Médecins et professionnels de santé

Le Quotidien du médecin - Burn-out, violences, « lapins » : le plan Touraine pour aider les médecins de ville

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

Marisol Touraine a présenté ce mardi au ministère de la Santé le volet ambulatoire de sa stratégie nationale d’amélioration de la qualité de vie au travail, après un premier plan d’action visant les médecins et soignants hospitaliers, déployé en décembre.

Devant une trentaine de professionnels du secteur (Ordres, syndicats, étudiants, associations...), Marisol Touraine a salué les nombreuses initiatives qui existent déjà, éparpillées sur le territoire. L’objectif est de « leur donner un cadre, de les valoriser, de partager de nouvelles solutions et de généraliser ces bonnes pratiques ».

Ségur met l’accent sur trois chantiers : l’amélioration des conditions d’exercice, la sécurité des professionnels de santé et la prise en charge « précoce et efficace » de la souffrance au travail.

Numéro d’entraide et centres d’accueil dédiés

De fait, le document de synthèse est davantage un catalogue de l’existant qu’un nouveau plan de bataille au bénéfice des médecins et soignants libéraux. Pas de grand soir au programme. Cinq semaines avant le premier tour de la présidentielle, Marisol Touraine ne précise ni le calendrier d’action ni le financement pour appliquer les différentes mesures du plan – contrairement au volet hospitalier.

En termes de gouvernance, Marisol Touraine prévoit la création d’un observatoire national de la qualité de vie au travail et des risques psychosociaux des professionnels de santé, chargé de généraliser les bonnes pratiques ambulatoires.

Pour « prendre soin de ceux qui soignent », Ségur entend sensibiliser les plus jeunes à l’importance du suivi médical tout au long de la vie, que les médecins laissent de côté. Un module « qualité de vie au travail » sera ajouté dans les maquettes de formation initiales médicales, paramédicales et dans la formation continue (DPC).

Dans la continuité du projet « Dis doc t’as ton doc », portée par le collège français des anesthésistes-réanimateurs, les étudiants et les professionnels installés seront incités par une campagne de sensibilisation « à prendre un médecin traitant et écarter les tentations d’autodiagnostic et d’automédication ». Dans la même veine, la tutelle charge l’assurance-maladie d’étudier un déploiement national des centres d’examen et santé, dispositifs d’accueil des médecins en souffrance anonymes, expérimentés entre autres en Bretagne.

De même, Marisol Touraine souhaite « favoriser la mise en œuvre d’un dispositif d’écoute téléphonique » « en cas de souffrance psychologique », gratuit et ouvert 24 heures sur 24, sur le modèle de la plateforme d’appel de l’association Soins aux professionnels de santé (SPS).

Faire reculer la violence dans les cabinets

Alors que les dernières études et l’actualité montrent que la violence dans les cabinets médicaux ne recule pas, Marisol Touraine consacre un volet de sa stratégie à la sécurité des professionnels.

Elle annonce la création d’une seconde campagne de sensibilisation, cette fois à l’attention des patients, qui portera sur « le respect des règles de politesse, de non-violence verbale et physique, de respect des engagements ». Elle cite en exemple la nécessité de prévenir le médecin « suffisamment en avance quand on ne peut pas honorer un ou plusieurs rendez-vous ». Elle propose aussi de renforcer le protocole « santé, sécurité, justice » élaboré en 2011 par la création d’une conférence départementale annuelle (pilotée par préfecture et ARS) chargée de faire le bilan de l’application des accords locaux.

Interrogé ce mardi par le « Quotidien », le Dr Éric Henry, ancien patron du SML et actuel président de l’association Soins aux professionnels de santé (SPS), voit ce plan d’un bon œil mais reste sceptique sur la façon dont le ministère s’est approprié certains dispositifs existants. « C’est une bonne chose que la ministre s’intéresse à la question de la souffrance au travail des professionnels libéraux mais je ne suis pas certain que ces derniers seront rassurés à l’idée d’appeler un numéro de téléphone d’entraide géré par l’État », analyse-t-il.