Médecins et professionnels de santé libéraux

Le quotidien du médecin - Bergerac ouvre un centre de santé et tente d’apaiser les médecins libéraux agacés

il y a 2 mois, par Info santé sécu social

Est-ce la fin de la pénurie médicale à Bergerac ? En 2016, le départ de plusieurs médecins généralistes libéraux a placé les professionnels sous forte tension et les patients dans le désarroi. 2017 augure des jours meilleurs avec l’ouverture, le 15 février, d’un centre municipal de santé où trois médecins salariés viennent de prendre leurs quartiers.

La mairie de Bergerac a voté cette décision le 28 avril dernier. « Nous avons fait ce choix pour pallier notre problème de démographie médicale, à la suite de l’alerte donnée par les médecins libéraux, explique Valérie Latarche-Bertrand, responsable du service santé de cette ville de Dordogne de 28 000 habitants. 2 000 à 3 000 habitants allaient se retrouver sans médecin traitant, les prévisions étaient alarmantes. »

Trois médecins espagnol, roumain et français pris d’assaut

La structure municipale est prévue pour quatre médecins. Mercredi, les Drs Carmen Rodriguez de Bordons, Nicolas Livui Vasilescu et Benoît Hartog ont été « pris d’assaut » par les patients, relate Valérie Latarche-Bertrand, tout comme « France Bleu Périgord ». La première est espagnole, le deuxième roumain et le dernier français. Les deux premiers ont déjà exercé la médecine générale et n’ont « aucun souci » dans leur compréhension du français et dans la communication avec les patients, précise l’employée municipale. Le Dr Hartog est jeune diplômé de la faculté de Bordeaux.

En CDD de trois ans, renouvelable une fois avant titularisation, les trois médecins travaillent 35 heures par semaine (un à mi-temps), du lundi au vendredi de 8 h 30 à 12 h 30 et de 14 heures à 19 heures ainsi que le samedi de 8 h 30 à 12 h 30. Leur salaire exact, que la mairie préfère passer sous silence, équivaut à celui d’un praticien hospitalier en début de carrière. Aucun avantage locatif ou complément de salaire ne vient augmenter leur paye mensuelle. « Ces trois médecins sont inscrits au tableau de garde, précise encore la responsable de la mairie. Ils proposent une offre de soins complémentaire et non concurrente de celle des médecins de ville. » Valérie Latarche-Bertrand sait qu’en soutenant une médecine salariée, la mairie est « attendue au tournant » par les libéraux du cru. Elle démine, apaise, consciente des « tensions exacerbées » entre la ville et la communauté médicale depuis la création de ce centre de santé.

Dispensaire du XXe siècle

« Il faut appeler un chat un chat, un anévrisme un anévrisme et un dispensaire un dispensaire. Cette structure, c’est tout ce que c’est. Un bon exemple de la médecine du XXe siècle. » Le Dr Benoît Blanc ne cache pas son agacement à l’idée de travailler aux côtés de confrères salariés. Le responsable du pôle de santé de la ville, généraliste installé depuis treize ans et secrétaire départemental du SML, a des éléments de langage bien rodés pour signifier son opposition à la politique de la ville. « La décision de la mairie est un très mauvais signal à trois niveaux. Elle met à mal l’avenir de la médecine libérale, celui de la commune et participe même à la chute de la démographie médicale en Roumanie », assène-t-il.

Le médecin n’apprécie guère que le Dr Rodriguez de Bordons ait été « captée » par la municipalité alors qu’elle exerçait auparavant en libéral dans le nord du département. « Ce n’est pas très sport », assure-t-il. Selon lui, outre le « non-respect du code de déontologie » (pour cause de médiatisation), l’ouverture du centre de Bergerac est une « fausse bonne idée », « un bien immédiat pour les patients pour un mal à long terme » pour la médecine. Le Dr Blanc estime aussi que la mairie a coupé l’herbe sous le pied de la médecine libérale, en train de recruter à l’automne, et ce dans un contexte « pas si catastrophique que ça et qui ne méritait pas une telle surenchère politique ». « Ce qui est sûr, conclut-il, c’est qu’aucun médecin ne risque désormais de s’installer dans une ville où il existe un dispensaire. Reste à savoir combien de temps une telle structure va tenir. Il n’y a pas de raison qu’un centre réussisse à être rentable à Bergerac là ou ça échoue systématiquement ailleurs. »