La santé au travail. Les accidents de travail et maladies professionnelles

Le Parisien - Une infirmière tente de se suicider devant son service à l’hôpital

15 mars, par Info santé sécu social

Par Marjorie Lenhardt

Argenteuil - C’est en ingérant une forte dose de médicaments qu’une infirmière âgée d’une cinquantaine d’années a tenté de mettre fin à ses jours, devant son service, à l’hôpital Victor-Dupouy. Le syndicat CGT a immédiatement mis ce passage à l’acte sur le compte des mauvaises conditions de travail et de la gestion du personnel.

Jeudi 2 mars, l’infirmière s’apprête à embaucher. Mais avant d’enfiler sa blouse, elle se rend à une convocation disciplinaire avec un directeur des soins. Trois mois plus tôt, elle s’était violemment disputée avec une collègue, alors qu’elle entamait sa troisième nuit de travail.

Selon la CGT, qui a écrit une lettre ouverte au personnel à la suite du drame, ce « pétage de plomb » aurait été provoqué par un changement de secteur de dernière minute, couplé à la fatigue cumulée. « Lorsqu’elle s’est fâchée, quand on lui a demandé de changer de secteur, son quota d’heures supplémentaires était largement dépassé et ce n’était pas la première fois », écrit le syndicat dans cette lettre ajoutant « qu’il n’y a jamais eu autant d’entretiens disciplinaires qu’en ce moment à l’hôpital ».

C’est en sortant de cette convocation que l’infirmière a décidé de mettre fin à ses jours, dans sa voiture, stationnée à proximité de son service de médecine. Ses enfants — qui avaient reçu un message d’adieu de la part de leur mère — ont donné l’alerte.

Une enquête interne diligentée

Les collègues de l’infirmière se sont alors mis à sa recherche et l’ont finalement retrouvée sans connaissance dans sa voiture. « Elle a été rapidement prise en charge par l’hôpital et elle est sortie dans les deux jours », assure la direction de l’établissement, qui n’a pas souhaité réagir sur le contexte de ce geste, dans l’attente des conclusions d’une enquête interne diligentée par la directrice des soins. Enquête ouverte dans le but d’analyser « les circonstances des conditions de travail de cet agent ». La CGT comme le syndicat autonome dénoncent une gestion de l’hôpital public « comme une entreprise privée avec d’un côté une direction qui ne parle que coût, rentabilité et mutualisation du personnel et de l’autre le personnel soignant face aux patients ». « 

Notre collègue fait cela en sortant d’un rendez-vous avec la direction, elle ne sort pas du cadre de l’établissement, elle veut dire quelque chose, elle lance un appel aux collègues, à l’hôpital et la direction », remarque un syndicaliste CGT, qui note qu’un certain nombre d’infirmières sont en arrêt pour dépression et d’autres sous anxiolytiques. « Cette fois, c’est une fille qui paie le prix, la prochaine fois, ce sera peut être une erreur de dosage de médicaments », ajoute-t-il. Dès le lendemain du drame, un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail extraordinaire s’est réuni et une cellule d’écoute psychologique a été mise en place. « Nous allons certainement développer une réflexion au sein de l’établissement sur le repérage des personnes fragiles », conclut
la direction. ■