Parti Socialiste

Le Quotidien du médecin - Valls et la santé : une histoire compliquée

il y a 1 semaine, par Info santé sécu social

Depuis sa nomination le 31 mars 2014, jusqu’à sa démission ce mardi 6 décembre pour cause de candidature à la présidence de la République (il est remplacé à Matignon par Bernard Cazeneuve), Manuel Valls se sera coltiné quelques épineux dossiers de santé, affichant notamment un soutien appuyé à Marisol Touraine dans son combat pour la loi de santé et le tiers payant généralisé.

Le président de la République avait fixé un cap ambitieux de réduction des dépenses publiques : 50 milliards d’euros d’économies d’ici à 2017 dont 20 % (10 milliards) sur la seule assurance-maladie. Au menu de la prescription élyséenne, lutte contre la fraude sociale et les actes médicaux redondants ou encore baisse de la consommation de médicaments, un « record » français, selon François Hollande.

Restructurations, baisses de prix

Manuel Valls va mettre en musique cette partition plutôt austère, la traduisant dans les lois de financement de la Sécurité sociale (LFSS) successives et imprimant à l’assurance-maladie un régulier tour de vis (3 milliards d’euros d’économies supplémentaires par an). Virage ambulatoire pour la chirurgie, recomposition de l’offre de soins hospitalière, baisses de prix des médicaments feront partie des recettes privilégiées par l’exécutif.

Le Premier ministre va se mettre à dos les laboratoires pharmaceutiques. Déjà exaspérés par les mesures de redressement des précédents PLFSS, ces 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires seront la goutte d’eau de trop pour les industriels. Ils claquent la porte du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS, sous l’égide de Matignon) et de son comité stratégique de filière. Manuel Valls mettra presque un an à renouer le fil du dialogue.

Dès 2015, c’est le projet de loi de santé qui lui donne du fil à retordre. L’opposition massive des libéraux au texte en général (jugé bureaucratique) et à sa disposition phare, le tiers payant généralisé, le contraint à mouiller sa chemise.

Le 10 mars, à quelques jours de la très grande manifestation des syndicats de professionnels de santé libéraux – et alors qu’une réunion d’un groupe de travail sur le tiers payant est boycottée par la CSMF et MG France –, le Premier ministre tente de reprendre la main en annonçant la prochaine tenue d’une grande conférence de la santé (sur des sujets moins explosifs comme la formation, la protection sociale ou l’évolution des métiers).

La grande conférence boycottée

Visitant ce même jour, avec la ministre de la Santé un centre médical parisien, il apporte à Marisol Touraine un soutien politique appuyé. « Les Français aiment leur médecin, concède-t-il, mais ils plébiscitent le tiers payant ». Les syndicats de praticiens libéraux qui espéraient encore, sans trop y croire, que Manuel Valls supprime cette disposition si décriée en seront pour leurs frais, et boycotteront (à la quasi-unanimité) purement et simplement la grande conférence. Le Premier ministre jouera alors la carte de la jeune génération pour tracer de nouvelles perspectives.

Le Premier ministre ne désarme pas, travaillant à la préparation de cette conférence avec les syndicats étudiants et hospitaliers, qui restent favorables à sa tenue. En avril 2015, il reçoit à Matignon les cinq syndicats de PH, une première, pour parler de sa grande conférence, et de l’attractivité des carrières médicales. Le même mois, alors que le projet de loi de santé entame son marathon parlementaire, il réaffirme son soutien à sa ministre : « Je dis avec la plus grande clarté mon soutien total et absolu à une ministre courageuse qui combat pour un texte utile pour les Français », lance-t-il depuis la tribune de l’assemblée.

Devant l’Ordre

Le 29 octobre 2015, le Premier ministre est l’invité du deuxième congrès de l’Ordre des médecins. Poliment écouté par les ordinaux, il réaffirme sa volonté de mettre en place le tiers payant et rappelle que jamais son gouvernement n’a brandi la menace de la coercition à l’installation.

La santé l’aura poursuivi jusqu’au bout. Lors de l’annonce de sa candidature, il a fixé un cap : « je ne veux pas de déremboursements massifs de médicaments, a-t-il plaidé, je ne veux pas qu’on casse l’hôpital et la Sécurité sociale ».