Luttes et mobilisations

Le quotidien du médecin - Chahutée, encadrée de CRS, la sortie mouvementée d’Agnès Buzyn à Nevers

il y a 4 mois, par Info santé sécu social

Elsa Bellanger
| 01.03.2018

C’est dans un contexte tout à fait inhabituel pour elle que la ministre de la Santé est arrivée ce jeudi à Nevers, où elle assistait aux premiers états généraux de la santé dans la Nièvre.

Accueillie sous les huées d’une centaine de manifestants encadrés par des CRS, Agnès Buzyn, a dit « entendre » les inquiétudes, « connaître les difficultés d’accès aux soins qui ne concernent pas que les ruraux », mais aussi « voir les angoisses » face à un « système qui globalement périclite et ne répond plus aux besoins des territoires ».

Des élus inquiets

Sur place, la locataire de Ségur était très attendue par quelques dizaines d’élus, inquiets de la possibilité de fermeture des urgences nocturnes de l’hôpital de Clamecy, une localité voisine. 70 d’entre eux ont été jusqu’à remettre leur démission en sous-préfecture, la semaine dernière, pour s’opposer à ce projet dans un territoire déjà en déficit de professionnels de santé.

Dans la Nièvre, les effectifs en médecine générale, tous modes d’exercice confondus (libéraux, salariés ou mixtes), ont par exemple baissé de 24,9 % entre 2007 et 2016 avec une densité pour 100 000 habitants (101,5) très inférieure à la densité nationale (130,9). « Nous vivons deux ans de moins dans la Nièvre que dans le reste de la région » a rappelé Alain Lassus, président du conseil départemental de la Nièvre. « Nous connaissons plus de cancers, plus de suicides, plus d’alcoolisme, et pourtant, nous avons moins de médecins. »

On n’aura pas « un médecin dans chaque village »

Face aux élus qui réclamaient un moratoire sur la fermeture des urgences nocturnes, Agnès Buzyn a rappelé le manque d’urgentistes « pour faire tourner le service ». Selon la ministre, la problématique est celle de « l’équilibre entre proximité et qualité des soins » : « le recours à des intérimaires, des médecins mercenaires, ne peut pas être une solution pérenne » a-t-elle affirmé.

Elle s’est dite consciente de la « situation grave et ancienne de pénurie » dont elle hérite, mais s’est refusée à promettre « que l’on aura un médecin dans chaque village ». En revanche, Agnès Buzyn a repris certaines des propositions avancées par les participants à ces états généraux comme la possibilité d’orienter les internes du CHU de Clermont-Ferrand vers Nevers pour favoriser la découverte du territoire et l’installation de nouveaux médecins.

Elle a par ailleurs rappelé sa « confiance » dans la capacité des acteurs à s’emparer des opportunités offertes par le fonds pour l’innovation organisationnelle (créé dans le budget de la Sécu 2018). « Votre territoire a toujours été un territoire d’initiatives. Preuve de son dynamisme, c’est ici qu’a été créée la première maison de santé pluriprofessionnelle, mais aussi la première maison de spécialistes » a souligné la ministre qui s’est dite à l’écoute des « revendications immédiates », mais aussi du « besoin de restructuration en profondeur ».