L’hôpital

Lequotidiendumedecin.fr : Pr Dominique Rossi, président de la CME de l’AP-HM : « Nous sommes sur la ligne rouge »

il y a 4 semaines, par infosecusanté

Pr Dominique Rossi, président de la CME de l’AP-HM : « Nous sommes sur la ligne rouge »

Hélène Foxonet

20.12.2017

En proie à une profonde crise financière et sociale depuis plusieurs années, l’Assistance publique - Hôpitaux de Marseille (AP-HM) connaît depuis la semaine dernière une brusque poussée de fièvre.

La dette de l’AP-HM dépasse le milliard d’euros avec un déficit cumulé de 550 millions d’euros. Alors que la direction a engagé un plan de modernisation à 300 millions d’euros pour sortir la tête de l’eau, le quotidien « La Provence » a révélé la semaine dernière que l’aide financière de l’État serait conditionnée à une réduction d’effectifs, de 800 à 1 000 suppressions de postes, dont 300 à 400 parmi le personnel soignant. Ces chiffres n’ont pas été confirmés par Jean-Olivier Arnaud, le nouveau directeur général de l’AP-HM qui a nié l’existence mardi d’un « plan social caché ». Il a cependant concédé que « le but de ce projet de réorganisation n’est pas de créer des suppressions de postes, mais de les étaler, jusqu’en 2024, car il y en aura ».

Confirmée ou pas, cette nouvelle a mis le feu aux poudres et poussé FO, l’organisation syndicale majoritaire au sein de l’AP-HM, à déposer un préavis de grève avec rassemblement jeudi 21 décembre devant le siège administratif de l’institution marseillaise.

Interrogé par « le Quotidien », le Pr Dominique Rossi, chef de la commission médicale d’établissement de l’AP-HM, témoigne de « dysfonctionnements » dans l’organisation des soins et prévoit une forte mobilisation des personnels dans un mouvement que la communauté médicale ne renie pas.

LE QUOTIDIEN : Quel est votre sentiment aujourd’hui face à la situation de l’AP-HM ?

Pr DOMINIQUE ROSSI : La situation est très difficile. Personne ne discute aujourd’hui de la nécessité de se battre pour le plan de modernisation que nous devons présenter au Copermo* [qui doit valider l’aide financière de l’État, NDLR] le 31 janvier. Les structures immobilières sont dans un tel état que nous ne pouvons arriver à maintenir la qualité de soins dans ces conditions. Il faut environ 280 à 300 millions d’euros pour permettre cette mise à niveau qui rejaillira sur l’organisation des soins.

Les médecins seront-ils mobilisés le 21 décembre ?

Il y aura sans doute une forte mobilisation du personnel soignant avec les organisations syndicales et je n’ai pas de consignes à donner aux médecins. Chacun est libre. Ce qui est clair, c’est qu’on constate aujourd’hui des dysfonctionnements en termes logistiques ou d’organisation des soins. Nous sommes en panne dans l’innovation et dans l’investissement médical. Selon moi, c’est aussi important car cela définit l’attractivité du CHU pour les médecins. Les médecins sont partie prenante pour porter un projet constructif mais pas en anticipation des restructurations. Tout doit se faire en concertation avec les partenaires sociaux, la CME et les chefs de pôle, avec ceux qui sont au cœur de la réalité médicale.

Mais vous avez, semble-t-il, une contrepartie importante à fournir en termes d’effectifs.

C’est quelque chose qu’on entend mais le message des médecins est clair : nous acceptons ce projet de modernisation à condition que la sécurité des soins soit assurée. Il est inenvisageable de devoir anticiper la réduction d’effectif avant que les restructurations soient effectives. Aujourd’hui, à l’AP-HM, nous sommes sur la ligne rouge.

Le CHU de Marseille est régulièrement pointé du doigt pour l’absentéisme de ses personnels…

Le taux d’absentéisme est effectivement très important, de 9,6 sur l’ensemble du CHU alors qu’il est de 7,5 sur le plan national. Cela représente 280 agents absents par jour et c’est un problème récurrent. Il est sans doute temps que tout le monde se mette autour de la table pour s’attaquer au problème. Il nous faut dépasser cet état de crise et se souvenir que l’AP-HM, c’est un million de consultations par an, 80 centres de référence maladies rares et le troisième CHU de France en termes de publications scientifiques. On parle souvent de l’hémorragie des médecins mais je rappelle que beaucoup veulent rester.