Complementaires santé

Le Quotidien du médecin - Tarifs, frais de gestion, opacité : « Que choisir » cible les « dérives » des complémentaires

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

Martin Dumas Primbault
| 12.06.2018

Depuis 2006, les cotisations moyennes aux complémentaires ont bondi de 47 %, passant de 468 euros par personne et par an à 688 euros en 2017, a dénoncé ce mardi l’UFC-Que choisir dans une étude qui s’attache à pointer les « dérives » du secteur.

Sans remettre en cause le rôle majeur des complémentaires dans l’accès aux soins, l’association de consommateurs dénonce à la fois un marché « peu lisible » et une « flambée » des frais de gestion jugée peu justifiée.

Cette charge intervient à la veille des annonces du président de la République sur la réforme du reste à charge zéro et le jour même d’une réunion sur la lisibilité des offres des complémentaires entre le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) et l’Union nationale des complémentaires (UNOCAM).

Difficile de comparer

Le manque de transparence des contrats complémentaires santé est la première critique. Au total, rappelle l’association, le marché des cotisations représente plus 40 milliards d’euros, une somme considérable dont la compréhension et l’utilisation échappe largement aux usagers.

Un sondage IFOP commandé par l’UFC montre ainsi que 37 % d’entre eux jugent les garanties difficiles à lire. Un assuré sur deux assure ne pas savoir à l’avance quel montant lui sera remboursé pour des soins importants non récurrents. Cette forme d’opacité « empêche largement la comparaison », regrette l’UFC. Et peut même conduire à des refus de soins ou à un endettement inattendu.

Cette situation est d’autant plus incompréhensible que l’UNOCAM avait signé en 2010 une déclaration portant engagement de bonnes pratiques « sur la lisibilité des garanties de complémentaire santé ». Huit ans plus tard, Daniel Bideau, référent santé de l’association, rappelle les OCAM à leurs engagements. Selon l’UFC en effet, aucun organisme ne respecte intégralement le glossaire prévu pour faciliter la compréhension des contrats. Et près de trois quarts des complémentaires continuent à ne pas distinguer les remboursements de la Sécu et les leurs.

L’étude met notamment en lumière le manque de clarté dans les taux de remboursements affichés. Pour plus de la moitié des organismes, aucune référence n’indique à quoi se rapportent les pourcentages inscrits dans le tableau de garanties.

Dans ce contexte, l’association invoque un « devoir de loyauté » à l’égard des usagers et dénonce une concurrence faussée par la complexité des contrats.

Des contraintes réglementaires qui n’expliquent pas tout

L’autre « dérive » dénoncée porte sur l’« explosion » des frais de gestion, qui pèsent pour 21,5 % environ des cotisations dans les contrats individuels. Depuis 2010, ces frais ont progressé de 30 % (contre seulement 15 % pour les prestations remboursées aux assurés sur la même période), disparité que les OCAM justifient principalement par le poids des contraintes réglementaires. Un argument que Mathieu Escot, responsable des études à l’UFC-Que choisir, rejette en bloc. « Seulement 15 % de la hausse des frais de gestion est liée aux contraintes, et cela n’explique en rien les grandes campagnes de publicité dispendieuses. »

Au total, ces frais représentent 7,2 milliards d’euros de dépenses en 2016 dont 2,8 milliards d’euros en frais d’acquisition de clients (publicité, marketing).

Alors qu’un arrêté de 2012 oblige à communiquer explicitement chaque année le niveau des frais de gestion, la transparence ne serait pas toujours au rendez-vous. Sur 127 contrats analysés, seuls 57 % affichent cette information sur la même page que la cotisation. Et sur 16 % des contrats, l’information n’apparaît pas du tout.

Liste standardisée

Sur ces bases, Alain Bazot, président de l’UFC-Que choisir, alerte sur les « graves dysfonctionnements d’un marché malsain » et regrette « la passivité des pouvoirs publics ».

Il réclame la standardisation de l’affichage des remboursements (en euros) prévue par la loi Hamon de 2014, ainsi que la publication annuelle d’un indicateur de performance propre à chaque OCAM. Celui-ci, en mettant en avant le taux de redistribution des complémentaires (part des cotisations revenant aux assurés sous forme de prestations), faciliterait la lecture et mettrait fin à une « agitation marketing qui n’a rien de concurrentielle ».