Le droit à la santé

Le Parisien - Mobilisation contre le déremboursement d’une molécule utilisée dans l’arthrose du genou

Septembre 2016, par Info santé sécu social

Daniel Rosenweg

Dans la famille des médicaments et dispositifs médicaux à dérembourser pour trouver des économies, le Comité économique des produits de santé, CEPS, vient de proposer l’acide hyaluronique dans le traitement de l’arthrose du genou.

Economie attendue : 68 millions d’euros par an. « Un non sens » pour les rhumatologues et l’Aflar, association française de lutte antirhumatismale qui a lancé une pétition signée par 165 000 internautes.

Utilisé contre les rides, l’acide hyaluronique est aussi prescrit par les rhumatologues dans le traitement de l’arthrose du genou. Véritable lubrifiant, il s’administre par injection une fois par an, voire tous les 18 mois. En France, 2,5 millions de patients souffrent de cette pathologie souvent invalidante, selon l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé, IRDES. Parmi eux, 500 000 reçoivent chaque année de une à trois injections pour remettre de l’huile dans des rouages usés ou déformés par l’âge, soulager leur douleur et in fine retarder une intervention chirurgicale toujours lourde.

Depuis trois ans, cette molécule, et d’autres qui traitent l’arthrose, sont dans le collimateur des autorités sanitaires. En 2015, la Haute autorité de santé qui l’a évaluée a recommandé le déremboursement de l’acide hyaluronique jugeant son efficacité « faible à modérée ». Ne restera bientôt plus comme alternative économique que la chirurgie et la pose de prothèses facturée 11800€ à l’assurance maladie, rééducation comprise. Prothèse qu’il faut changer au bout de 10 à 15 ans.

« Au quotidien, l’acide hyaluronique ça marche ! », assure le Dr Laurent Grange, rhumatologue au CHU de Lyon et président de l’Aflar, association constituée majoritairement de patients. « En mars 2015 déjà cinq médicaments anti-arthrosiques d’action lente ( AASAL ) ont été déremboursés. Plus d’un million de Français en consommaient régulièrement contre la douleur. Depuis le déremboursement, nous avons fait une étude : la moitié des patients ont cessé d’en prendre puisque ça n’était plus remboursé. En revanche, ils se sont mis à consommer des antalgiques, moins efficaces, et de la kyné. Il faut faire des analyses d’impact avant de dérembourser ! », insiste le docteur Grange qui annonce une étude pour la fin d’année « qui va démontrer que l’efficacité de l’acide hyaluronique n’est pas si faible que l’a dit la HAS ».

« L’arthrose notamment du genou est douloureuse et invalidante, souligne de son côté le Dr Valérie Briole, rhumatologue à Paris. Avec des retentissements professionnels et psychologiques non négligeables. Malheureusement, les thérapeutiques sont limitées. Les injections articulaires d’acide hyaluronique apportent un bénéfice incontestable sur le plan médical, social, et économique. Interrompre la prise en charge de l’acide hyaluronique, dont l’efficacité est reconnue supérieure au Doliprane, toujours remboursé lui, introduirait une sélection des patients par l’argent, Surtout, elle conduirait la France, où l’on ne pose que 106 prothèses de genou pour 100000 habitants, à rejoindre les États-Unis (234,2), l’Allemagne (215,8) ou encore la Suisse, la Grande-Bretange, le Canada... Pour quelle économie finalement ? » interroge la spécialiste.

Le Snitem, Syndicat national de l’industrie des technologies médicales vient d’écrire à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, pour défendre le remboursement d’une des dernières alternatives à la prothèse. Le ministère lèvera-t-il le petit doigt pour défendre le genou ? Réponse dans le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, à l’automne.