Emploi, chômage, précarité

Le Parisien - Retraite : « Le peu que je gagne, on me le prend »

5 mars, par Info santé sécu social

Lebelle et Matthieu Pelloli

05 mars 2018

Depuis dix ans, les gouvernements successifs ont pris des mesures fiscales qui réduisent le pouvoir d’achat des aînés. Dernière en date : la hausse de la CSG. Le témoignage de Josette, 66 ans, qui perçoit une retraite de 1500 euros par mois.

« J’ai cotisé toute ma vie, travaillé des week-ends, des jours fériés pour grappiller un peu d’argent et le peu que je gagne aujourd’hui, on me le prend. Ça me choque. » Josette, 66 ans, retraitée à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) l’a mauvaise. Son histoire et la baisse de son niveau de vie sont à l’image de dix années de politiques publiques où les retraités ont été discrètement déshabillés.

Première banderille en 2011. Cette année-là, Josette organise son pot de départ. Trinque avec ses collègues de la petite entreprise d’informatique où elle a travaillé pendant des années en région parisienne. « Ça payait mal, mais j’avais un salaire », se souvient-elle. De quoi assurer l’éducation de sa fille unique, payer le loyer et s’offrir, de temps en temps, des petits plaisirs.

« La retraite, ça a été la double peine »
Quelques mois plus tard, le champagne de la retraite a un goût amer. La suppression de la demi-part des veuves, votée en 2008 par François Fillon et mise en place progressivement jusqu’en 2014, détériore violemment le pouvoir d’achat de la jeune retraitée. Car Josette, qui a perdu son mari quelques années auparavant, devient soudain imposable. « Ça ne m’était jamais arrivé lorsque j’étais salariée. La retraite, ça a été la double peine : j’ai non seulement perdu ma prime pour l’emploi mais en plus j’ai dû faire un chèque au fisc. » Montant de la douloureuse : 300 euros environ.

Deuxième banderille en 2013. François Hollande instaure alors la contribution additionnelle de solidarité pour l’autonomie (Casa). Le prélèvement de 0,3 % est modeste mais l’effet immédiat. Josette perd quelques euros supplémentaires sur sa retraite de 1500 euros. Pas de quoi l’empêcher d’acheter encore des romans, sa passion. A cette époque, elle ne compte pas vraiment ses sous, et encore moins les heures qu’elle passe comme bénévole dévouée aux Restos du cœur.

Dernière banderille avant l’estocade, en 2018. En début d’année, Josette a vu rouge en découvrant sa pension rabotée de 25 euros. La faute à la hausse de la CSG. Pour elle, ce n’est pas encore la misère, c’est vrai. Mais « 25 euros, ça fait plusieurs livres par mois en moins ». Car une fois payé son loyer de 536 euros chauffage compris, il ne reste plus grand-chose pour illuminer le quotidien.

Que répond-elle au gouvernement selon qui ces ponctions financent les augmentations de salaire des travailleurs ? « Avant, c’était les enfants qui travaillaient pour financer les retraites de leurs parents. Aujourd’hui, on nous demande de mettre au pot. Ce n’est pas normal. On paie déjà pour eux en les élevant ! »

« Je meurs d’envie d’aller manifester »
Et si Josette est furieuse, c’est aussi parce qu’elle va devoir mettre de sa poche pendant plusieurs mois avant d’être bénéficiaire des réformes fiscales. La suppression d’un tiers de sa taxe d’habitationde 600 euros cet automne ne sera pas suffisante pour compenser la hausse de la CSG. Idem en 2018. Il lui faudra attendre 2020 pour, enfin, être gagnante. Mais elle n’y croit pas une seconde. D’ici là, pense-t-elle, le gouvernement aura bien trouvé d’autres taxes…

A ses yeux, il est donc grand temps de réagir. « J’ai une tendinite, mais je meurs d’envie d’aller manifester la semaine prochaine. J’ai l’impression que les retraités sont hypnotisés, on dirait des moutons. Il faut qu’on se réveille ! »