Amerique du Nord

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il y a 1 mois, par infosecusanté

Investiture de Trump : la fin de l’obamacare privera de soins 14,6 millions d’Américains, préviennent des experts dans le « JAMA »

Damien Coulomb

20.01.2017

Le jour même de l’investiture de Donald Trump, 45e président des États Unis, trois experts américains en santé publique font état, dans une lettre publiée dans le « JAMA Internal Medicine » de leurs craintes concernant les conséquences de la fin probable de l’Afordable Care Act (ACA), aussi surnommé « Obamacare ». Le nouvel occupant de la Maison Blanche n’a en effet jamais caché son hostilité à la réforme menée par son prédécesseur.

Réforme phare des deux mandats de Barack Obama, l’ACA devait garantir une couverture santé à 32 millions d’Américains. Sa mise en place est cependant critiquée, la mesure reste en deçà des promesses du candidat qui annonçait la mise en place d’un régime public universel et d’une assurance publique. Les Pr Pinar Karaca-Mandic (école de santé publique de l’université du Minnesota), Anupam Jena (école médicale de Harvard) et le Dr Joseph Ross (Ecole de santé publique de l’université de Yale), rappellent dans leur lettre qu’environ 20 millions d’Américains ont pu acquérir une assurance santé grâce à l’ACA.

Des bénéficiaires en grande difficulté

Selon leurs calculs, au milieu de l’année 2016, 10,4 millions d’adultes américains bénéficiaient d’une assurance santé privée, dont 84 % avaient un revenu inférieur à 4 fois celui défini par le seuil de pauvreté fédéral, soit moins de 44 000 euros par an pour une personne seule. Ils ont donc bénéficié du crédit d’impôt prévu dans la loi. Les projections prévoient que ce chiffre sera de 13,8 millions d’ici la fin de 2017 si la loi n’est pas modifiée. L’assurance santé d’État (State Medicaid) couvre quant à elle les Américains adultes les plus en difficulté, avec un revenu inférieur à 138 % du seuil de pauvreté, soit 14,6 millions de bénéficiaires.

Avant la mise en place de l’ACA, plusieurs États américains disposaient déjà d’une aide médicale réservée aux personnes dont les revenus se situaient en dessus d’un seuil variant d’un état à l’autre, mais généralement situé autour de 61 % du seuil de pauvreté.

Les auteurs ont souhaité caractériser les personnes qui risquent d’être dépourvues d’assurance santé. Ils se sont pour cela basés sur une enquête menée en 2015, la National Health Interview Survey, et ont réparti les adultes de moins de 65 ans en 3 groupes. Le premier groupe concentre 6,8 millions d’adultes dont les revenus sont inférieurs à 4 fois le seuil de pauvreté, et qui ont acquis une assurance privée via le programme mis en place par Obama.

Le deuxième groupe comprend 4,4 millions d’adultes sans enfants, dont les revenus sont inférieurs à 138 % du seuil de pauvreté, et bénéficiant de Medicare mais pas d’autres dispositifs. Le dernier groupe comprend 4,6 millions de parents dont les revenus sont compris entre 50 et 138 % du seuil de pauvreté, inclus dans le Medicare sans toutefois bénéficier d’autres dispositifs.

Des revenus plus faibles, une santé plus précaire

Ils ont comparé les données de ces trois groupes à celles des 113 millions d’Américains de moins de 65 ans ayant une assurance santé fournie par leur employeur, également inclus dans l’étude. Il ressort de cette comparaison que les personnes susceptibles de perdre leur assurance santé suite à l’arrêt du programme Medicare ont significativement plus de risque d’être pauvres, sans emplois et issus de minorité. À ces apparentes évidences s’ajoute une autre constatation : leur santé est aussi globalement moins bonne, avec des taux plus élevés de maladies chroniques, un plus grand nombre de passages aux services d’urgence et de consultations médicales.

« Notre analyse met en évidence la vulnérabilité socioéconomique et les taux de maladies chroniques chez les utilisateurs de l’assurance santé sur le point de la perdre, constate les auteurs, nous n’avons pas pris en compte les enfants, qui représentent pourtant environ 16 % des bénéficiaires du programme ». Ils demandent au congrès américain « de bien prendre en compte les conséquences de la décision qu’ils prendront » en ce qui concerne l’avenir de l’héritage de Barack Obama.