons que le gouvernement ne soit un peu trop gentil avec les entreprises », raille de son côté Denis Gravouil, de la CGT, qui a une « appréciation assez négative » du projet.

Tandis que la CGT rejette d’ores et déjà le texte, la CFDT, FO et la CFTC conditionnent leur signature à ce que le gouvernement respecte les engagements sur lesquels ils sont tombés d’accord. Notamment sur les deux points essentiels qui ont provoqué d’âpres discussions ces dernières semaines : l’ouverture de l’assurance chômage gérée en France par l’Unedic aux salariés démissionnaires mais aussi le système de « bonus-malus », c’est-à-dire la mise en œuvre de sanctions financières pour limiter le recours des entreprises aux « contrats courts ».

L’accord ouvre donc les droits au chômage aux démissionnaires, via un « droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi projet ». Celui-ci est destiné aux salariés qui choisissent de quitter leur entreprise avec en tête un projet de reconversion professionnelle. Il prévoit aussi de créer un « diagnostic » sur l’usage des contrats courts, c’est-à-dire des CDD de quelques jours. Seuls certains secteurs professionnels, comme l’hôtellerie-restauration ou le spectacle- sont les principaux utilisateurs de contrats courts mais « l’ensemble des branches » vont être contraintes d’ouvrir des négociations d’ici la fin de l’année.

Le volet sur la formation ne convient pas à FO
Michel Beaugas, de FO, a de son côté demandé avec insistance une reprise complète de l’accord sur la formation professionnelle, qui avait abouti quelques heures plus tôt (voir encadré). Selon lui, l’annonce, dans la matinée, par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qu’elle ne reprendrait pas dans sa totalité cet accord a « jeté un froid ». Nombreux étaient hier les responsables syndicaux irrités par les propos tenus dans la matinée par la ministre du Travail et la CFDT demande la tenue dans les prochains jours d’une réunion multilatérale pour connaître les intentions du gouvernement. Les syndicats consulteront leurs instances la semaine prochaine avant de prendre une position officielle sur le texte.

Formation professionnelle : vers un big bang
Un texte de 52 pages. C’est le document final sur lequel se sont mis d’accord hier syndicats et représentants patronaux pour réformer la formation professionnelle après une nuit blanche. Objectif : rendre plus efficaces les dispositifs permettant aux salariés de se former tout au long de leur vie. Parmi les points essentiels de cet accord très technique : la réforme du compte personnel de formation (CPF).

Les salariés cumuleront 35 heures par an (au lieu de 24), dans la limite de 400 heures (au lieu de 150). Ce texte est censé servir de base au projet de loi que le gouvernement présentera mi-avril, mais la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a déjà fait savoir qu’elle n’était pas satisfaite et estimait que les partenaires sociaux n’étaient pas allés assez loin pour simplifier un système réputé illisible. « C’est le big bang dont le pays a besoin », a-t-elle déclaré, avant d’autres annonces mardi prochain. Ce qui a eu le don d’irriter syndicats et patronat…