Les deserts médicaux

Le généraliste - C’est officiel, l’Ile-de-France est vraiment un désert médical selon le nouveau zonage de l’ARS

il y a 3 mois, par Info santé sécu social

Amandine Le Blanc 08.03.2018

Le ministère de la Santé avait défini les nouvelles règles du zonage permettant de définir les territoires où les médecins peuvent bénéficier des aides à l’installation. Les ARS ont commencé à fixer les nouvelles zones prioritaires. C’est désormais chose faite en Ile-de-France. Avec le Centre-Val-de-Loire, la région francilienne disposera du plus fort pourcentage de zones prioritaires. Selon la nouvelle carte établie par l’agence régionale de santé, plus de 9,1 millions de Franciliens, soit 76 % de la population, résident désormais dans des territoires éligibles aux aides à l’installation et au maintien des médecins. Soit 2,5 fois plus qu’auparavant.

Deux types de zones

Pour être précis, plus de 4,4 millions d’habitants, soit 37 % de la population francilienne se trouvent en zones d’intervention prioritaire (ZIP) et 4,7 millions d’habitants, soit 39 % de la population du département vivent dans une zone d’action complémentaire (ZAC). Les généralistes en zone d’intervention prioritaire seront éligibles à la fois aux aides de l’Assurance maladie, c’est-à-dire tous les contrats conventionnels d’aide à l’installation (50 000 euros pour démarrer en zone déficitaire dans le cadre du CAIM, les avantages du contrat de transition COTRAM...) mais aussi aux aides de l’État (bourses pour les étudiants, contrats de praticien territorial en médecine générale ou de remplacement). Dans les zones d’action complémentaire, les généralistes seront éligibles uniquement aux aides de l’État.

Avec le nouveau zonage, les 18e et 19e arrondissements parisiens se trouvent en zone d’intervention prioritaire. Plusieurs villes des Hauts-de-Seine, comme Malakoff, Bagneux ou Clamart sont aussi concernées, idem en Seine-Saint-Denis (Le Blanc-Mesnil, Bobigny, Aubervilliers, Saint-Denis etc.) ou dans le Val-de-Marne (Villejuif, Le Kremlin-Bicêtre, Orly...). Une très grande majorité des villes de Seine-et-Marne, des Yvelines, du Val d’Oise et du sud de l’Essonne deviennent aussi des zones prioritaires.

À quelques exceptions près, quasiment tout le reste du département est en zone d’action complémentaire, même si l’absence des arrondissements parisiens (sauf le 13e, 14e et 20e) est à noter.

Dans les territoires concernés, les généralistes considèrent que ce nouveau zonage rectifie des situations parfois catastrophiques. Le Dr Patricia Lefebure, qui a exercé jusqu’à fin 2004 près de Versailles, a choisi Limay dans les Yvelines. À l’époque, la ville n’était pas en zone prioritaire. La règle limitant à 7 % les territoires en zone prioritaire, Limay avait été retiré des ZIP pour un autre bassin de vie où la situation s’était dégradée. La ville des Yvelines compte désormais l’équivalent de six généralistes à temps plein pour un bassin de vie de 20 000 habitants et la généraliste juge la situation du département « catastrophique ». « Il n’y a aucun spécialiste, sur tout le Mantois, ce qui représente environ 70 000 habitants, il doit rester deux pédiatres et deux gynécos », explique le Dr Lefebure.

À une rue près, des situations différentes

Sur Paris et en petite couronne, les généralistes des nouvelles zones prioritaires sont aussi satisfaits, même si certains arbitrages les laissent parfois dubitatifs. « Un nouveau zonage était nécessaire, souligne le Dr Jean-Paul Hamon, président de la FMF. À Clamart, où j’exerce, nous venons de perdre récemment deux médecins et la moyenne d’âge est assez élevée. Vanves, à côté, en a perdu quatre ces dernières années et Meudon neuf praticiens en quatre ans ». Pourtant Meudon et Vanves ne sont pas en ZIP mais en ZAC.

Le Dr Mickaël Riahi, généraliste dans le 19e arrondissement de Paris, nouvelle ZIP, est également surpris : « Honnêtement, ça n’a pas trop de sens de ne pas avoir mis tout le nord-est parisien en zone prioritaire », estime-t-il. Hormis le 18e et le 19e , seules quelques rues du 20e, du 13e et du 14e le sont. « Dans le 19e, nous avons très peu d’installations depuis dix ans, mais finalement c’est un peu le cas pour tout Paris », précise le Dr Riahi.

Un problème foncier irrésolu

En Ile-de-France, les aides conventionnelles et nationales seront donc disponibles pour davantage de médecins. « Le nouveau zonage multiplie par 5,2 (de 7 % à 37 %) la population des territoires dans lesquels les médecins, et notamment les généralistes, peuvent bénéficier d’aides de l’Assurance maladie et par 2,5 (de 30 % à 76 %), la population des territoires dans lesquels les médecins, peuvent bénéficier d’aides de l’État », précise l’ARS. Il s’agit d’une bonne nouvelle, notamment pour les jeunes généralistes, même si le contexte parisien pose d’autres problèmes. « Dans les Yvelines, nous recevons souvent des internes venus de loin et il faut leur apporter une aide financière pour se loger car ils sont trop loin de Paris pour faire l’aller-retour », estime le Dr Lefebure. Le prix de l’immobilier en région parisienne demeure aussi l’un des premiers obstacles à l’installation des médecins ou à la construction de maisons de santé.