Du centre à la droite

Le Quotidien du médecin - Huit médecins généralistes sur dix voteront Fillon ou Macron

3 avril, par Info santé sécu social

Fillon s’envole, Le Pen fait la grimace ! Selon notre sondage Stethos, les médecins de famille ne voteront pas du tout comme le reste de la population. à l’élection présidentielle, près d’un sur deux choisirait le candidat de la droite. Alors que moins d’un sur dix apporterait son suffrage à l’extrême droite. Un gros tiers se montre disposé à mettre un bulletin Macron dans l’urne. Et les jeunes sont plus tentés par la gauche que leurs aînés.

Les médecins généralistes voteront utile et leurs voix n’iront pas s’éparpiller parmi une multitude de candidats. Tel est le principal enseignement de notre sondage réalisé auprès d’un demi-millier de médecins de famille. Selon cette enquête Stethos-Le Généraliste réalisée à l’approche de la présidentielle, près de neuf praticiens sur dix se prononceraient en effet pour l’un des trois candidats attendus en tête au soir du premier tour, le 23 avril. Les autres compétiteurs ne recueilleraient donc que des miettes. Un regroupement des suffrages sur les « gros », de quinze points supérieur à ce que l’on observe dans le grand public, si l’on se réfère aux très nombreux sondages sur la question. Le phénomène est accru dans la profession par la concentration sur deux candidats qui, ensemble, rassemblent 80 % des voix, presque deux fois plus que dans le grand public. « Le choix des généralistes s’oriente très massivement vers Fillon et Macron, de la droite au centre gauche, en somme », relève Henri Farina, président du groupe Stethos qui a réalisé ce sondage.

Et c’est le candidat de LR qui tire – et de loin ! – le mieux son épingle du jeu. À la différence de leurs patients, les médecins de famille ne semblent en effet guère tenir rigueur à François Fillon des récentes affaires qui l’ont affecté. En tout cas, pas au point de se détourner de lui… Alors que la cote du champion de la droite est désormais tombée en dessous des 20 % dans l’opinion, les généralistes sont en effet 46 % à se dire prêts à voter pour le Sarthois au premier tour. Un score d’autant plus remarquable qu’assez inégalé. Lors de la précédente présidentielle, un sondage Ifop-Quotidien du médecin créditait, en février 2012, Nicolas Sarkozy de 38 % seulement des intentions de vote généralistes.

Il est vrai que ce dernier se présentait à l’époque, lesté de cinq ans de pouvoir en pleine crise économique, avec une réforme HPST qui avait ulcéré une majorité de libéraux de santé. Cinq ans plus tard, le temps et l’oubli bénéficient peut-être à son premier ministre d’alors. À moins que ce ne soit l’autocritique en règle du candidat, sur les ARS notamment. On peut y voir aussi un signe de la solidarité de Fillon manifestée avec les médecins libéraux dans la bataille contre la loi Touraine ou de sa promesse de supprimer purement et simplement le tiers-payant une fois arrivé à l’Élysée. Il faut croire que cela paie, puisque près d’un « docteur » sur deux a pour le vainqueur de la primaire de droite des yeux de Chimène…

Prime à Fillon et rejet de la politique actuelle

La prime à Fillon, c’est sans doute aussi le signe d’un rejet massif de la gestion actuelle. Car une grande majorité des généralistes l’affirme sans ambages : c’est en partie en fonction de la politique de santé menée depuis cinq ans qu’elle se décidera. Or l’image de la ministre de la Santé actuelle est exécrable. C’est plus une confirmation qu’une découverte : pas moins de 91 % des généralistes dressent un bilan négatif (et même très négatif pour 55 % d’entre eux) de l’action de Marisol Touraine, qui bat Avenue de Ségur le double record de la longévité et de l’impopularité auprès des blouses blanches.

Les praticiens tiennent rigueur au gouvernement actuel de sa politique santé. Et – chat échaudé craignant l’eau froide – ils sont aussi très sourcilleux sur les programmes santé affichés pour le quinquennat à venir. Plus des trois quarts des sondés considèrent qu’au moment de voter, les propositions santé pour demain pèseront dans le choix du candidat. C’est peut-être aussi l’une des explications du succès de Fillon qui recueille les fruits d’une campagne au cours de laquelle il a tant de fois répété son souci de revaloriser la situation des médecins généralistes, sa volonté de déshospitaliser et débureaucratiser le système de soins et son souhait d’associer les libéraux de santé à ses futures réformes. Ce discours a visiblement fait mouche. À l’inverse, la polémique, puis les revirements du candidat sur le « petit » et le « gros » risque ne semblent pas avoir trop heurté dans les cabinets. Du moins pas au point de détourner un généraliste sur deux de son choix pro-Fillon.

Un praticien sur trois séduit par Macron

À côté, Emmanuel Macron bénéficie cependant d’une cote plus qu’honnête. Si le premier tour avait lieu cette semaine, plus du tiers des généralistes voterait pour lui. Jolie performance pour le candidat d’En Marche qui fait auprès de ce segment pratiquement 10 points de plus que dans le grand public. Il faut croire que l’ancien ministre de l’Économie n’est guère tenu pour solidaire de la loi de modernisation de la santé. Il a eu d’ailleurs des déclarations plutôt apaisantes sur le TPG. À moins que ces 34 % de praticiens-électeurs ne soient séduits par son volontarisme sur le développement de la prévention et des maisons de santé pluriprofessionnelles, deux de ses priorités pour le système de soins.

Notre sondage confirme par ailleurs la grande modération dont fait preuve la profession en politique. C’est vrai pour tous les extrêmes dont se méfient les médecins de famille. À commencer par Marine Le Pen, qui, si elle semble progresser un peu chez les généralistes, n’évolue qu’à la marge dans cet électorat où elle fait trois à quatre fois moins bien que sa moyenne en population générale : 7,5 % contre 25 %. Si les généralistes faisaient seuls l’élection, la leader du FN serait d’ailleurs battue à plate couture dans les deux hypothèses de second tour que nous avons testées : 9 % tout juste face à François Fillon et quand même 20 % face à Emmanuel Macron. Pour expliquer cette méfiance des généralistes, on peut y voir le double effet catégorie sociale supérieure-métier à forte affinité sociale, qui les fait se détourner du prêt-à-penser frontiste, du type délai de carence pour les soins aux étrangers et suppression pure et simple de l’AME…

Les jeunes et les femmes plus à gauche

Les jeunes généralistes seraient-ils un peu plus à gauche que leurs aînés ? Le détail des résultats de notre sondage Stethos inclinerait presque à le penser. Ainsi, chez les plus de 50 ans, François Fillon dépasse-t-il les 50 % d’intentions de vote. À l’inverse, Emmanuel Macron fait ses plus mauvais scores chez les plus de 61 ans et les meilleurs chez les moins de 40 ans.

Moins à droite Autre raison de penser que les jeunes sont un peu moins à droite : le vote des femmes généralistes, d’âge moyen, moins élevé que dans l’ensemble de la profession. Elles se distinguent d’abord de leurs confrères masculins par une propension à un peu moins voter pour les deux candidats placés en tête chez les généralistes. Et par une plus nette défiance envers la seule candidate de cette présidentielle : Marine Le Pen n’est en effet choisie que par 3,5 % des femmes généralistes. En revanche, ces dernières sont plus nombreuses que les hommes à opter pour un choix franchement de gauche (9,4 % vs 3 % pour Mélenchon, 11,6 % vs 1,1 % pour Hamon). Commme l’observe Henri Farina, de Stethos, « si l’on additionne Hamon, Mélenchon et les deux candidats d’extrême gauche, ces candidatures font 4,5 % chez les hommes, mais 20,2 % chez les femmes. C’est une différence énorme ! » Dans les choix des généralistes, la géographie entre aussi en ligne de compte. Ainsi, les Franciliens placent-ils Macron devant Fillon, à l’inverse des provinciaux.

Les extrêmes ne font pas recette

À la gauche de la gauche, on fait cependant encore moins bien que la présidente du FN. Benoît Hamon paie un positionnement en lisière du PS, qui ne plaît pas : il est crédité chez les généralistes de seulement 4,3 %. Un vrai désastre, alors que, bon an mal an, le PS parvenait à séduire un petit quart de la profession. Effet de siphon au profit d’Emmanuel Macron ? Peut-être. Sanction à l’égard d’un programme qui se fait fort de conforter le TPG ? Probable. Méfiance à l’égard d’un candidat qui a longtemps confessé un faible pour le conventionnement sélectif ? On ne peut pas l’exclure… Le socialiste se consolera en remarquant que le « taulier » de France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ne fait guère mieux (5 %). Et c’est pour ne rien dire des scores archiconfidentiels de l’extrême gauche !

Des choix plus éclatés aux législatives

Pour les généralistes, les législatives de juin se présenteraient dans la droite ligne de leur choix à la présidentielle. Enfin, presque. Auprès d’eux, Fillon transformerait l’essai puisqu’ils sont encore davantage (48 %) à avoir l’intention de voter pour un candidat présenté par Les Républicains, auxquels il faut ajouter environ 4 % d’électeurs centristes de l’UDI. Pour Macron, le scénario est plus difficile, car le mouvement En Marche reste encore, pour beaucoup d’électeurs, un objet politique non identifié, et peu sont capables de mettre un nom ou un visage sur le candidat de ce nouveau parti dans leur circonscription. Seul un petit cinquième des généralistes se dit néanmoins prêt à sauter le pas. Auxquels, il faudrait sans doute ajouter les 4 % tentés par le Modem. En revanche – c’est la prime aux sortants –, le PS reprendrait (un peu) de couleurs : près de 7 % des généralistes se porteraient sur le parti de la rose. Et les Verts qui se sont effacés lors de la présidentielle retrouvent 6 % des suffrages généralistes. L’un dans l’autre, tout cela fait quand même une nette majorité pour la droite. Les médecins généralistes constituant, au final, un électorat plutôt modéré, plutôt de droite, mais pas si homogène…