L’ordre des médecins

Le Quotidien du Médecin - « Médecins qui défendent leurs tiroirs-caisses » : un sénateur généraliste condamné par l’Ordre pour ses propos

il y a 21 heures, par Info santé sécu social

C’est le genre de petites phrases que l’on regrette d’avoir prononcées… Le 28 avril 2016, l’ancien sénateur écologiste du Pas-de-Calais et médecin généraliste Hervé Poher est interviewé par le site Egora après une intervention au Sénat sur le problème de la désertification médicale en milieu rural. Il déclare : « une fois qu’on est médecin, on défend son métier et surtout son tiroir-caisse » et « lorsqu’on écoute certains médecins ou syndicalistes, on a l’impression que la médecine n’est qu’une boîte à sous ».

Des propos pour lesquels il vient d’être sanctionné d’un avertissement par la chambre disciplinaire de première instance de l’Ordre des médecins (Nord-Pas-de-Calais), à la suite d’une plainte de trois médecins de la FMF pour non-respect de deux dispositions du code de déontologie médicale (ne pas déconsidérer la profession et faire preuve de confraternité).

Discrédit

La chambre disciplinaire de l’Ordre a donc donné raison aux généralistes syndiqués, en considérant que les propos tenus par le Dr Poher « ne constituent pas un discours ou un compte rendu » et ne relèvent pas de l’immunité parlementaire (la défense invoquée par le sénateur, notamment sur son blog), mais qu’« eu égard à leur caractère général, ils sont de nature à porter le discrédit sur la profession de médecin ». Le Dr Hervé Poher a donc « failli aux devoirs du médecin énoncés dans le code de la santé publique », estime la juridiction ordinale.

Une décision dont se sont réjouis les trois généralistes de la FMF, agacés par ces propos « déplacés ». Être sénateur « ne donne pas le droit de dire n’importe quoi », rappellent-ils.

La liberté d’expression en question

L’homme politique, qui s’est retiré de la course sénatoriale aux élections de 2012, a décidé de ne pas faire appel. Comme il l’explique dans un autre billet de son blog, « la logique voudrait que je fasse appel de cette sanction mais ayant mal supporté la vindicte de mes anciens confrères, et étant maintenant retraité, j’ai décidé de clore définitivement ce dossier ».

Pour l’ancien élu, âgé de 65 ans, cette décision montre bien « qu’un parlementaire peut critiquer certaines déclarations, positions, orientations, mais à condition de ne pas faire partie d’un même ordre professionnel ». Mais surtout, il tient à avertir ses collègues sénateurs médecins ou autres : « la liberté d’expression est un privilège qui n’est pas accordé à tout le monde et l’immunité parlementaire a des limites parfois un peu floues ».

« Cette mésaventure, décevante quant à la mentalité du monde médical, aura au moins le mérite de servir de jurisprudence », conclut, un poil amer, Hervé Poher.