Revenu de base - Salaire universel

Le blog des économistes attérés - Revenu pour tous, emploi pour tous, quels projets de société ?

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

L’idée d’un revenu pour tous inspire experts et politiques de tous bords, qui peuvent y voir une façon d’aménager un déclin de l’emploi (désiré ou conçu comme inexorable). A l’inverse, l’idée d’un droit à l’emploi pour tous, au cœur de l’expérimentation "territoires zéro chômeurs de longue durée", affirme l’emploi comme un vecteur d’intégration.

Que penser des propositions en faveur d’un revenu pour tous ?

Pour les partisans d’un revenu universel et inconditionnel, il faudrait réformer la solidarité en donnant un revenu d’existence aux riches comme aux pauvres. Cette proposition prend des formes divergentes. D’un côté elle s’articule à un projet néolibéral de verser à chacun un petit revenu (du niveau du RSA pour une personne seule) à même de compléter des revenus d’activité sur un marché du travail dérégulé. C’est notamment le projet défendu par Marc de Basquiat et Gaspard Koenig dans un ouvrage de 2015 intitulé Liber, un revenu de liberté pour tous. De l’autre, on a des projets « de gauche », comme celui défendu par Baptiste Mylondo dans son ouvrage de 2010 Un revenu pour tous ! Précis d’utopie réaliste. Il s’agit de verser à chacun un revenu suffisant (plus de 1000 euros) pour vivre sans travailler et être en mesure de refuser les mauvais emplois, d’échapper à l’exploitation et à l’aliénation. Relayées notamment par le site internet et les ouvrages du Mouvement français pour un revenu de base, ces propositions contribuent à inspirer des projets d’expérimentation en France (Plaine- Saint-Denis, conseil départemental de Gironde, etc.) et ont fait leur entrée dans les programmes de plusieurs candidats à l’élection présidentielle.

En quoi consistent les propositions pour un revenu de base et sont-elles porteuses de progrès ? Sonnent-elles le glas de la société salariale et de l’emploi tel que nous le connaissons ? Comment rendre corps au principe constitutionnel affirmant un devoir de solidarité envers ceux à qui la société ne peut fournir d’emploi ?

Peut-on assurer un emploi à tous ?

En adoptant une autre perspective, les tenants du droit à l’emploi considèrent que la solidarité est indissociable de l’accès à l’emploi et que réformer la solidarité ne peut se faire en renonçant à l’emploi. Cette idée est notamment soutenue par les Economistes atterrés (et d’autres) qui défendent des politiques de plein-emploi, passant par la réduction du temps de travail et par un État qui se ferait « employeur en dernier ressort » tout en répondant aux besoins sociaux (éducation, santé, etc.) et environnementaux (transition écologique). Elle est aussi défendue par des acteurs de terrain, tels ATD quart monde, qui a porté un projet d’expérimentation intitulé « territoires zéro chômeurs de longue durée » et inscrit dans la loi (n° 2016-231 du 29 février 2016 d’expérimentation territoriale visant à résorber le chômage de longue durée). Il s’agit, en réorientant des dépenses liées au chômage et en mobilisant les collectivités territoriales, de créer des emplois au Smic et en CDI répondant aux compétences et aspirations des chômeurs de longue durée, dans des « entreprises à but d’emploi » (EBE) de l’économie sociale et solidaire.