Amerique du Nord

Le quotidien du médecin - Au Québec, des médecins spécialistes disent non à une hausse de leur rémunération

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Elsa Bellanger
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Près de 250 médecins québécois réclament, dans une lettre ouverte, l’annulation de la hausse de leurs rémunérations, octroyée par le ministère de la Santé après négociations avec leurs représentants syndicaux. Montant de l’enveloppe jetée aux orties : près de 500 millions de dollars, soit 410 millions d’euros.

Négocié pendant deux mois entre la Fédérations médicale de spécialistes (FMSQ) et le gouvernement québécois, ce gros coup de pouce doit être distribué aux 10 000 médecins spécialistes de la province le 31 mars prochain. Cette négociation fait suite à une première entente, signée en 2008 entre le Dr Gaétan Barrette, président de la FMSQ à l’époque et actuel ministre de la Santé, et le Dr Philippe Couillard, ministre de la Santé à l’époque et actuel Premier ministre.

L’enjeu était alors de compenser les écarts de rémunération entre les spécialistes québécois et ceux des autres provinces canadiennes. Les augmentations actuelles, dont le montant n’avait pas été précisé dans un premier temps, s’ajoutent ainsi à celles introduites par cette première entente et suscitent l’indignation.

Des augmentations jugées « choquantes » dans un contexte d’austérité

Dans sa lettre ouverte mise en ligne le 25 février, le groupe Médecins québécois pour le régime public (MQRP), estime que « ces augmentations sont d’autant plus choquantes que nos collègues infirmières et infirmiers, préposés, commis et autres professionnels subissent des conditions de travail très difficiles tandis que nos patients vivent avec le manque d’accès aux services requis à cause des coupures draconiennes des dernières années ». Selon ces praticiens, « la seule chose qui semble être immune aux coupes est notre rémunération ».

L’annonce de ces augmentations intervient dans un contexte « d’austérité budgétaire mise en place par le gouvernement avec des coupes importantes dans le réseau de santé » explique au « Quotidien » le Dr Eric Tremblay, vice-président du groupe MQRP. Ces coupes entraînent « une dégradation du service apporté aux patients et des conditions de travail des professionnels de santé, y compris des médecins ». Cette dégradation des conditions de travail a d’ailleurs été dénoncée par les infirmiers et infirmières la semaine dernière. En parallèle, poursuit le Dr Tremblay, « la rémunération des spécialistes n’a cessé d’augmenter depuis deux ans. La rémunération des médecins atteint ainsi de 18 à 20 % du budget du ministère de la Santé ». Pour les signataires de la lettre ouverte, « il y a un moyen de redistribuer les ressources du système de santé québécois pour promouvoir la santé de la population et répondre aux besoins des patients sans pousser les travailleurs au bout du rouleau ».

Contre le "Doctor Bashing"

De son côté, le comité exécutif de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ), qui dit représenter 4 200 étudiants, rappelle que « les étudiants de la province n’ont pas à avoir honte de la profession qu’ils ont choisie ». L’organisation précise également qu’ils « ne sont pas là pour compter les billets, mais bien pour se donner corps et âme à leur vocation : soigner ». Pour son président, Samuel Bergeron, qui dénonce un « doctor bashing » depuis l’émergence de la polémique, il est temps d’entamer, sur ce sujet complexe, « un débat ouvert et respectueux » avec l’ensemble des acteurs concernés.

Face aux réactions, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a qualifié les signataires de « minorité », invitant les médecins à s’entendre entre eux