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Le Parisien - Hôpitaux en surchauffe : « Le no bed challenge est un signal d’alarme »

il y a 6 jours, par Info santé sécu social

Marc Payet| 25 mars 201

Le Dr François Braun, Président de Samu-Urgences de France, explique pourquoi les urgentistes ont mis sur pied ce classement des hôpitaux en fonction des lits disponibles.

Plus d’un mois après la présentation par le gouvernement de son plan de « transformation du système de santé » et dans la foulée de la journée d’action du secteur public, donc des personnels hospitaliers, le 22 mars dernier, le syndicat Samu-Urgences de France livre un classement édifiant : le « no bed challenge ». On y découvre que 200 patients à l’hôpital dorment toutes les nuits sur un brancard. Un état de fait que dénonce le Dr François Braun.

D’où est venue cette idée du « no bed challenge » ?

DR FRANÇOIS BRAUN. L’année dernière, le ministère de la Santé nous a demandé si nous avions beaucoup de cas d’Ice and Salt challenge, ce défi stupide d’ados qui consiste à se mettre sur sel et des glaçons sur les plaies. Les équipes d’urgentistes nous ont répondu qu’ils n’en avaient presque pas… mais qu’en revanche, ils avaient un vrai problème, le « no bed challenge ». Car ils ne trouvaient pas de places de lits d’hospitalisation pour leurs malades qui arrivaient aux urgences. On en a d’abord ri, puis décidé d’en faire un vrai indicateur du dysfonctionnement de l’hôpital. Et maintenant c’est devenu une donnée très utile.

Mais comment cela marche-t-il, concrètement ?

Tous les matins, les chefs des services d’urgence remplissent un fichier dans lequel ils comptabilisent dans leur établissement le nombre de personnes qui ont dû rester la nuit précédent sur un brancard hospitalier, faute de place dans les services. Ces données remontent et nous publions tous les jours le classement des hôpitaux avec quatre codes couleurs. En noir, ceux qui ont plus de huit malades sur les brancards, en rouge, entre quatre et huit, en orange, entre un et quatre, et en vert zéro. Nous pondérons ces données avec leurs chiffres d’activité et de boxes disponibles, ce qui permet de faire un classement. Il ne s’agit pas de stigmatiser les services, mais de montrer que dans certains établissements il y a des problèmes très importants à régler. Nous publions aussi des données sur la semaine. Nos chiffres sont collectés sur une centaine de services d’urgences, sur les 650 que compte la France.

Quels enseignements en tirez-vous ?

Cela fait émerger des données nouvelles, et inquiétantes. Le « no bed challenge » est un vrai signal d’alarme. On se rend compte, par exemple, qu’il est fréquent que sur l’ensemble des établissements concernés, plus de 200 personnes passent quotidiennement la nuit sur un brancard hospitalier. Depuis la mise ne place de notre classement, au début de l’année, 19 000 personnes ont passé la nuit sur un brancard, sur la centaine d’hôpitaux qui nous font remonter des données. Soit plus de 120 000, si on extrapole aux 650 services d’urgences de France. C’est un chiffre incroyable.

Quels sont les établissements les plus en difficulté ?

Ces derniers temps les hôpitaux de Nîmes (Gard), de Limoges (Haute-Vienne) ou de Rennes (Ille-et-Vilaine) ont été souvent en haut du tableau. Nîmes, par exemple, s’est retrouvé une nuit de cette semaine avec 42 patients sur les brancards. Le CHU de Rennes a aussi connu de grosses tensions, de même qu’à Lille (Nord). En région parisienne, ce sont moins les hôpitaux de l’assistance-publique-hôpitaux de Paris qui sont très exposés à ce problème que les CH des départements franciliens. Ceux-ci font face à un fort afflux de patients, comme à Argenteuil ou Aulnay, sans avoir les moyens des gros hôpitaux de l’AP comme HEGP ou Cochin. La situation est grave. Face à ce constat, il faudrait que le ministère de la Santé en tire les leçons. Pour l’instant on ne voit rien venir.