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Lequotidiendumedecin.fr : Panier de soins, franchise universelle, 39 heures : pourquoi le programme santé de Fillon divise

il y a 4 mois, par infosecusanté

Panier de soins, franchise universelle, 39 heures : pourquoi le programme santé de Fillon divise

Anne Bayle-Iniguez

| 28.11.2016

La bataille pour l’élection présidentielle de 2017 risque fort de se jouer sur des enjeux de santé et d’assurance-maladie, au regard des polémiques naissantes sur les prises de position en la matière de François Fillon (LR), qui a remporté dimanche 27 novembre la primaire à droite avec 66,5 % des voix contre Alain Juppé.

Le Sarthois s’était déjà distingué lors du troisième débat télévisé de la primaire en réclamant un recentrage des discussions avec ses six rivaux sur la santé, thématique sur laquelle il est largement revenu jeudi dernier, lors du débat de l’entre-deux tours.

Dans son programme (détaillé dans notre comparateur), François Fillon écrit qu’il souhaite « focaliser » le remboursement des soins par le régime obligatoire sur les affections graves et de longue durée et renvoyer « le reste » (petit risque et médicaments de confort) aux complémentaires santé. « Les moins favorisés ne pouvant accéder à l’assurance privée bénéficieront d’un régime spécial de couverture accrue », précise-t-il.

Afin de parvenir à l’équilibre des comptes de l’assurance-maladie, il souhaite aussi limiter les dépenses de santé en plafonnant l’ONDAM à 2 % par an. En imposant la « règle d’or », il programme de ramener l’assurance-maladie à l’équilibre d’ici à 2022. Le basculement des cotisations maladie patronales vers un mix CSG/TVA et la création d’une « franchise médicale universelle », dont les modalités restent à préciser, sont autant de propositions clivantes qui font d’ores et déjà monter au créneau les opposants à la droite.

La mort de la Sécu

Dimanche soir, avant même que les résultats définitifs ne soient connus, le socialiste Arnaud Montebourg a accusé François Fillon de vouloir « détruire » la Sécurité sociale et le secrétaire national du Parti communiste français Pierre Laurent de vouloir sa « mort ». « Il veut quasiment supprimer la Sécurité sociale […], les coûts de la mutuelle vont exploser et les plus fragiles des Français n’auront plus accès aux soins », a jeté ce lundi David Rachtine (FN) à l’antenne d’Europe 1.

Dès jeudi soir, pendant le débat de l’entre-deux tours, Marisol Touraine elle-même reprochait au député de Paris dans un tweet les conséquences financières de sa réforme du panier de soins sur les ménages :

Avant les résultats, François Fillon a par voie de presse jugé la déclaration de la ministre de la Santé « mensongère et absurde ». « Je veux clarifier la part prise en charge par la Sécurité sociale et par les mutuelles, a-t-il expliqué dans la foulée. Cela passe par un panier de soins "solidaire" dont sont exclus les soins de confort et la "bobologie". »

« François Fillon veut sauver la Sécurité sociale », a enchéri dimanche soir Jérôme Chartier sur le plateau de TF1. Afin de tuer dans l’œuf toute envie d’accuser François Fillon de vouloir mettre en place une médecine à deux vitesses, son porte-parole et député du Val-d’Oise a choisi avec soins ses éléments de langage, rappelant la volonté du candidat à l’Élysée de créer un « bouclier de soins », « garantie de remboursement pour que la santé soit un bien pour tous ».

L’hôpital et l’AME, prochaines controverses ?

Si la controverse se concentre pour l’instant sur ce versant du programme de François Fillon, les débats qui feront suite à la primaire à gauche, prévue les 22 et 29 janvier, risquent de glisser sur sa politique hospitalière et sur les 35 heures. François Fillon souhaite abroger cette mesure emblématique de la gauche au profil des 39 heures, en contrepartie d’améliorations des rémunérations pas systématiquement équivalentes (travailler 39 heures payées 37).

Gageons qu’il devra rapidement préciser ce point de son programme, au même titre que la ventilation (État, collectivités et hôpital) de son projet de suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires.

C’est enfin sur le volet de la santé publique et de l’égalité d’accès aux soins que l’ex-maire de Sablé-sur-Sarthe risque d’être pris à partie par ses futurs contradicteurs. Dans la logique de sa famille politique, François Fillon souhaite réformer l’aide médicale d’État (AME) en la réservant aux situations d’urgence. Au-delà de l’aspect moral d’une telle mesure, la question de la faisabilité lui sera posée à propos d’un dispositif qui bénéficiait à plus de 280 000 immigrés en situation irrégulière en 2013.