Médecins et professionnels de santé

Le Quotidien du médecin - Inefficaces, dangereuses, pas éthiques : des praticiens s’attaquent aux « fake médecines », réplique immédiate des homéopathes

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Elsa Bellanger| 19.03.2018

Une centaine de médecins ont signé ce lundi une tribune en forme de diatribe contre les « pratiques ésotériques » et les thérapies dites « alternatives », accusées de promesses fantaisistes, d’efficacité non prouvée et même de dangerosité.

Publié dans le « Figaro », cet appel s’accompagne de la création du site internet fake médecine expliquant la démarche. Dès lundi, quelque 600 médecins, soignants (souvent sous pseudo) ou patients y avaient déjà paraphé la tribune en ligne dont le généraliste écrivain Christian Lehmann, le Dr Matthieu Calafiore (Syndicat national des enseignants de médecine générale, SNEMG) ou des praticiens blogueurs…

Pêle-mêle, les signataires dénoncent des pratiques « basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse », de « fausses thérapies à l’efficacité illusoire », voire « irrationnelles et dangereuses », mais aussi « coûteuses pour les finances publiques ».

Dans leur viseur ? L’homéopathie en premier lieu (citée à plusieurs reprises) mais aussi, très explicitement, l’acupuncture et la mésothérapie, pratiques reconnues par l’Ordre – elles peuvent faire l’objet de titres et de mentions autorisés sur les plaques et les ordonnances.

Les auteurs demandent à l’Ordre des médecins d’exprimer une position claire contre ces thérapies alternatives et complémentaires et de veiller à ce que les médecins ou professionnels de santé « n’utilisent pas leur titre pour promouvoir des pratiques dont la science n’a jamais prouvé l’utilité, voire qui présentent une certaine dangerosité ».

Tout y passe, pour les signataires : les diplômes (homéopathie, mésothérapie, acupuncture) qu’il ne faudrait plus reconnaître comme des diplômes ou qualifications médicales mais aussi les soins, médicaments ou traitements associés qu’il ne faudrait plus rembourser par les cotisations sociales.

Une affaire de santé publique

La mobilisation de ces premiers signataires repose sur une forme d’exaspération. « On assiste à une recrudescence de propos anti-science, anti-vaccination ou anti-médecine, qui reçoivent un écho favorable dans la presse grand public », se désole le Dr Jérémy Descoux (dit Asclépios sur Twitter), cardiologue libéral à Perpignan et signataire de la tribune. « On perd ensuite du temps en consultation à convaincre nos patients de l’inefficacité de ces thérapies. Et cela a des conséquences sur la santé publique : pensez à la rougeole ! ».

La montée en puissance des médecines alternatives à l’hôpital est une autre source d’agacement. « Aux Hospices Civils de Lyon par exemple, des consultations de sages-femmes proposent de l’homéopathie et se substituent à la médecine classique. Les patients sont éloignés de la médecine traditionnelle sans être informés des conséquences » regrette @qffwffq, médecin et auteur du blog « et un peu de neurologie ».

Les précautions de l’Ordre

Joint par « le Quotidien », l’Ordre rappelle qu’il reconnaît officiellement quatre médecines alternatives et complémentaires : l’homéopathie, l’acupuncture, la mésothérapie et la médecine manuelle ostéopathie. « Si, pour exercer les trois dernières, un médecin doit suivre un DIU qui peut donner droit au titre (et donc à l’apposition de la spécialité sur la plaque du médecin), l’homéopathie est considérée comme une simple orientation d’activité – tout médecin peut donc l’exercer », explique-t-on au CNOM.

Mais cet exercice doit se « faire avec discernement, et l’homéopathie ne saurait en aucun cas remplacer la médecine », insiste l’Ordre. Il souligne que plusieurs médecins ayant fait usage de l’homéopathie en lieu et place de traitements conventionnels ont été « sévèrement sanctionnés » par les chambres disciplinaires, au titre de l’obligation pour un médecin d’assurer « au patient des soins consciencieux, dévoués et fondés sur les données acquises de la science » (article 32 du code de déontologie) et de celle d’apporter « une information loyale, claire et appropriée sur son état, les investigations et les soins qu’il lui propose » (article 35).

Pour les homéopathes, la pilule ne passe pas

Le Syndicat national des médecins homéopathes de France (SNMHF) assure ce lundi, dans un communiqué intitulé « La médecine a besoin de tous les médecins », que les homéopathes sont « tout aussi compétents en matière de diagnostic et de prescription médicale, aussi bienveillants envers leurs patients et aussi conscients des limites de leur exercice » que leurs confrères signataires. « Pourquoi notre pratique dérange-t-elle aussi fortement ceux qui veulent lui dénier toute valeur, voire dénoncer sa "dangerosité", jusqu’à exiger que les médecins et professionnels de santé qui l’utilisent ne puissent plus faire état de leur titre professionnel ? », interroge le syndicat des homéopathes.

Contacté par « le Quotidien », son président, le Dr Charles Bentz, dénonce un « argumentaire violent, à la limite du diffamatoire ». « Nous sommes des médecins avant tout. Nous ne trompons pas nos patients ! » martèle-t-il, revendiquant la satisfaction de millions de patients en France, les économies réalisées par la collectivité et l’absence de risques.

L’homéopathie rend service, juge le SML

« L’homéopathie est faite par des médecins, capables de poser des diagnostics, au même titre que les confrères signataires. Ils n’embarquent par leurs patients sur des pistes de traitement qui ne sont pas pertinentes », juge de son côté le Dr Philippe Vermesch, stomatologue et président du Syndicat des médecins libéraux (SML), centrale bien implantée chez les médecins à expertise particulière (MEP). « L’homéopathie rend service, beaucoup de patients se sentent soulagés. La question est celle du bien-être. Le but de la médecine est-il de prescrire des traitements prouvés scientifiquement ou de soulager les patients ? »

Née sur Twitter, la démarche devrait relancer durablement la polémique sur l’efficacité des médecines dites alternatives. « Nous avons été contactés par des professionnels de santé – infirmiers, sages-femmes…– favorables à notre démarche, ils peuvent la soutenir », souligne le Dr Descoux.

Ces praticiens mobilisés contre la montée des « fake médecines » exhortent l’Ordre à sortir de son silence. « On veut forcer l’Ordre à prendre position, résume le cardiologue. S’il poursuit sa reconnaissance de l’homéopathie, nous ne pourrons plus nous y reconnaître ».